Il y a un prix Nobel de physique et de chimie. Un prix Nobel de physiologie ou de médecine aussi. Et puis, un prix Nobel de littérature et un autre de la paix. Une haute distinction également que l’on nomme prix Nobel d’économie. Mais connaissez-vous celui que les initiés appellent le « prix Nobel de l’eau » – officiellement, le Stockholm Water Prize remis par la Fondation de l’eau de Stockholm, en collaboration avec l’Académie royale des sciences de Suède -, cette distinction suprême pour qui sauve nos dernières gouttes ?
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Kaveh Madani, 45 ans cette année, en est le lauréat 2026. Le plus jeune en 35 ans d’existence de ce prix. Né à Téhéran, ex-ministre iranien puis traqué comme un « terroriste de l’eau » par les Gardiens de la Révolution, il a été contraint de fuir ce pays qu’il aimait. Qu’il aime encore. Il est devenu chercheur au City College de New York (CCNY, États-Unis) et directeur de l’Institut de l’Université des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé (UNU-INWEH). Et il y a quelques semaines, il alertait le monde sur la faillite hydrique à laquelle nous sommes confrontés. « Je partage ce prix avec tous les Iraniens qui ont cru en moi lorsque j’étais considéré comme une « menace » pour avoir simplement dit la vérité », témoigne-t-il aujourd’hui.
As 2026 begins, my hope is simple:honesty over denial, science over politics, peace over conflict, and water and nature treated as the shared capital of humanity.
Happy New Year. ????????
— Kaveh Madani (@KavehMadani) January 1, 2026
L’enfant d’une région aride
Imaginez, rentrer dans son pays natal et, en moins de temps qu’il faut pour le dire, se retrouver menottes aux poignets, accusé de trahison. C’est la drôle d’aventure qui est arrivée à Kaveh Madani alors qu’il ne rêvait que d’une chose : sauver les siens. Un peuple qui durant des siècles a su faire preuve d’ingéniosité pour développer des systèmes sophistiqués et accéder à l’eau dans un environnement aride. Un peuple qui, aujourd’hui plus que jamais en ces temps de guerre, souffre de la surexploitation des ressources et de choix de développement plus que discutables.
Celui que les Gardiens de la Révolution appellent alors le « terroriste de l’eau » est contraint de fuir. Mais il ne baisse pas les bras. Son poste au sein de l’Institut de l’Université des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé lui permet de partager avec les gouvernements du monde entier les avertissements jadis ignorés par son propre pays. Et le voici aujourd’hui lauréat du « prix Nobel de l’eau ». Un symbole. Celui du triomphe de la vérité scientifique sur la persécution politique.
L’humanité a liquidé son héritage bleu
Et la vérité scientifique de Kaveh Madani, c’est celle de la « faillite mondiale de l’eau ». Il est l’auteur du fameux rapport de l’Organisation des Nations unies publié en janvier 2026.

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L’eau manque partout… mais ce n’est plus une crise : c’est une « faillite mondiale », prévient un rapport !
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Son raisonnement : lorsque la pénurie d’eau devient chronique, parler de crise induit en erreur, il faut accepter de poser le mot faillite sur la situation. L’humanité ne vit plus des « intérêts » du cycle de l’eau qui s’accumulaient sur son « compte courant ». Elle liquide le « capital » et les « réserves » en exploitant les aquifères au-delà de leur point de non-retour. Voilà comment de crise de l’eau, cette rupture avec une normale que l’on peut retrouver, nous en sommes aujourd’hui rendus à un état d’insolvabilité systémique et irréversible. Une faillite mondiale !
Guerre de l’eau dans le golfe Persique
En Iran, l’eau a toujours été rare. Les précipitations faibles et irrégulières. Et la population a su s’adapter aux contraintes que lui imposait la nature. Elle a inventé des systèmes hydrauliques ingénieux comme le qanat, une galerie souterraine légèrement inclinée qui capte l’eau des nappes phréatiques et les transporte vers les zones habitées ou agricoles.
Pourtant, cet équilibre fragilement construit pendant des siècles, des millénaires est en train de se rompre. Le réchauffement climatique ? Oui. Il fait monter les températures et accroît l’évaporation. Mais aussi l’urbanisation trop rapide, le pompage intensif des nappes phréatiques, la transformation des systèmes agricoles, les projets mal planifiés, la corruption. Le lac d’Ourmia a perdu jusqu’à 90 % de sa surface depuis les années 1990. Le fleuve Zayandeh Roud est asséché.

Le tunnel d’un qanat en Iran. © NAEINSUN, Wikipédia, CC by-SA 3.0
Alors, la région chère à Kaveh Madani compte désormais sur les technologies de dessalement de l’eau. Elles transforment l’eau de mer en eau potable. Oman ou encore le Koweït en tirent 90 % de leur eau douce. Mais la sécurité hydrique de la région repose sur un nombre relativement restreint d’immenses usines côtières. Des installations complexes qu’il est difficile de remplacer.

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Alors avec la guerre déclenchée le 28 février 2026 par des frappes israélo-américaines sur l’Iran, ce ne sont pas que des installations pétrolières ou gazières qui ont été visées pour affaiblir le pays. Des usines de dessalement, comme celle de l’île de Qeshm, dans le détroit d’Ormuz, ont été attaquées. La menace plane d’une pénurie d’eau qui s’installerait en quelques jours seulement pour des millions de civils de la région.
The reported strike on a desalination plant on Qeshm Island is deeply worrying. Millions depend on desalination across the Middle East.
Damage to water infrastructure, whether intentional or accidental, sets a dangerous precedent and risks depriving civilians of drinking water.
— Kaveh Madani (@KavehMadani) March 7, 2026
Un Nobel pour réunir le monde
« Tout dommage causé aux infrastructures hydrauliques, qu’il soit intentionnel ou accidentel, crée un dangereux précédent et risque de priver des populations entières d’eau potable », soulignait il y a quelques jours Kaveh Madani sur X. Parce que l’universitaire diplomate est aussi un adepte des réseaux sociaux qu’il exploite pour sensibiliser le public. Avec près d’un million d’abonnés, il est sans conteste « le scientifique de l’eau le plus suivi au monde ». Son objectif : prouvé que lorsque les gens comprennent les enjeux scientifiques de leur propre survie, ils deviennent la force la plus puissante pour le changement.

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Dossier : Géopolitique et guerre de l’eau
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À l’heure où le Moyen-Orient est une fois de plus frappé par l’ombre de la guerre, le parcours de vie de Kaveh Madani nous rappelle avec force que, malgré les tumultes de la politique, c’est notre vulnérabilité commune qui doit nous unir. « L’eau est notre dénominateur commun et recèle un potentiel inexploité pour favoriser l’unité au sein des nations et entre elles. » Une philosophie qui vaut bien… un prix Nobel !
Source:
www.futura-sciences.com




