Le film met en images une alternative à une justice des mineurs qui ne favorise pas toujours, à long terme, leur réinsertion sociale.
Publié le 01/04/2026 06:00
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Se lancer sur les chemins de Compostelle pour remettre sa vie d’adolescent sur les rails. Compostelle de Yann Samuell, qui sort le 1er avril, est le récit d’une quête de soi et de rédemption grâce à la marche. Pour Adam incarné par Julien Le Berre, mineur délinquant condamné à maintes reprises, la rédemption passe par « une marche de rupture ». C’est l’ultime alternative que lui a proposée la justice pour lui éviter la case prison. Grâce à une association spécialisée, il décide de faire le chemin de Compostelle mais évidemment il ne part pas seul. Fred, bénévole auprès de l’association interprétée par Alexandra Lamy, est son accompagnatrice. Mais « le chemin sera très long », pressent-elle dès les premiers kilomètres et alors qu’elle va passer deux mois avec le jeune homme entre la France et l’Espagne.
Yann Samuell a embarqué ses acteurs sur la via Podiensis (en France) qui démarre au Puy-en-Velay, l’une des voies les plus empruntées du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, et de la via Francés (en Espagne). L’image de la trappe qui s’ouvre dans le sol de la cathédrale Notre-Dame pour le départ des pèlerins lance en grande pompe l’aventure humaine de Fred et Adam. Si faire le Camino est d’abord une expérience spirituelle, il s’apparente souvent à une ligne de vie pour les non-croyants qui l’ont un jour emprunté, grâce aux vertus de la marche. Ils sont chaque année quelque 25 000 pèlerins à s’engager sur les chemins de Compostelle.
Avec une mère qui s’appelle Marie, mais qui l’a abandonné parce qu’elle l’effrayait, le délinquant ne pouvait que se tourner vers le Camino pour espérer un nouveau départ. Plus facile à dire qu’à faire, surtout pour Fred qui se retrouve face à un adolescent en colère et qui refuse de se soumettre à l’autorité qu’elle représente.
Une situation qui fait écho à sa vie personnelle. Se consacrer au jeune homme semble être la solution trouvée pour échapper à une relation tout aussi difficile avec sa fille. Au fil de la marche et des efforts requis, des rencontres avec d’autres marcheurs, des riverains ou des religieux, Adam se reconstruit une nouvelle vie. Aussi bien sur le plan des valeurs que des émotions, notamment quand il croise le chemin d’Estella, incarnée par Maëlle Vidou. La jeune femme marche en dépit de sa prothèse de jambe.
La mise en scène de Yann Samuell est construite autour des hauts et des bas qui caractérisent la relation entre l’adolescent en rage, parce qu’il souffre de l’abandon de sa mère, et de son accompagnatrice. Cette dernière reste percluse de préjugés même si la bienveillance prévaut toujours chez elle. La Fred qu’incarne Alexandre Lamy fait montre, à chaque instant, d’une qualité imparable face à l’adolescent : elle sait annihiler la violence qu’il lui crache au visage tout en lui tenant tête. Quand ils se disputent, Yann Samuell filme ses comédiens en gros plan, au plus près de leurs véhéments échanges. Les paysages sont sublimes sur ces chemins de Compostelle. Avec les mouvements de caméra, le cinéaste transmet le vertige que l’on peut ressentir sur certains sommets.
Le duo Lamy-Le Berre fonctionne bien : leur attachement progressif est crédible parce qu’il s’appuie, sur l’effort partagé, mais surtout sur la complicité née parce qu’ils vivent des moments décisifs de leur existence. En outre, Julien Le Berre incarne admirablement cette tête à claque dont on se débarrasserait bien volontiers. L’une des premières grandes séquences de « désobéissance » du jeune homme joue sur ce ressort. Pour son premier grand rôle au cinéma, le comédien fait également montre de ses talents musicaux puisqu’il rappe vraiment dans le film. Sa version de l’Ave Maria est somptueuse.
Le long métrage de Samuell est inspiré du travail de l’association Seuil, qui permet à des jeunes de 14 à 18 ans suivis par l’Aide sociale à l’enfance ou la Protection judiciaire de la jeunesse, d’échapper à la prison grâce à un programme éducatif baptisé « marches de rupture ». Son fondateur Bernard Ollivier a évoqué l’expérience dans Marche et invente ta vie publié aux éditions Arthaud en 2015. Yann Samuell a lu l’ouvrage et recueilli des témoignages de nombreux jeunes pour son scénario. Le cinéaste indique au passage que son Adam n’est pas celui du livre de Bertrand Ollivier.
Compostelle recourt aux codes classiques de toute œuvre sur la rédemption mais la proposition de Samuell insiste surtout, à travers des scènes qui peuvent apparaître anecdotiques, sur le fait qu’il faut un village pour sauver un adolescent à la dérive. On pense à cette scène où deux membres de l’association, incarnés par Eric Métayer et Mélanie Doutey, essaient d’aider le personnage d’Alexandra Lamy à gérer une crise alors qu’ils doivent eux-mêmes faire face à une adolescente hystérique. On apprécie leur sang-froid. Toutes les personnes qui œuvrent à la réinsertion des jeunes en difficulté font preuve d’une patience et d’une empathie infinies. Le film rend admirablement hommage à tous les acteurs de cette réinsertion sociale. D’autant que les alternatives proposées à la justice des mineurs se montrent plus efficaces. C’est le cas des « marches de rupture ». « Selon les derniers chiffres de l’association [Seuil], indique Bernard Ollivier dans le dossier pédagogique du film, 57% des jeunes intègrent un parcours de réinsertion après leur marche. Ce chiffre est à comparer aux 70% de mineurs qui récidivent dans les deux ans suivant leur sortie de prison ».

Genre : Comédie dramatique Réalisation : Yann SamuellAvec : Alexandra Lamy, Julien Le Berre, Maëlle Vidou, Eric Métayer, Mélanie DouteyPays : France Durée : 1h53 mnSortie : 1er avril 2026Distributeur : Apollo FilmsSynopsis : Fred et Adam, un adolescent en rupture, ne se connaissent pas. Pourtant, grâce à une association, ils entreprennent ensemble le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle cherche à apaiser son passé, il tente de canaliser sa colère et son sentiment d’abandon. Au fil des kilomètres, entre affrontements et instants suspendus, un lien fragile se tisse. Face aux épreuves du chemin, chacun découvre en lui une force insoupçonnée.
Source:
www.franceinfo.fr




