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Charbon, énergies renouvelables, nucléaire… Privé des hydrocarbures du Moyen-Orient, le monde cherche la parade

A l’aune de la guerre entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran et de ses répercussions sur le marché du pétrole, le monde prend brutalement conscience du prix de sa dépendance aux énergies fossiles et plonge dans une crise économique prévisible.

D’abord, la prise de conscience. Vient ensuite le vertige. Et enfin, la chute. Les Bourses du monde entier dansent encore, jeudi 2 avril, au rythme des déclarations de Donald Trump au sujet d’une éventuelle fin de la guerre au Moyen-Orient. Mais pour le Monsieur « Energie » de la société de conseil Wood Mackenzie, Ed Crooks, le « crash » n’est déjà plus une option. « Quand je regarde comment se comportent aujourd’hui l’économie mondiale et les marchés, je pense au coyote qui chasse Bip-Bip dans le dessin animé », compare l’analyse dans un podcast diffusé à l’issue de la quatrième semaine de paralysie du détroit d’Omuz, par lequel transitait autrefois 20% du pétrole mondial et 25% du gaz naturel liquéfié. « Il continue sa course, il dépasse la falaise et avance dans le vide, jusqu’à ce qu’il comprenne ce qu’il se passe et finisse par s’écraser. »

Alors que les stocks s’épuisent, les destructions infligées aux infrastructures pétrogazières de la région écartent tout rétablissement rapide des exportations d’hydrocarbures du Golfe à leur niveau d’antan. Dans ces conditions, le sol se dérobe d’abord sous les pieds des pays asiatiques, les plus dépendants de ces approvisionnements en pétrole et en gaz. Dès le 24 mars, les Philippines ont décrété un état d’urgence énergétique. Comme l’Indonésie, le Pakistan ou encore le Sri Lanka, le pays a ordonné le passage à la semaine de quatre jours pour les fonctionnaires, appelant la population à télétravailler ou à prendre les transports en commun. Au Bangladesh, les universités ont été temporairement fermées.

Outre ces mesures de sobriété répertoriées par l’Agence internationale de l’énergie (en PDF), les pays du monde entier – de la Chine au Chili en passant par l’Ethiopie et la France – tentent de réduire l’impact de la crise sur les entreprises et les habitants. Quatre ans après la crise énergétique consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la dépendance aux énergies fossiles s’illustre à nouveau comme le talon d’Achille de nos économies.

« Quoi qu’en disent les acteurs des énergies renouvelables, dans l’urgence, la première chose que font les gouvernements, c’est d’abord de relancer le charbon », constate Olivier Appert, spécialiste de l’énergie au sein de l’Institut français des relations internationales. Pas cher, abondamment disponible dans plusieurs régions du monde et facile à transporter par bateaux, le charbon permet de produire l’électricité la plus sale jamais utilisée par l’homme.

Catastrophique pour le climat et la santé, le charbon a vu sa part dans les mix énergétiques nationaux se réduire d’année en année, en partie grâce à l’accès des économies émergentes d’Asie du Sud-Est au gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar et de ses voisins du Golfe. « En temps de crise, le charbon, c’est un patch », résume Anna Creti, directrice de la chaire d’économie du climat à l’université Paris-Dauphine. Pour filer la métaphore cartoonesque : un bâton de TNT flanqué de l’inscription « parachute ». Elle rappelle d’ailleurs qu’en Europe aussi, on a réveillé les centrales à charbon, en 2022, le temps de remplacer le gaz russe par le GNL américain.

En cas de tension sur les approvisionnements en gaz, « l’utilisation des centrales à charbon existantes [est] présentée le plus souvent comme une mesure de stabilisation à court terme », abonde Maria Pastukova. Conseillère en politiques publiques au sein du groupe de réflexion international E3G, elle constate d’ailleurs que « le virage temporaire du Japon vers le charbon a été présenté comme tel : temporaire ».

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, certains gouvernements ont toutefois promis d’accélérer le développement des projets de transition énergétique déjà dans les tuyaux. C’est le cas de la Corée du Sud, qui avait annoncé en janvier la construction de deux nouveaux réacteurs nucléaires, et des Philippines, où le président a promis de hâter le raccordement prévu au réseau de près d’1,5 mégawatts d’énergies renouvelables.

L’Indonésie a quant à elle réaffirmé son intention d’accroître rapidement sa capacité solaire à 100 GW d’ici 2030, tout en qualifiant le fait de solliciter ses réserves de charbon de « dernier recours », rappelle Maria Pastukova. Le pays a aussi officialisé un partenariat énergétique d’urgence avec la Corée du Sud. Séoul « a explicitement lié les conséquences de la crise actuelle à la dépendance aux importations et l’a présentée comme une raison d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables, pas de le retarder », souligne encore Maria Pastukova.

Dans son rapport du 18 mars, le groupe spécialisé Ember notait que « l’énergie solaire, l’énergie éolienne, les batteries et les véhicules électriques sont beaucoup moins chers et plus facilement disponibles qu’en 2022, ce qui rend la transition bien plus abordable » aujourd’hui. Y compris dans les pays d’Asie les plus violemment touchés par la fermeture du détroit d’Ormuz.

Pour autant, ces ambitions ne sont pas suivies d’annonces tonitruantes d’investissements dans les instruments de la décarbonation. A l’inverse, de nombreux gouvernements subventionnent indirectement les énergies fossiles, à travers les aides provisoires accordées aux professionnels et aux citoyens terrassés par la hausse des prix des carburants. C’est normal, explique Olivier Appert.

« On peut faire de belles déclarations, mais si on veut parler de transition et de sortie des énergies fossiles, alors on s’inscrit forcément dans un temps très très long. »

Olivier Appert, chercheur à l’Institut français des relations internationales

à franceinfo

Qu’il s’agisse de développer les énergies renouvelables pour produire de l’électricité ou de déployer les véhicules électriques pour réduire la demande mondiale en pétrole.

A nouveau, Anna Creti convoque l’expérience de la crise énergétique de 2022-2023. « Dans certaines régions, dont l’Europe, la crise énergétique a en effet permis d’accélérer, de rapprocher des échéances de 4 ou 5 ans, ce qui n’a rien voir avec la temporalité de la crise que nous sommes en train de vivre. » Quand les politiques énergétiques mobilisent des investissements en milliards, aucun Etat ne peut décider de chambouler sa politique énergétique au gré des crises et des fluctuations du marché, explique-t-elle. Certainement pas dans le contexte chaotique d’un blocage susceptible de s’arrêter (à en croire le président américain) dans deux heures, dans deux jours ou dans deux semaines.

Mais si la crise perdure, comment s’assurer que les économies vulnérables pourront réussir, là où les pays développés rament encore, quatre ans après le choc gazier de 2022 ? « Si les économies émergentes sont contraintes de consacrer leurs précieuses devises étrangères à l’approvisionnement d’urgence en carburant, elles auront moins de marge de manœuvre pour investir dans les réseaux, le stockage, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables », alerte Maria Pastukova. Depuis Kuala-Lumpur, en Malaisie, où il participait dimanche et lundi à une réunion de préparation au premier sommet traitant de la sortie des énergies fossiles prévu fin avril en Colombie, le négociateur indien Harjeet Singh mettait ainsi en garde : « La guerre peut retarder, mais ne peut pas faire dérailler la transition énergétique. »

Paradoxalement, l’histoire a montré que les chocs énergétiques ne nuisaient pas au business des énergies fossiles. Au contraire. Selon le Financial Times, les traders de TotalEnergies ont réalisé plus d’un milliard de dollars de prises de position depuis un mois, faisant de la crise au Moyen-Orient « potentiellement la plus importante opération de l’histoire des marchés pétroliers ». « La flambée des prix des combustibles fossiles génère des profits exceptionnels qui sont réinvestis dans l’exploration, l’extraction et les infrastructures d’exportation », rappelle le professeur Jon Rosenow, spécialiste des énergies à l’université d’Oxford, au site américain Mother Jones. A l’exception des producteurs du Golfe, les géants des hydrocarbures ont passé un mois de mars lucratif. La société américaine Venture Global et le plus grand négociant indépendant d’énergie au monde Vitol ont même signé un nouveau contrat de livraison de GNL sur cinq ans.

Pour Maria Pastukova, il convient de surveiller ces annonces tous azimuts de recours en urgence à des énergies fossiles. « Elles sont importantes car elles peuvent créer un cercle vicieux, si les gouvernements décident d’utiliser le choc de courte durée pour justifier des investissements à long terme dans les secteurs fossiles », prévient la spécialiste.

« Mais il ne faut pas confondre interventions d’urgence et stratégie à long terme. »

Maria Pastukova, conseillère en politiques publiques au sein du thin tank E3G

à franceinfo

A Houston, au Texas, où s’est tenu à la mi-mars le sommet CERAWeek, souvent qualifié de « Davos de l’énergie », les représentants des secteurs des hydrocarbures n’ont pu que reconnaître un contexte « incertain ». A la tribune, le ministre de l’Energie de Donald Trump, Chris Wright, a renouvelé la promesse d’une crise « temporaire ». Tout juste rentrée d’Houston, l’analyste américaine Casey Merriman, experte pour le cabinet Energy Intelligence, a confié sa stupéfaction sur LinkedIn : « Le décalage entre les déclarations publiques et le tsunami imminent qui menace l’industrie semble ancré dans une peur – la peur de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas : la guerre actuelle représente des risques existentiels pour l’avenir du pétrole et du gaz. »


Source:

www.franceinfo.fr

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