La souveraineté culturelle numérique n’a pas besoin d’un slogan de plus : elle réclame un opérateur. C’est précisément l’ambition que porte Thotario. En France, nous avons su bâtir des maisons, des catalogues, des politiques publiques, des librairies, des médiathèques.
En revanche, dans l’univers des biens culturels numériques, nous laissons encore l’infrastructure, la relation d’usage et la valeur de revente à des plateformes étrangères. Or la question n’est plus théorique : elle touche au livre numérique, au jeu vidéo, et à la manière dont une œuvre circule après son achat.
Reprendre la main sur la circulation numérique
Le diagnostic européen existe déjà. Dans son évaluation décennale de Creative Europe, la Commission rappelle que les secteurs culturels, créatifs et médiatiques demeurent fragmentés « le long des frontières nationales et linguistiques ».
Cette fragmentation ne relève pas seulement de la diversité culturelle, que personne ne conteste ; elle produit aussi un marché dispersé, sans acteur secondaire structurant capable d’unifier des usages à l’échelle continentale. Je pars de là : si l’Europe veut défendre sa diversité, elle doit aussi organiser ses canaux de circulation.
Le livre en fournit une démonstration concrète. Eurostat observait en 2025 que l’achat d’ebooks et de livres audio variait fortement selon les pays de l’Union : 22,3 % de la population en Irlande, 19,7 % au Danemark, mais 1,8 % en Bulgarie. Autrement dit, l’espace européen n’est ni homogène ni saturé ; il juxtapose des maturités, des langues et des pratiques. Dans un tel contexte, un modèle conçu en France peut encore prendre position avant qu’un oligopole ne verrouille définitivement les usages.
Chez Thotario, nous avons choisi d’attaquer ce point mort par l’usage. La plateforme se présente comme une place de marché du secondaire numérique pour ebooks, BD et jeux, avec un « passeport » attaché à chaque exemplaire afin d’en encadrer la traçabilité, l’unicité et la revente, tandis que les créateurs touchent des royalties à chaque transaction. Sur son site, l’entreprise précise aussi que l’auteur fixe à la fois le prix initial et le pourcentage perçu lors des reventes ; la plateforme retient 25 % en vente primaire, puis 10 % en revente.
Changer d’échelle sans changer de nature
Le point décisif n’est donc pas la seule innovation technique. Il réside dans la possibilité de bâtir un acteur européen à partir d’un cas français. Thotario affirme aujourd’hui viser deux marchés, les livres numériques et les jeux PC, disposer d’un prototype fonctionnel pour l’ebook, développer sa version jeux, compter une dizaine de créateurs pionniers, et discuter avec deux maisons d’édition, dont l’une serait déjà à un stade avancé de test. Pour une jeune structure, le sujet n’est plus de prouver qu’une idée existe, mais de montrer qu’elle peut agréger une offre, des catalogues et des habitudes d’achat.
Les ordres de grandeur justifient ce déplacement. Newzoo estimait en 2025 le marché mondial du jeu vidéo à 188,8 milliards $ ; Fortune Business Insights évaluait, la même année, le marché mondial du livre à 142,95 milliards $. Thotario, de son côté, parle de marchés cibles « de plus de 200 milliards de dollars » et d’une croissance à deux chiffres.
Même en retenant des méthodologies différentes, la leçon reste la même : nous ne parlons plus d’une niche expérimentale, mais d’un champ économique où la maîtrise de l’intermédiation, des données d’usage et des règles de circulation pèse très lourd.
J’insiste sur un point : l’expansion n’a de sens que si elle conserve sa promesse initiale. Sur la page de sa campagne de financement, Thotario formule l’enjeu avec netteté : « le numérique ouvre des possibilités inédites pour la culture : faire circuler les œuvres tout en rémunérant leurs créateurs ». Toute la stratégie est là.
Construire un acteur souverain ne consiste pas à européaniser une rente technique ; cela consiste à réintroduire de la valeur pour le lecteur, pour le joueur, pour l’auteur, et demain pour des éditeurs qui cherchent une alternative aux circuits clos. C’est à cette échelle, française d’abord, européenne ensuite, que se joue désormais la bataille de la culture numérique.
Retrouver le projet Thotario sur We do good
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0
DOSSIER – Thotario, ou l’ambition d’un nouveau lien autour des oeuvres numériques
Par Auteur invitéContact : contact@actualitte.com
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