En Australie, la lecture à voix haute trouve un allié inattendu : le chien. Dans le programme Story Dogs, des élèves du primaire lisent chaque semaine face à un compagnon dressé pour rester calme, disponible et silencieux. Le dispositif, raconté par The Guardian, compte aujourd’hui 389 animaux engagés dans le pays, hors Territoire du Nord.
À Bondi Public School, à Sydney, une chienne nommée Tashi écoute des enfants durant des créneaux individuels de vingt minutes. D’après Story Dogs, ces séances hebdomadaires associent un bénévole, un chien accrédité et un élève de Year 2 ou plus ; chaque équipe accompagne cinq enfants par établissement.
Créée en 2009 en Nouvelle-Galles du Sud par Janine Sigley et Leah Sheldon, l’association s’est diffusée dans tout le pays. L’objectif n’est pas d’évaluer les élèves, mais de rendre l’exercice moins menaçant. Janine Sigley résume le principe : « Les enfants peuvent respirer, prendre leur temps, caresser doucement le chien et avancer à leur rythme. »
Une scène de lecture déplacée
Le programme s’inscrit dans un contexte scolaire précis. Un élève australien sur trois n’atteignait pas les attentes en littératie et numératie dans les résultats NAPLAN 2024 publiés en 2025. Un tiers des élèves restaient sous les repères en lecture et en orthographe. La médiation canine n’efface pas ces difficultés ; elle modifie le moment où elles apparaissent.
Les chiffres de déploiement donnent la mesure du programme. Ainsi, 2870 enfants étaient aidés chaque semaine en décembre 2025, dans 413 écoles primaires, soit 7 % des 6 223 établissements pris comme base de référence – et Story Dogs aura assuré plus de 85.000 séances individuelles en 2025.
À Bondi, l’ancienne bibliothécaire et éducatrice Sue Bognar décrit une situation plus respirable que la lecture devant la classe. L’enfant ralentit, recommence, touche le pelage, puis reprend la phrase. Elle résume l’effet recherché ainsi : « Ils ne jugent pas. Ils ne se plaignent pas. Et c’est cela qui est merveilleux. »
ActuaLitté avait déjà suivi cette médiation
Le sujet n’est pas neuf pour la presse du livre. Dès 2008, ActuaLitté rapportait l’existence d’un dispositif où l’enfant choisissait un ouvrage pour le lire à voix haute à un chien, avec la même idée directrice : réduire le stress et éviter les réactions susceptibles de le frustrer.
En 2017, nous racontions également l’histoire de Sting, le toutou qui passe des séances de vingt minutes de lecture avec un enfant, pour désacraliser l’oralisation. Petite nuance de taille : Sting était un lévrier à la retraite. L’enjeu thérapeutique dans ce cas là visait autant le réconfort de l’animal que l’assurance du jeune.
Et plus récemment encore, 2022, nous avions consacré un article à Harry, chien présent en bibliothèque au pays de Galles, qu’une telle présence apportait une écoute « bienveillante » et « chaleureuse » aux jeunes lecteurs. L’initiative australienne s’inscrit ainsi dans une continuité déjà repérée par le site.
Ce que Story Dogs formalise, c’est une organisation régulière : un rendez-vous hebdomadaire, un lecteur identifié, un bénévole, un animal accrédité et un temps stable. Pour les bibliothèques scolaires et les médiateurs, l’intérêt du modèle australien tient à cette mécanique simple : moins d’exposition, davantage d’attention, et une pratique de l’oral qui retrouve une forme d’aisance.
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Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com
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