Réalisé par Robert Zemeckis, ce film d’espionnage virant au mélodrame, sur fond de Seconde guerre mondiale, a été étrillé à sa sortie, il y a neuf ans. Alors qu’Arte le diffuse ce dimanche soir, voici trois raisons de le repêcher.
Brad Pitt et Marion Cotillard jouent un espion américain et son épouse française, résistante suspectée d’être un agent double au service des Allemands. Paramount Pictures/GK Films
Publié le 12 avril 2026 à 20h00
À sa sortie, en 2016, cette superproduction qui jongle avec les genres (romance, thriller, film de guerre, film d’aventure, mélodrame…) n’a pas vraiment eu bonne presse. Y compris dans nos pages, où le film, en raison surtout de ses « chromos naïfs », a été dézingué. À tort selon moi. En faveur de sa réhabilitation, plaidoyer en trois points.
Pour son scénario signé Steven Knight
Vraiment étonnant, tout aussi imprévisible dans sa trame rebondissante que dans ses changements de ton. Il y a bien quelques invraisemblances dans l’action mais on s’en moque un peu, tant la part de romance feuilletonesque est assumée. Ce qui importe surtout, c’est la vérité et le mensonge des sentiments, dans un contexte historique particulier. L’intrigue, qui réunit un espion canadien et une résistante française durant la Seconde Guerre mondiale, commence d’abord à Casablanca, au Maroc. Puis se déplace à Londres, durant le Blitz. Une marotte à n’en pas douter du scénariste, qui n’est autre que Steven Knight, le créateur britannique de Peaky Blinders. Si la série se déroule dans l’entre deux-guerres, Peaky Blinders, l’Immortel va lui jusqu’à la campagne de bombardements, qui toucha Londres et quelques autres villes, dont Birmingham. Dans Alliés, on saisit bien à travers deux séquences de fête (l’une au pub, l’autre à la maison) combien cette période fut à la fois terrifiante et galvanisante pour les civils, soudés comme jamais dans le moment présent, fiers de tenir, de résister. La vie du couple avec son bébé, dans le quartier de Hampstead, est décrite et détaillée avec un certain soin. Enfin et surtout le scénario de Steven Knight est captivant sur le thème de l’espionnage au sein du couple.
Pour Marion (surtout) et Brad
La véritable héroïne ici, c’est elle, Marianne. Un personnage charismatique et ambigu, qui mène le plus souvent la danse. C’est elle, dans la partie marocaine, qui exhorte son faux mari à feindre l’amour en public, pour éloigner tout soupçon. Les deux le savent : la mission leur interdit de s’aimer vraiment. Jeu forcément dangereux — combien de temps vont-ils pouvoir réprimer leur désir fougueux ? Jeu forcément délicieux quand on sait à qui on a affaire. Marion Cotillard et Brad Pitt sont ici tous deux irrésistibles, glamour à souhait. Surtout elle, offensive, séductrice, sensible — Brad paraît plus figé. À Londres, leur histoire prend un moment un tour vertigineux. Qui mène à du pur mélodrame. Sombre, très inattendu, audacieux dans un cadre hollywoodien.
Pour le cas Zemeckis
Un drôle de zigue, ce Zemeckis. Pas vraiment un mauvais cinéaste, pas non plus un bon, tant ses films paraissent toujours inégaux. Une sorte de Spielberg sans sa maîtrise. Cela ne l’empêche pas de triompher (Forrest Gump, Seul au monde…). Il joue souvent sur les bons sentiments, le chantage à l’émotion, il aime le sucre et les violons. Il est surtout réputé pour ses… effets spéciaux ! Décoiffants il est vrai, dans Qui veut la peau de Roger Rabbit ? et La mort leur va si bien. Ce qui est bizarre chez lui, c’est qu’il a le don de se saborder. Il peut réussir de belles choses et les gâcher la minute d’après, en ayant une fâcheuse tendance à surligner. Illustration : le dénouement à l’aéroport, où un geste désespéré se produit, hors champ. Cela aurait pu être sublime de décence, mais c’est un peu gâché par ce qui suit juste après. La scène reste néanmoins bouleversante. Si, si.
Lire un autre point de vue (2016)
q “Alliés” : Brad Pitt et Marion Cotillard dans un hommage surprenant à l’âge d’or du cinéma hollywoodien
Source:
www.telerama.fr




