Au Cameroun, le Trésor public enregistre une perte d’un total de 3,6 milliards de FCFA (environ 6,3 millions USD), représentant le paiement global de la caution environnementale, à raison de 63 millions de FCFA (environ 111.000 USD) par opérateur minier. Cette perte est consécutive au retrait par le ministre des Mines, le 26 février 2026, d’une soixantaine d’autorisations d’exploitation artisanale semi-mécanisée et leur reversement au domaine minier national.
Pour justifier sa décision, le ministre Fuh Calistus Gentry prétexte « le non-paiement de la caution de remise en l’état du site et non signature du cahier de charges ». Ce, après avoir émis à l’endroit de chacune des sociétés minières concernées « une mise en demeure pour [vous] conformer aux dispositions de l’article 168 (2) de la loi n°2023/014 du 19 décembre 2023 portant Code minier ». Il s’agissait alors de « présenter les justificatifs de paiement de la caution relative à la restauration du site minier et à la signature d’un cahier de charges avec les populations riveraines impactées ».
A la suite de cette production épistolaire, la plupart de ces opérateurs miniers avaient entamé de se conformer à la loi minière tel qu’exigé par le ministre des Mines. « Certains d’entre nous avaient réussi à verser le montant correspondant à la caution environnementale, d’autres, sur les conseils du ministre, avaient émis des avances. En attendant la création d’un compte spécialisé, cet argent devant être mobilisé dès la fin de l’exploitation d’un site minier, le ministre des Mines nous avait convaincus de déposer les 63 millions de FCFA dans le compte unique de l’Etat », indique Moïse Nana, le directeur général (DG) de Beloko Mining Sarl, au cours d’une rencontre publique avec l’inspecteur général (IG) du ministère des Mines, tenue à Batouri, à l’Est du pays, le 27 mars 2026. « Ce n’est qu’au terme de ce processus, et après s’être assuré que le demandeur d’une autorisation d’exploitation artisanale semi-mécanisée s’était acquitté de tout ce qui lui est exigé que le ministre lui délivre le précieux sésame », soutient un juriste d’affaires habitué aux méandres de ce type de procédures.
Chantage
Sauf que la joie des exploitants miniers sera de courte durée. « Pour nous endormir, le ministre nous avait invités à réunion tenue le 15 janvier 2026 à Yaoundé sur « la traçabilité de l’or produit au Cameroun et la mise en conformité environnementale et sociale des activités d’exploitation artisanale semi-mécanisée » », déclare Jean Claude Aboule, un exploitant minier présent à cette réunion. Au cours des échanges du 15 janvier 2026 à Yaoundé, déclarent des participants, « le ministre nous avait donné un délai de trois mois pour nous conformer aux dispositions du Code minier camerounais ». « Alors que tous, nous pensions pouvoir souffler, Fuh Calistus Gentry soumet son acceptation à la production régulière mensuelle de 10 kg d’or », soufflent quelques exploitants miniers. Qui considèrent cette condition comme « une forme de chantage qui cache mal l’intention du ministre de ne pas nous faire accéder à la mine semi-mécanisée ». D’autres pensent également que « cette manœuvre met à nu la volonté du ministre de céder nos espaces à d’autres acteurs ».
Une aubaine pour les opérateurs miniers qui se lancent alors dans la quête des fonds pour satisfaire la volonté du Minmidt. C’est sur ces entrefaites que, selon les exploitants de l’or par la semi-mécanisée, « nous sommes surpris par le revirement matérialisé par les correspondances ministérielles relatives au retrait de nos agréments ».
C’est ce « chantage » qui provoque l’ire des exploitants miniers du Cameroun. Qui estiment que « le ministre nous a trahis ». Et pour cause, soutiennent-ils, « il a accepté de nous délivrer les autorisations aujourd’hui querellées sans la caution environnementale alors que nous étions tous prêts à la déposer ». Une posture que partage un juriste d’affaires très au fait des péripéties de cette situation.
Faillite
La volte-face du 26 février 2026, après le « compromis » du 15 janvier 226 à Yaoundé a mis en faillite toutes les sociétés minières au Cameroun. « Suite à la délivrance de ces titres miniers, nous avons levé des fonds allant pour certains à plus d’un milliard de FCFA (environ 1,8 million USD) pour démarrer nos activités », révèlent les exploitants miniers face à l’inspecteur du ministère des Mines lors de la rencontre de Batouri le 27 mars 2026. « A peine avions-nous installé les engins pour démarrer l’exploitation que la nouvelle du retrait de nos autorisations tombe », poursuivent-ils. Conséquence de cet arrêt des travaux, les exploitants miniers disent devoir rembourser des dettes alors qu’ils ne travaillent pas. « Nous sommes désormais englués dans une précarité et une insécurité financière et judiciaire sans précédent. Nous sommes passés de pourvoyeurs de richesses et d’emplois à Batouri à des potentiels détenus pour abus de confiance et escroquerie aggravés présumés », fulmine René Bari Zoma, un orpailleur.
Au ministère des Mines, l’on évite de se prononcer sur le sujet, « tant il est délicat ». Au sujet des accusations de corruption portées contre le circuit de délivrance des autorisations d’exploitation, tout le personnel respecte la loi de l’omerta. La seule réponse publique est apportée par l’inspecteur général de ce ministère à Batouri. « Nous sommes venus vous écouter. Nous allons répercuter tout ce que nous avons entendu à qui de droit afin qu’il apporte les réponses adéquates », indique Philippe Nyetam. Pour qui, « le ministère se reconnait dans certaines de vos récriminations et nous allons nous atteler à ce que l’exploitation semi-mécanisée de l’or au Cameroun soit une activité concertée qui profite à tous les acteurs ».
Source:
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