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Dans les boîtes à gâteaux de Lucette Routaboul, surgit toute la mondialisation

Avec Lucette Routaboul : une histoire mondiale, Jean-Robert Jouanny fait d’une vie rurale un observatoire du siècle. Lucette, née en 1936, secrétaire de mairie puis maire de Sainte-Cécile-du-Cayrou, devient le point de jonction entre histoire familiale, mutations agricoles, guerres et mondialisation. Le livre refuse le folklore.

La thèse est nette : « Si l’on veut bien le voir, il y a en réalité toute la mondialisation dans les boîtes à gâteaux de Lucette, un siècle et demi de bouleversements, d’innovations et de ruptures. Voilà l’angle dans lequel je vais donc essayer de m’engouffrer : raconter l’histoire du monde à travers celle de Lucette. » La formule se vérifie. Verdun, la Seconde Guerre mondiale, l’exode rural, l’Union européenne, le numérique puis ChatGPT se lisent ici à hauteur de ferme et de mairie.

Le grand mérite de Jouanny consiste à ne jamais figer son personnage : « Car si la vie de Lucette a connu peu de mouvements, son existence n’a jamais été figée : Lucette lit le journal sur son iPad, communique via WhatsApp et donne son avis informé sur les grands débats du moment, du conflit israélo-palestinien à la conquête de Mars. Le monde s’est progressivement invité à la table de sa cuisine. » Tout le livre tient dans cet écart entre immobilité géographique et ouverture historique. Lucette demeure une présence, jamais un symbole.

« Comme à travers le chas d’une aiguille, le fil de l’Histoire est donc passé par Aragou, la ferme des Routaboul, pour tisser le grand récit du monde. Si bien que raconter la vie de Lucette, c’est finalement écrire le roman du siècle, à partir d’un destin individuel, d’une “vie très ordinaire”. » Une justesse bien souvent atteinte.

Son défaut apparaît quand l’auteur s’avance trop : ses précautions sociales et son autoportrait ralentissent parfois le récit. Mais l’ensemble retrouve vite sa ligne grâce à une écriture attentive aux objets et aux transmissions.

La qualité décisive reste l’absence de nostalgie : « Au cours de nos entretiens, Lucette a souvent répété cette phrase comme un mantra : “Il faut aller avec son temps.” Au moment de conclure ce récit, je la trouve particulièrement rassurante : à chaque génération ses joies, ses peines, ses rêves et ses malheurs, sans frustration ni vaine nostalgie du “c’était mieux avant”. »

Cette formule donne au livre son ton exact : une tendresse sans mièvrerie, et le portrait solide d’une femme qui traverse le temps sans se laisser enfermer par lui

 

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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