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Dans "Love Supreme", Olivier Cadiot compose une réjouissante fantaisie printanière, ode à l’amour et à l’instant présent


Publié le 07/04/2026 12:09

Temps de lecture : 6min

Portrait d’Olivier Cadiot à Paris (Bernard PLOSSU)

Le traducteur et poète revient, un an après « Départs de feu », avec un délicieux roman en forme d’utopie poétique sur une petite communauté citadine qui s’échappe du vacarme du monde en créant un vaste jardin sur le toit de son immeuble. Indispensable.

Dès la quatrième de couverture, le lecteur est prévenu. « Faites l’amour pas la guerre, difficile désormais de répondre au mot d’ordre. Il faut faire sécession ; commençons par nos maisons – on va mieux respirer. » Faire sécession. C’est la promesse du nouveau livre d’Olivier Cadiot, merveilleux poète et traducteur de Shakespeare, qui vient de publier aux éditions P.O.L un roman dont il n’est pas exagéré de dire qu’il fait un bien fou en ce début de printemps hésitant. Une fantaisie poétique qui dès son titre, Love Supreme, annonce la couleur puisqu’il se place sous les auspices du meilleur album de Coltrane dont il épouserait presque les mouvements (reconnaissance, résolution, accomplissement). Et la musicalité bleutée.

Ainsi le narrateur, sorte de Robinson oisif aux contours un peu flous, vient de s’installer avec son meilleur ami Maximilien au dernier étage d’un imposant immeuble parisien. Tout irait pour le mieux si le garçon n’était pas flanqué d’une solitude affective tenace et d’une difficulté certaine à supporter son prochain. Il s’en ouvre petit à petit à ceux qui constituent la communauté hétéroclite de ses voisins. Il cherche des réponses. « Je ne touche personne et personne ne me touche. C’est le désert. Pour être précis, je cherche la consistance de l’être aimé. (…) La réalité, la chair en vrai. Comment la retrouver ? L’ai-je déjà trouvée ? »

S’ensuivent alors de savoureux échanges avec ses voisins à chaque fois qu’il toque à la porte de l’un d’entre eux. Qui lui donnera les clés pour sortir enfin du persistant vague à l’âme qui l’étreint ? Gustav Winn, le physicien philosophe, délicieux docteur Maboul alpiniste à ses heures, ou l’étrange psy revêche avec qui il entame une analyse qui tourne court ? Le vieux Lord obsédé par ses glorieux aïeux où la belle Carol qui l’enrôle dans son théâtre miniature pour rejouer indéfiniment La Mouette à chaque début de saison ?

En attendant de recoller les morceaux de son petit cœur esseulé, le narrateur a un plan. « Je manque cruellement d’un jardin. Et pourquoi pas suspendu ? On y installera des palissades. Tout autour du toit. C’est mieux si on fait la fête. Le haut de l’immeuble est plat, comme les buildings de Manhattan, ça tombe bien. On sème juste du gazon. Une prairie et basta – là, on respire. » Réussira-t-il dans son entreprise au moment où l’un des copropriétaires de l’immeuble, milliardaire avide, tente d’imposer un vaste projet de surélévation de l’immeuble ? Trouvera-t-il in fine l’amour dans les bras de la belle Carol ?

À travers cette comédie aérienne, Olivier Cadiot déroule avec une infinie délicatesse des thèmes aussi universels que le manque amoureux, la difficulté de vivre ensemble et l’impérieuse nécessité pour chacun de se construire un éden à l’abri du fracas ambiant. Il y parvient avec grâce, dans une prose télégraphique rythmée par les retours à la ligne, empruntant sa forme autant à la poésie qu’au coup de crayon furtif du caricaturiste. Une vraie réussite.

Et si l’intrigue cavale dans une succession de saynètes pleines d’humour, les irruptions poétiques sont comme des respirations où se niche le sens profond du conte. Cadiot procède comme un peintre, par collages, multipliant références et emprunts littéraires pour créer l’étincelle et infuser un halo de douceur. Son livre agit comme un baume. Une caresse réparatrice. « Il n’y a pas de guérison sauf à vivre. Mais il n’y a pas de mode d’emploi. Quoi qu’en disent certains. (…) Il faut s’asseoir au piano et jouer. C’est un acte irrationnel donc on peut le faire. Pour se prendre dans les bras, c’est pareil. C’est une phrase de quelqu’un d’autre, j’avoue, mais c’est quelqu’un qui l’a écrit pour qu’on le comprenne. C’est bien pour qu’on l’emprunte ensuite, non ? » Il ne sera pas nécessaire de nous le dire deux fois.

« Love Supreme » d’Olivier Cadiot, éditions P.O.L, 181 pages, 20 euros.

Couverture du livre d'Olivier Cadiot "Love Supreme" (Editions P.O.L)

Couverture du livre d’Olivier Cadiot « Love Supreme » (Editions P.O.L)

Extrait : « Pendant ce temps, j’essaye de persuader l’analyste que ça ne va pas du tout, comment dirais-je, l’absence d’amour creuse si fort en moi, que, comprenez-vous, ce manque…ce trou finit par presque se matérialiser, etc.

J’en bégaye.

Et deviens presque comme un…organe à part entière : un point brûlant au ventre. Désolé, ça a l’air un peu confus comme ça.

Pas de réponse de la psy effondrée sur un canapé en tapisserie mauve.

Oublions. 

Je continue en silence à voix basse à réfléchir à ce sujet qui m’obsède.

Je pense à la consistance de l’être aimé.

Drôle d’expression, j’en conviens.

Je n’en ai pas d’autres.

Une énorme absence mêlée à la certitude d’une grande présence possible crée une impression singulière.

Ça finit par dessiner des formes.

Un terrible manège.

Une spirale sans fin.

Peut-être que ce n’est pas seulement mon problème et que c’est une question pour tous, je lui dis.

Non ?

Pas de réponse. » (p.29)


Source:

www.franceinfo.fr

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