Les principaux facteurs de risque de cancer du sein sont aujourd’hui bien identifiés : âge avancé, antécédents familiaux de cancer du sein ou de l’ovaire, prédisposition génétique, consommation d’alcool, tabagisme, surpoids, manque d’activité physique… D’autres facteurs sont fortement soupçonnés d’être en cause, mais sont moins bien documentés.
Les phtalates du plastique dans le viseur
C’est le cas des polluants environnementaux, et notamment des phtalates, un groupe de substances utilisées comme additifs pour fabriquer de nombreux plastiques, et dont certains sont des perturbateurs endocriniens. Ces molécules peuvent en effet se détacher de leur matrice et se retrouver dans l’alimentation, l’air, la poussière… et in fine dans l’organisme.
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Certains phtalates inquiètent particulièrement les scientifiques. C’est le cas du phtalate de di-(2-éthylhexyl) ou DEHP. Ce plastifiant, très largement utilisé jusqu’au milieu des années 2010, entrait dans la composition du PVC constituant les revêtements de sol, les rideaux de douche, les tuyaux d’arrosage, les couches-culottes, les films et récipients alimentaires… Il était également retrouvé dans les parfums, les cosmétiques, les détergents, les répulsifs anti-insectes et autres produits du quotidien.

Les phtalates, présents dans les plastiques du quotidien, sont désormais mieux réglementés. Mais certains sont encore utilisés… et ils persistent dans l’environnement. © Oleksandr, Adobe Stock (image générée à l’aide de l’IA)
Des difficultés pour prouver leur rôle dans le cancer du sein
Depuis 2000, le DEHP est classé carcinogène chez l’animal par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer). C’est également un perturbateur endocrinien : sa structure proche de celle des hormones sexuelles féminines lui permettrait de stimuler la prolifération des cellules cancéreuses. Son utilisation est désormais soumise à autorisation et à restriction. On le retrouve cependant encore souvent dans l’environnement (eau, air, sol…).

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Plusieurs études menées chez l’Homme et chez les animaux ont prouvé que l’exposition au DEHP, mesurée par les teneurs en métabolites dans les urines, augmentait le risque de cancer du sein. Pourtant, les données issues de suivi à long terme restent non concluantes.
Analyser plus finement l’exposition des femmes
Il semble en effet que les études aient basé leurs calculs sur une mauvaise estimation de l’exposition au PEHD, liée au fait que le taux urinaire de ce phtalate et de ses produits de dégradation ne dépend pas uniquement du degré d’exposition, mais également des capacités individuelles à le métaboliser et à l’évacuer de l’organisme.
Pour surmonter cette variabilité, des chercheurs taïwanais ont décidé de procéder à une analyse beaucoup plus fine de ces expositions afin de déterminer dans quelle mesure celles-ci étaient liées au risque de cancer du sein.
Près de 400 femmes suivies pendant 20 ans
Ils ont analysé les dosages annuels de phtalates urinaires (taux de phtalates et de métabolites de phtalates) de 364 femmes suivies durant 20 ans, entre 1991 et 2010. Cent dix-neuf d’entre elles avaient développé un cancer du sein invasif et 245 étaient des témoins appariés. Ils ont ensuite cherché à savoir dans quelle mesure ces taux étaient liés au risque de cancer du sein.
Le saviez-vous ?
Pour diminuer les risques d’être exposé aux substances nocives du plastique, voici quelques gestes à adopter :
limitez autant que possible les produits emballés dans du plastique ;privilégiez le verre et l’acier ;évitez de chauffer au micro-ondes les aliments dans leur emballage ou dans des contenants en plastique, et évitez de placer des aliments chauds dans du plastique ;pour votre hygiène, préférez le savon et le shampoing solide aux gels douche et aux shampoings liquides ;privilégiez le savon de Marseille, le savon noir et le vinaigre blanc pour le ménage ;aérez votre logement tous les jours matin et soir, durant cinq minutes.
Leurs résultats, publiés dans la revue Pnas, confirment le risque de cancer accru chez les femmes les plus exposées chroniquement au DEHP, même à faible dose. Il apparaît que ce risque est encore plus élevé chez les femmes ayant de faibles capacités naturelles de dégradation du DEHP : elles étaient en effet exposées plus longuement à ce phtalate et à son premier métabolite, le MEHP (également un phtalate) connu pour ses effets cancérigènes chez l’animal.
Les phtalates responsables des cancers du sein chez les femmes jeunes ?
Les chercheurs montrent par ailleurs que les femmes qui sont les plus exposées au DEHP et qui ont eu leurs règles avant 14 ans ont un risque de cancer du sein multiplié par près de 8 par rapport à celles qui y sont peu exposées et qui ont eu leurs règles plus tard.

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Pour les scientifiques, cette étude confirme que l’hypothèse selon laquelle le DEHP – et plus largement les phtalates – est responsable d’une partie des cancers du sein. Elle permet également d’apporter une explication plausible à l’augmentation anormale de l’incidence du cancer du sein chez les femmes jeunes dans les pays occidentaux. Environ 20 % des femmes touchées par ce cancer ont en effet moins de 50 ans et ne présentent pas les facteurs de risque habituels associés à ce cancer.
Aller plus loin dans la réglementation
Il semblerait que l’effet néfaste de ces substances sur les cellules du sein s’exerce dès la vie fœtale. Elles pourraient favoriser autant leur cancérisation que leur prolifération et leur dissémination sous forme de métastases.
Actuellement, au niveau européen, treize phtalates sont interdits ou restreints dans les plastiques, mais l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a proposé d’étendre la réglementation à une quarantaine d’autres. Objectif : éviter la substitution des substances réglementées par d’autres nouveaux phtalates possédant des risques réels, mais moins bien étudiés.
Source:
www.futura-sciences.com





