Publié le 09/04/2026 18:10
Mis à jour le 09/04/2026 18:14
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Le possible candidat du Rassemblement national à la présidentielle fait la couverture de l’hebdomadaire people en compagnie d’une princesse italienne. Au risque de brouiller son image auprès de l’électorat populaire du parti d’extrême droite.
Il y a des signes qui ne trompent pas. Quand Paris Match offre sa une aux amours des femmes et hommes politiques, le temps de l’élection présidentielle n’est jamais bien loin. Jordan Bardella apparaît en couverture de l’hebdomadaire, jeudi 9 avril, en compagnie de Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, présentée comme sa compagne.
« L’idylle que personne n’attendait », titre le magazine, propriété du groupe LVMH détenu par le milliardaire Bernard Arnault. Le président du Rassemblement national (RN) avait déjà été aperçu au bras de cette princesse italienne lors de la soirée des 200 ans du Figaro en janvier dernier. Mais c’est la première fois que cette relation est officialisée, le couple étant photographié, parfois main dans la main, dans le cadre sauvage des îles Sanguinaires, à l’ouest d’Ajaccio.
Si Jordan Bardella n’a pas réagi publiquement à la parution de ces clichés, le leader d’extrême droite n’a pas annoncé porter plainte pour violation de sa vie privée, montrant ainsi que, même s’il n’est pas à l’origine du reportage, il en assume les conséquences.
Ni photos volées, ni photos posées. Cet entre-deux est un classique de la communication politique qui permet de dévoiler son intimité sans se livrer complètement. « C’est pour purger le sujet, ça sort et on n’en parle plus, ça permet d’évacuer. Politiquement, ça ne veut pas dire grand-chose », estime une figure du parti d’extrême droite.
« Stratégiquement, ça devait arriver. Autant maîtriser sa communication plutôt que d’être poursuivi par les paparazzis. »
Un cadre du Rassemblement nationalà franceinfo
« Paris-Match, tout de suite, ça présidentialise », juge la politologue Virginie Martin, cofondatrice l’institut Spirale. « Il y a une montée en gamme. Il entre dans la cour des grands. Et cela participe aussi d’une banalisation et d’une normalisation du Rassemblement national », poursuit-elle.
C’est la stratégie qu’avait employée Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle de 2017, avec trois couvertures de son couple en une de l’hebdomadaire. « Ça humanise le personnage. Ça permet d’écrire un récit avec un début, des rebondissements. Ça introduit un lien émotionnel avec le public », explique Philippe Moreau Chevrolet, professeur en communication à Sciences Po.
« ‘Paris Match’, c’est l’équivalent de TikTok pour les plus de 50 ans. »
Philippe Moreau Chevrolet, professeur en communicationà franceinfo
Cette communication classique prend pourtant un sens particulier dans le cas de Jordan Bardella. Etre en couple renforce sa stature de présidentiable alors qu’il sera le candidat du Rassemblement national si la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen est confirmée en appel au début du mois de juillet. « A un an de la présidentielle, c’est de la com’ bien huilée. Car les Français ne vont pas confier le pays à un célibataire », estime un député LR. « Sa jeunesse est un handicap. Etre en couple lui permet de se vieillir, de se donner de l’épaisseur », poursuit Philippe Moreau-Chevrolet. « En trois photos, il prend dix ans d’âge », résume la politologue Virginie Martin.
Le profil de la compagne de Jordan Bardella est aussi scruté. Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles appartient à l’aristocratie italienne. Elle est issue de la famille des rois de Naples par son père et d’une riche famille industrielle par sa mère. « Sa fortune vient de la mère qui est un peu la patronne de la famille. Son père est plus discret », explique un journaliste people, qui connaît bien la famille.
« Maria Carolina et sa sœur ont été élevées comme des débutantes. Elles parlent plusieurs langues et sont à l’aise socialement », poursuit-il. Son compte Instagram est suivi par 194 000 personnes. Elle y témoigne de sa vie de voyages à travers le monde faisant la promotion d’événements caritatifs ou de produits de luxe ce qui l’apparente à « une influenceuse haut de gamme », selon le suiveur de l’actualité people.
Cette vie de paillette n’est pas vraiment celle de l’électorat du Rassemblement national. Jordan Bardella peut-il alors apparaître en déconnexion avec sa base ? « C’est un vrai point d’interrogation », estime Philippe Moreau Chevrolet. « L’électorat populaire peut aimer ce conte de fées, ce récit d’un immigré italien venu du peuple qui sort avec une princesse. Cela incarne une réussite dont il peut se sentir fier » poursuit-il.
« Cela peut provoquer aussi une colère et un rejet, son électorat estimant qu’il n’a plus rien à voir avec le discours social de Marine Le Pen. »
Philippe Moreau Chevrolet, professeur en communicationà franceinfo
Virginie Martin pointe également un risque politique : « Ça brouille son image anti-élite auprès de l’électorat populaire. Dans son dernier livre, il évoque énormément la valeur travail. C’est contradictoire avec l’univers du luxe, du bling-bling’ et de l’aristocratie. Cela peut écorner son positionnement politique. »
Du côté des élus du RN, on balaye cette possibilité. « Nos électeurs savent faire la différence entre la vie privée et le programme politique », assure Julien Odoul, député de l’Yonne. Et d’ajouter : « Un peu d’amour dans un monde de brutes est une bonne nouvelle. »
« Je sais très bien ce que Marine Le Pen pense de tout ça : elle déteste le bling-bling et les yachts. Mais les gens adorent les histoires de princesse avec un gars de banlieue, ça veut dire que tout est possible dans la vie. »
Un pilier du Rassemblement nationalà franceinfo
« La richesse de Jean-Marie Le Pen n’a jamais dérangé l’électorat populaire, ça va être pareil pour Jordan », ajoute ce cadre du parti d’extrême droite. « Jordan est hors norme en termes de carrière politique, mais ça montre qu’il est comme tout le monde dans le privé avec une vie personnelle. C’est un élément d’identification supplémentaire », estime Laurent Jacobelli, député de Moselle.
Un ancien compagnon de route de Marine le Pen s’inquiète d’un Jordan Bardella dont l’image pencherait trop à droite. « Il continue à vouloir mener une campagne sans se plier à la réalité sociologique de son électorat de premier tour, celui de Marine Le Pen, qui est un électorat populaire », estime-t-il. « Cette affaire risque d’être son yacht de Bolloré », poursuit-il en référence au séjour qu’avait effectué Nicolas Sarkozy en 2007 sur un bateau du milliardaire avant de prendre ses fonctions à l’Elysée, qui lui avait valu la réputation d’un président bling-bling.
Source:
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