Les futurs salariés ne sont pas obligés de tout accepter pendant un processus de recrutement. Leur vie privée doit être protégée
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Imaginez la scène. Vous venez de passer un entretien d’embauche pour le job de vos rêves, tout s’est bien passé et vous attendez patiemment la réponse du recruteur. Contre toute attente, vous n’avez pas le poste, sans que la raison soit précisément expliquée. Après la déception, vous vous dites qu’un meilleur candidat a été retenu mais vous peinez à y croire. Est-il possible qu’un élément extérieur ait saboté votre candidature ?
Lors d’un recrutement, les entreprises sont souvent tentées d’enquêter sur chaque profil. Pourtant, il existe des limites claires à ne pas dépasser au nom du RGPD qui protège les données de chacun. Jonathan Hervé, avocat parisien spécialiste en protection des données, revient sur les limites à ne pas franchir. « Un recruteur peut évidemment consulter le CV envoyé par la personne ainsi que ses réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn ou Viadeo car il y a une finalité professionnelle. L’intérêt est légitime », note l’expert.
Attention toutefois à ne pas faire le clic de trop. « Le fait d’avoir un compte public sur un réseau social autre ne veut pas dire que le recruteur peut le consulter. Cela relève d’événements de la vie privée d’un candidat, cela peut être un abus du RGPD », avertit l’avocat. Ainsi, consulter les photos de vacances, les opinions ou encore les centres d’intérêt n’a aucun lien avec l’emploi. Le recruteur violerait le RGPD et se rendrait coupable d’un manquement au Code du travail.

Un candidat qui parviendrait à prouver qu’il est écarté pour de tels motifs pourrait parfaitement poursuivre l’entreprise en justice pour réclamer des dommages et intérêts voir demander la nullité de la procédure de recrutement. Les sanctions pourraient même être plus lourdes si l’écartement lié à la consultation des données a entrainé une discrimination basée sur la religion ou l’orientation sexuelle par exemple. Dans ce cas, l’employeur devrait prouver qu’il a rejeté la candidature pour des motifs non discriminatoires.
Quelques exceptions existent toutefois pour que votre compte Instagram ou X soit consulté par un recruteur. « Si le postulant fait état d’un blog ou d’un site internet où il poste des articles, le recruteur peut le consulter, » nuance Jonathan Hervé. Cela peut notamment être le cas pour les profils artistiques qui postent fréquemment sur les réseaux sociaux pour se constituer une audience. L’objectif doit rester professionnel et non être lié à la vie privée.
Autre problématique : un recruteur peut-il contacter l’ancienne entreprise du postulant ? Elle peut confirmer que le salarié a occupé ses postes, en informant obligatoirement le salarié. Jonathan Hervé ajoute. « C’est une histoire de consentement. Si la future entreprise fait la demande, le candidat doit accepter que son précédent employeur soit contacté. Il peut tout à fait s’y opposer. » Les candidats ont donc tout à fait le droit de dire non même si dans les faits, la peur d’être écarté du recrutement pousse souvent à accepter ces demandes.
Source:
www.journaldunet.com




