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Dans "Submersion", Marc Dugain vole au secours de la démocratie dans une étourdissante satire politique d'anticipation


Publié le 02/04/2026 06:00



Mis à jour le 02/04/2026 07:43

Temps de lecture : 6min

Portrait de Marc Dugain à Paris (Samuel Kirszenbaum – Albin Michel)

Après le carton de « Tsunami », l’écrivain et cinéaste revient avec la suite des aventures de son président fraîchement élu dans un récit sans pitié sur l’exercice du pouvoir et ses désillusions.

Ce qu’il y a de formidable dans les romans de Marc Dugain, c’est qu’il a l’art de restituer tel qu’il est le désordre géopolitique actuel dans sa puissance tragique, tout en articulant sa propre vision de ce que la politique, et à travers elle la démocratie, devrait être. Une conception pas si éloignée de celle énoncée par Abraham Lincoln dans son discours de Gettysburg en 1863, et reprise ensuite dans l’article 2 de la Constitution de 1958 à savoir « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » Principe qui, sous certaines latitudes, semble avoir pris un sacré coup de vieux ces temps-ci.

Avec Submersion qui paraît le 2 avril aux éditions Albin Michel, l’écrivain opère un retour aux fondamentaux – la fiction politique – après une incursion dans le polar baroque (Légitime violence, paru en 2025). Il s’en donne à cœur joie contre les aberrations d’un monde libre en perdition face aux coups de boutoirs d’anciens alliés hostiles et distille une vision idéaliste mais désespérée de la politique.

Quand le récit démarre, le président de la République française se retrouve, au bout de quelques mois de mandat, en très fâcheuse posture. Son quinquennat s’est embourbé dans l’immobilisme législatif, et il doit faire face aux offensives larvées de tout un tas de lobbies téléguidés par la Russie. Pour couronner le tout, un tsunami vient de ravager le port de Cannes, faisant des centaines de victimes. Il faut réagir vite, les sondages dévissent, le peuple n’a plus confiance en lui, au moment où la guerre se rapproche à grands pas dans une Europe affaiblie par le conflit ukrainien.

Épaulé dans sa tâche par ses deux plus fidèles collaborateurs, Sénéchal, secrétaire général de l’Elysée et Balaurie, patron de la DGSE, le président va tenter un coup de poker pour restaurer le lien défait avec les citoyens. Face au risque d’enlisement de son action (sa réforme de l’impôt sur le revenu indexé sur le bilan carbone individuel ne vient-elle pas de faire pschitt ?), il met au point un référendum pour instaurer une « chambre virtuelle » de consultation des électeurs, sondés à chaque fois qu’une réforme majeure courrait le risque d’être contrecarrée par l’opposition. Façon d’élargir la possibilité d’un recours au peuple et de neutraliser les effets désastreux du blocage parlementaire.

En parallèle, face au spectre de conflits armés agité conjointement par la Russie de Poutine et l’Amérique du successeur de Trump, plus imprévisible encore, il élabore avec ses alliés allemands et britanniques une défense européenne opérationnelle. Sorte de conseil de guerre restreint adossé à certains Etats de l’Union. Réussira-t-il à renouer le dialogue avec les Français et sauver ce qu’il reste de l’indépendance du vieux continent au moment où surgissent des menaces terroristes sur sa propre personne ? Les démocraties ont-elles encore un avenir dans un monde où la liberté individuelle est déjà fortement noyautée par les géants de la tech ?

C’est à toutes ces questions que le romancier visionnaire va s’atteler, égrenant la liste de ses obsessions dans ce page-turner aux rebondissements incessants. Et si Dugain excelle par sa science des hommes d’Etat et le décryptage acéré du grand déséquilibre mondial, son récit en forme d’uchronie devient vraiment jouissif quand il se nourrit de pertinentes analogies avec la grande Histoire, d’allusions savoureuses à des figures connues de la vie publique ou de piquantes révélations sur les tractations qui animent les grands de ce monde. Fruit d’un travail qui flirte parfois avec l’enquête accréditant nombre de situations exposées dans le livre.

Transparaissent alors derrière la fable, une inquiétude fondamentale, une colère aussi, face à l’usure de nos systèmes démocratiques mités de l’intérieur par la médiocrité de certains dirigeants et une Europe condamnée à l’impuissance. En permanence assaillie par des puissances autoritaires ou illibérales guidées, selon lui, par la seule boussole du profit ou de l’expansionnisme guerrier. Submersion constitue en un sens un cri d’alarme en direction des nations d’une vieille Europe appelée à se ressaisir. Comme le dernier inventaire avant liquidation.

« Submersion » de Marc Dugain, éditions Albin Michel, 288 pages, 21,90 euros.

Couverture du livre de Marc Dugain,

Couverture du livre de Marc Dugain, « Submersion » (Editions Albin Michel)

Extrait :  » Le président juste avant moi a radicalement rompu le lien entre le peuple et lui. Le prenant pour un fauve dès ses premiers rugissements, il lui a montré sa peur avant de le fuir. Après une tentative stérile de s’adresser directement à lui, il s’est enfermé dans la tour du pouvoir avec quelques courtisans, qu’il s’est montré incapable de galvaniser pour donner l’exemple d’une meute soudée derrière un chef reconnaissant. Lui, lui, rien que lui. Ses contacts avec le vrai peuple ne l’ont été qu’avec quelques chasseurs, alliés à sa belle-famille, plus heureux de tuer que d’honorer la nature. Il aura finalement davantage connu la solitude de l’impuissance que celle du pouvoir. Ma véritable ambition, vous l’aurez compris, est de revenir aux fondamentaux de la Constitution. » (p.26)

 


Source:

www.franceinfo.fr

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