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Quelle stratégie adopter si la dermatose nodulaire contagieuse resurgit au printemps ?

La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a fait une entrée fracassante sur le territoire français. Son apparition a suscité de vives réactions dans le monde agricole, en raison de la stratégie sanitaire particulièrement coercitive retenue : un abattage systématique des animaux, couplée à une restriction de mouvement des animaux et la vaccination à proximité des foyers. Au total, 117 foyers ont été détectés et 3.300 bovins abattus. Des mesures jugées « injustes et inefficaces » par les syndicats agricoles Confédération paysanne et Coordination rurale.

Abattage systématique : limiter les répercussions commerciales

Non transmissible à l’humain et avec un taux de mortalité avoisinant les 10%, sa classification en maladie de catégorie A – c’est-à-dire nécessitant un abattage systématique – peine à être comprise. « Trois critères ont déterminé ce choix par les autorités », explique Pauline Ezanno, directrice de recherche et cheffe du département Santé Animale d’Inrae. « Tout d’abord la gravité de la maladie, qui est très douloureuse pour l’animal. Lorsqu’un animal est malade, il produit moins de lait et moins de viande et de toute façon ces denrées ne peuvent être commercialisées pour l’alimentation humaine. Ensuite, la vitesse de propagation, qui est particulièrement élevée du fait de la transmission par des insectes vecteurs. Enfin, le statut indemne dont bénéficie la France, qui permet de d’exporter des bovins à l’étranger ».

En tant que premier exportateur mondial de bovins vivants, la France s’expose à des répercussions conséquentes sur ses échanges commerciaux si elle opte pour un abattage sélectif. En effet, cette approche conduit à la perte du statut indemne pendant une période prolongée, durant laquelle d’importantes restrictions à l’export sont imposées.

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La vaccination, un risque de circulation à bas bruit

La vaccination, actuellement restreinte à la périphérie des foyers, ne permet pas d’esquiver cette règlementation et d’envisager des alternatives à l’abattage total. « Pour réaliser une campagne de vaccination à grande échelle, il faudrait 16 millions de doses disponibles. Cette démarche devrait être réitérée chaque année, car le vaccin ne protège que pendant un an », poursuit Pauline Ezanno.

En outre, le vaccin développé ne porte pas le marquage DIVA, permettant de distinguer les anticorps d’un animal vacciné des anticorps d’un animal infecté. « Le risque si l’on procède à une vaccination à large échelle est que le virus continue à circuler à bas bruit, sans que nous soyons capables de le détecter. Alors, lorsque la vaccination cessera, la maladie réémergera ». Il conviendrait ainsi de patienter jusqu’à la mise au point d’un vaccin DIVA et de meilleurs moyens de détection. Toutefois, dans l’intervalle, quelles mesures pourraient se substituer à l’abattage systématique ?

Mandatés par la Direction Générale de l’Alimentation, un groupe de travail piloté par des experts du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) s’est réuni. Avec des chercheurs de l’Inrae, de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et des Ecoles Nationales Vétérinaires, ils se sont vu attribuer la mission d’évaluer les potentiels risques d’un abattage ciblé en zone vaccinée.

Améliorer les modèles et comparer les stratégies

« Ces nouvelles connaissances liées à la vaccination à proximité des foyers devrait permettre d’améliorer les modèles épidémio-économiques utilisés pour comparer les stratégies de lutte contre la DNC », anticipe Pauline Ezanno. En effet, parmi les modèles existants, aucun n’est véritablement représentatif des filières bovines d’Europe de l’Ouest et en particulier françaises, qui se distinguent par leur grande diversité et leurs pratiques d’estives.

« Ces données précises sur la vaccination – vitesse de mise en œuvre, symptômes observés – mais également sur le mode de vie du vecteur – déplacement, cycle reproductif – permettront d’ajuster les modèles aux réalités du terrain et de comparer les stratégies d’intervention pour choisir la plus proportionnée. Autant tirer leçon de cet événement qui a été dramatique pour les filières », ajoute la chercheuse. En parallèle, l’épidémio-surveillance est de mise, à la fois à l’échelle locale par les éleveurs et les vétérinaires, mais aussi à l’échelle nationale. Ainsi, la plateforme d’épidémio-surveillance en santé animale, au travers de sa veille sanitaire internationale notamment, avait permis d’anticiper l’arrivée de la dermatose sur le territoire en juin 2025.

Alors qu’aucun cas n’avait été recensé en France depuis janvier, un nouveau foyer a été confirmé en Espagne début mars. Une vingtaine de communes des Hautes-Pyrénées ont aussitôt été placées en zone réglementée, signe que la menace reste à portée de frontière. Les agriculteurs craignent ainsi une recrudescence de l’épizootie avec le retour à l’activité des taons et des stomoxes, insectes vecteurs de la maladie.

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Repenser les élevages

Face à cette menace latente, reste une stratégie plus disruptive : renforcer l’immunité des animaux et repenser les modèles d’élevage. En effet, les épizooties se font de plus en plus fréquentes. A l’inverse, la mise au point de traitements et de vaccins demeure un processus long et complexe.

« L’émergence des épizooties est un facteur difficilement contrôlable. Elle est favorisée par le changement climatique, qui étend les zones favorables aux vecteurs et rallonge leurs périodes d’activité », souligne Pauline Ezanno. L’inconfort dû à des températures extrêmes induit également du stress et fragilise l’immunité des animaux.

La marge de manœuvre se situe donc au niveau de la propagation des maladies dans les élevages. « Tout un pan de la recherche s’intéresse aujourd’hui aux transformations des systèmes agricoles à l’échelle d’un territoire, dans le but de rendre les élevages plus robustes aux crises », confirme la chercheuse d’Inrae. « Cela passe notamment par une rationalisation des mouvements d’animaux, de la densité des élevages et par l’alimentation ».

A noter que « les éleveurs font face à une double injonction difficile à résoudre. D’un côté, on leur demande de respecter des normes strictes de biosécurité, plus aisément atteignables en bâtiment, grâce aux désinfections régulières et à l’isolement de la faune sauvage. De l’autre, on les encourage à promouvoir le bien-être animal, en favorisant des pratiques plus naturelles, en extérieur. »


Source:

www.sciencesetavenir.fr

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