D’abord amusants, parfois révoltants, désormais assurément dangereux lorsqu’ils sont utilisés à des fins de manipulation ou de désinformation, les deepfakes peuplent de plus en plus les espaces virtuels. Ce podcast Tech évoque l’étonnante confiance que nous accordons aux deepfakes. © Futura
Faire défiler son fil d’actualité le soir et tomber sur une vidéo d’ours noir jouant avec des lapins sur un trampoline : voilà le type de contenu qui envahit aujourd’hui les réseaux sociaux. Ces images générées par intelligence artificielle imitent si bien le réel qu’elles trompent même des regards avertis.
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Une étude publiée dans la revue Conservation Biology par des chercheurs de l’Université de Córdoba, en Espagne, s’est penchée sur la viralité de ces contenus animaliers artificiels et leurs conséquences potentielles sur la biodiversité et l’éducation environnementale. Les conclusions sont préoccupantes.
Trois risques majeurs identifiés par les scientifiques
L’équipe de recherche espagnole, menée notamment par le zoologiste José Guerrero Casado, a identifié trois problèmes principaux liés à la diffusion massive de vidéos animales générées par IA :
Des perceptions faussées du comportement animal réel.Une anthropomorphisation excessive, c’est-à-dire l’attribution de sentiments humains aux animaux.Un éloignement croissant entre les individus et la nature sauvage.
Prenons un exemple concret. Certaines vidéos montrent des oiseaux parents chassant héroïquement des serpents « maléfiques ». Ces représentations biaisées orientent l’opinion publique contre des espèces pourtant essentielles à l’équilibre des écosystèmes. Guerrero Casado soulève une question directe : si les ressources publiques financent la protection des serpents, mais que la population les perçoit comme des ennemis à cause de vidéos artificielles, ces efforts de conservation risquent fort d’être sabotés.

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Ces contenus fabriqués donnent également une image trompeuse de l’abondance de certaines espèces vulnérables. Un animal rare filmé par une IA dans des situations quotidiennes peut laisser croire à tort qu’il prospère. Cette illusion aggrave le fossé déjà bien réel entre l’humain moderne et la faune sauvage.

Chaque vidéo montrant des animaux de manière spectaculaire, diffusée sans vérification, participe à déformer la vision que les enfants ont de la nature et à affaiblir les efforts communs pour préserver la biodiversité. © ChatGPT, iStock
Enfants, réseaux sociaux et faune artificielle : un cocktail explosif
Les plus jeunes constituent un public particulièrement exposé. Rocío Serrano, chercheuse au département d’éducation de l’Université de Córdoba, explique que des enfants habitués à voir des animaux sauvages sympathiques dans des vidéos IA ressentent une vraie déception face à la réalité. Quand ils comprennent que le renard du jardin ne viendra pas jouer avec eux, l’effet sur leur connexion à la nature est inverse à celui espéré.
L’objectif : que les enfants comprennent tôt qu’un lion ne se balade pas dans leur quartier
La situation est d’autant plus préoccupante que les jeunes générations utilisent massivement les réseaux sociaux comme source d’information. Ces plateformes deviennent ainsi des vecteurs involontaires de désinformation naturelle. Par ailleurs, des représentations flatteuses d’animaux exotiques apprivoisés poussent certains utilisateurs à vouloir en acquérir comme animaux de compagnie, ce qui alimente le commerce illégal d’espèces sauvages.

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Face à ces dérives, Francisco Sánchez, zoologiste à Córdoba, préconise d’intégrer davantage la littératie médiatique et l’éducation environnementale dans les programmes scolaires. L’objectif : que les enfants comprennent tôt qu’un lion ne se balade pas dans leur quartier.
Mais comment repérer ces vidéos truquées ? Siwei Lyu, ingénieur informaticien spécialisé à l’Université de Buffalo, donne des pistes concrètes. Il faut observer les mouvements anormalement fluides des animaux, les incohérences d’éclairage entre l’animal et son environnement, ainsi que les textures répétitives ou floues dans le pelage ou les plumes. D’autres indices plus basiques incluent la mauvaise qualité d’image, les textes incohérents incrustés ou les mains mal reproduites.
Chaque vidéo animale spectaculaire partagée sans vérification contribue, à sa manière, à distordre notre perception du monde naturel et à éroder les efforts collectifs de conservation de la biodiversité.
Source:
www.futura-sciences.com




