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AccueilLivres & LittératureRefuser de censurer coûte son poste à une directrice des bibliothèques

Refuser de censurer coûte son poste à une directrice des bibliothèques

Selon NewsChannel 5, ces titres ont été jugés « inappropriés » par la majorité du conseil, qui a invoqué des thèmes liés aux identités LGBTQ+, mais aussi à l’« empowerment » féminin, à la diversité, aux sorcières ou à la justice sociale. Aucun titre précis n’a été rendu public à ce stade.

Luanne James avait officiellement signifié son refus quelques jours plus tôt. Dans un courriel adressé au conseil, elle expliquait être « professionnellement et éthiquement tenue de défendre le Premier Amendement » et estimait que l’ordre de relocalisation constituait une discrimination fondée sur les points de vue exprimés dans les livres.

Elle a aussi dénoncé une entorse à la procédure interne de réexamen des ouvrages et soutenait que restreindre l’accès à des documents dans une bibliothèque publique portait atteinte au droit à l’information de la communauté. 

Une affaire symptomatique 

Après son éviction, Luanne James, dans une déclaration transmise par son avocat, affirme avoir perdu son poste pour avoir fait « exactement ce que les bibliothécaires sont censés faire : protéger le droit de tous les membres de la communauté à accéder aux livres et à l’information ». Elle soutient que son licenciement est lui-même « un acte illégal de discrimination idéologique » et dit étudier ses recours.

Le président du conseil d’administration, Cody York, n’a pas détaillé les motifs au moment du vote, mais il avait auparavant qualifié son refus d’« insubordination », estimant qu’un directeur qui n’applique pas une décision régulièrement adoptée mine la gouvernance de l’institution. 

L’affaire s’inscrit dans une campagne plus large menée dans le Tennessee autour de la prétendue « age-appropriateness » (adapté à l’âge) des collections jeunesse. En octobre 2025, le secrétaire d’État Tre Hargett a adressé une lettre aux 181 bibliothèques publiques de l’État pour leur demander un examen immédiat des rayons enfants et adolescents.

Un conflit aux implications juridiques

Cette demande faisait explicitement référence à la législation locale sur les contenus « adaptés à l’âge » ainsi qu’à un décret présidentiel de Donald Trump sur la « gender ideology extremism ». Ce texte, qui s’inscrit dans une série de mesures conservatrices sur les questions éducatives et culturelles, encourage notamment les administrations à revoir leurs programmes, expositions ou collections afin d’écarter ce qui est présenté comme de la « promotion » de ces thématiques auprès des mineurs. Rutherford County avait même temporairement fermé certaines bibliothèques pour réaliser cet inventaire.

Mais Tre Hargett a ensuite pris ses distances avec l’interprétation la plus coercitive de sa propre initiative. Interrogé dans l’émission Inside Politics, il a expliqué qu’il n’avait pas « ordonné » de retrait ni imposé de fermeture, insistant sur le fait que son bureau avait simplement « demandé » un audit et que les bibliothèques restaient libres de leurs décisions. 

Le climat autour de la réunion du 30 mars montrait d’ailleurs que le conflit était devenu hautement politique et potentiellement judiciaire. Avant la séance, le conseil d’administration a cherché un nouvel avocat pour traiter spécifiquement le volet emploi et Premier Amendement, l’American Center for Law and Justice, organisation juridique conservatrice américaine, ne souhaitant pas intervenir sur ces questions de droit du travail.

Des courriels internes révélés par NewsChannel 5 montrent aussi que la membre du conseil Allison Belt craignait des conséquences juridiques lourdes, allant jusqu’à écrire que les décisions prises le 30 mars pourraient avoir des effets profonds sur le système de bibliothèques, le comté et le patrimoine personnel des administrateurs si la loi était violée. 

PEN America dénonce une censure

Le débat local est profondément divisé. Certains soutiennent le déplacement des livres au nom de la protection des enfants, tandis que d’autres y voient une atteinte au Premier Amendement et à la liberté de lire. Les partisans de Luanne James estiment que cette relocalisation restreint l’accès aux ouvrages et transforme la bibliothèque en outil de sélection idéologique, au détriment de la diversité des contenus.

L’affaire dépasse désormais le seul Rutherford County. PEN America a salué l’attitude de Luanne James, décrivant son refus d’obtempérer comme un geste emblématique dans la lutte contre la censure.

À LIRE – Face aux interdictions de livres, un géant de l’édition riposte en justice

De son côté, le contexte local est déjà lourdement chargé par les contentieux autour des livres dans les écoles du comté : récemment, une procédure engagée par l’ACLU du Tennessee – antenne de l’organisation américaine de défense des libertés civiles – au nom de familles et de PEN America visait déjà le Board of Education du Rutherford County pour restrictions de livres dans les établissements scolaires. 

Photographie : installation dans une bibliothèque australienne, en 2023 (illustration, Blue Mountains Library, CC BY-SA 2.0)

DOSSIER – Aux États-Unis, une inquiétante vague de censure de livres

Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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