Je me souviens d’un dossier réalisé il y a quelques années pour La Croix L’hebdo : « Devenir soi, ça veut dire quoi ? » Je sortais à la fois enrichi et éreinté de la fréquentation assidue des pensées et des témoins qui, chacun, avaient donné une définition d’un « soi » et d’un « moi » dont l’acceptation varia grandement au fil des siècles.
J’avais l’impression d’avoir fait « le tour de la question ». Mais lors d’une rencontre à l’occasion de la parution du numéro, une lectrice m’interpella vivement : « Mais enfin, vous n’avez pas parlé de Marcel Légaut ! » – « Marcel qui ? » L’assurance dans la voix de mon interlocutrice me provoqua des sueurs froides. Impression désagréable d’avoir loupé quelque chose d’important. Je me rattraperai les jours suivants en allant acquérir Devenir soi, l’un des ouvrages les plus célèbres de celui qui, scientifique et intellectuel, avait décidé de se faire paysan, conditionnant la recherche de soi à une forme de vie prônant la prière et l’adhésion du réel, de la foi et de Dieu à son vécu singulier.
Cette démarche, à la fois simple et assez subtile, ne dispose pas d’un mode d’emploi en « x » étapes pour, enfin, accéder à son « vrai moi » ou au « sens de sa vie ». Marcel Légaut ne propose qu’un itinéraire, qui attire par sa concentration, son humanité, sa liberté. Il s’agit bien, ici, de suivre quelqu’un, tout bonnement Jésus, pour aller, avec tout ce qui nous constitue, vers les autres et le Tout Autre. Une appropriation aiguë et joyeuse des lois, des événements et du réel, qui se joue au sein d’une communauté choisie. Un creusement intérieur lent, jamais assuré, et évitant de jouer sur l’illusion de notre toute-puissance… Et des angoisses qui vont avec !
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