À Turin, le livre pour adolescents ne se pense plus comme une simple déclinaison d’âge, mais comme une adresse à reconstruire. Le 7 avril, La Repubblica relate qu’à un peu plus d’un mois du Salone del Libro, éditeurs confirmés et curateurs à peine sortis de l’adolescence réfléchissent à la façon de « raconter » le monde aux jeunes lecteurs.
Comprendre : de les informer sans les lasser, et de les toucher sans les rabattre sur une parole infantilisante. Le sujet s’inscrit dans le thème même de la XXXVIIIe édition, Il mondo salvato dai ragazzini, annoncée du 14 au 18 mai 2026 au Lingotto Fiere.
Leur parler sans parler à leur place
Orietta Fatucci, à la tête du groupe EL depuis 1976, défend une ligne ancienne et très explicite : « Il n’existe pas de thème politique ou social que nous ne cherchions pas à aborder. » L’éditrice rappelle avoir lancé en 1987 Ex Libris, présentée comme la première collection italienne pour adolescents, et y avoir publié des textes sur l’homosexualité masculine, puis sur « le divorce, l’anorexie, la violence, le harcèlement ». Le groupe qu’elle dirige réunit aujourd’hui Edizioni EL, Einaudi Ragazzi et Emme Edizioni.
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Elle insiste également sur la médiation concrète : la collection Carta Bianca, destinée aux 12-14 ans, sert aussi à faire entrer les auteurs dans les classes. Elle résume cette ambition en expliquant qu’il faut que les élèves « ne se contentent pas de lire, mais rencontrent directement les écrivaines et les écrivains, et en soient touchés personnellement ». Le pari éditorial tient donc moins à la prescription verticale qu’à la rencontre, avec des noms comme Tommaso Percivale, Pierdomenico Baccalario, Luca Cognolato, Francesco D’Adamo ou Annalisa Strada.
Cette recherche de justesse passe aussi par une génération de curateurs presque contemporains de leur public. Sebastian Tanzi, 21 ans, l’un des cinq responsables de la nouvelle section du Salone, affirme qu’il faut « que les deux générations, adultes et jeunes, mais aussi celles des plus âgés, soient dans un dialogue continu et cherchent à se comprendre ».
L’espace est présenté par le Salon comme un espace confié à Veronica Frosi, Lorenzo Riggio, Francesca Tassini, Sebastian Tanzi et Gloria Napolitano pour mettre au centre « les thèmes les plus urgents pour les nouvelles générations ».
Informer, traduire, déplacer le regard
Gloria Napolitano, 22 ans, formule une exigence très nette : « Le monde sauvé par les enfants, c’est celui où les jeunes ont l’espace pour s’exprimer et où leur travail est valorisé, et pas seulement infantilisés. » Elle ajoute espérer « une édition capable de valoriser des plumes jeunes, qui peuvent apporter des perspectives différentes ».
Le déplacement se situe là : non plus seulement écrire pour les adolescents, mais accepter qu’ils deviennent aussi des producteurs de regard, de langage et de récit. Mais une adresse renouvelée passe également par la littérature traduite.
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Chez Giralangolo, marque jeunesse d’EDT, Francesca Fimiani rappelle que la collection Dinamo, lancée en 2011, a été pensée pour « éclairer certains moments de vie qu’on n’a peut-être pas la possibilité de vivre personnellement, mais qu’on peut traverser à l’intérieur d’une page et d’une histoire ».
Le catalogue deEDT confirme l’existence et la continuité de cette collection. Fimiani résume la promesse ainsi : « Nous ne vous promettons pas, avec nos livres, que l’aventure sera sans effort ; nous vous promettons qu’au bout du chemin, quelque chose s’éclairera. »
Le quotidien turinois cite à ce titre Rime Contro de Brian Conaghan sur la violence et la colère juvénile, La bestia dentro de Kevin Brooks sur la santé mentale, ou encore Perla Perez ha un segreto de Tracy Badua sur la pression scolaire. Dans le même article, Fimiani défend une « vocation » : « regarder autour de soi et apporter en Italie des choses nouvelles parues à l’étranger ».
À Turin, la préparation du Salon confirme ainsi un glissement très concret : pour retenir les adolescents, l’édition italienne combine sujets civiques, circulation internationale des textes, présence d’interlocuteurs plus jeunes et refus du ton condescendant.
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Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com
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