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Pınar Selek : une mobilisation à Paris, avant un énième procès

Le 1er avril, une soirée de soutien est organisée de 20h à 22h sur la péniche Anako, à Paris, pour célébrer la sortie du livre. Lectures, musique et rencontres sont prévues en présence de Pınar Selek et de ses soutiens.

Le lendemain, 2 avril, un rassemblement est prévu à partir de 8h30 au siège de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), afin de suivre en direct la septième audience du cinquième procès qui se tiendra à Istanbul. Dans le même temps, une délégation internationale doit se rendre sur place pour assister à l’audience et demander la fin des poursuites.

Un livre au cœur de la mobilisation

Publié aux éditions Université Paris Cité, Lever la tête revient sur une recherche consacrée à la résistance kurde, au centre de la procédure judiciaire visant la sociologue.

Le Comité international de défense de Pınar Selek et de sa recherche décrit : « Un récit bouleversant dans lequel Pınar Selek raconte les origines de cette recherche violemment arrachée par ses tortionnaires, mais douloureusement ressurgie des tréfonds de son corps et de sa mémoire. » La publication est présentée comme un acte à la fois scientifique et politique, au cœur de la mobilisation actuelle.

Le 2 avril 2026 marquera une nouvelle étape dans une affaire judiciaire engagée depuis la fin des années 1990. Malgré plusieurs acquittements, la procédure se poursuit.

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Accusée d’avoir participé à un « attentat » – en réalité une explosion accidentelle survenue en 1998 sur un marché d’Istanbul – Pınar Selek est poursuivie depuis près de trois décennies. L’événement, attribué au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a servi de base à des accusations régulièrement contestées par ses soutiens.

Une procédure judiciaire relancée sans fin

Emprisonnée en 1998 pendant deux ans, elle est finalement acquittée en 2006. D’autres décisions similaires suivront, en 2011 puis 2014, où la justice la décharge une nouvelle fois de toute implication. Mais en 2022, la Cour suprême turque rouvre le dossier, relançant la procédure. Depuis, les audiences sont régulièrement reportées, prolongeant une situation judiciaire kafkaïenne.

En janvier 2023, un mandat d’arrêt international avec demande d’extradition est émis à son encontre. Transmis à Interpol, il permet aux autorités turques de suspendre leur décision dans l’attente d’une réponse, tout en maintenant la pression judiciaire sur la chercheuse.

La Ligue des droits de l’Homme dénonce, à nouveau, un processus judiciaire qu’elle juge infondé : « Depuis 28 ans Pınar Selek, faussement accusée de terrorisme et poursuivie pour un crime qui n’a jamais existé, est harcelée par l’État turc. » L’organisation appelle à une issue définitive : « Il est plus que jamais nécessaire que la justice turque reconnaisse enfin toutes les illégalités accumulées, et qu’elle prononce l’acquittement définitif de Pınar Selek. »

Au-delà de ce cas, elle évoque un contexte plus large : « En Turquie de nombreuses personnes sont inquiétées, incarcérés après des procès inéquitables. » Le Comité conclut : « À Paris ou à Istanbul, rejoignons et renforçons son combat pour la paix, pour la liberté de la recherche universitaire et la liberté d’expression. »

Des œuvres assimilées à du terrorisme

En Turquie, la situation des libertés d’expression et de publication reste fortement dégradée, en particulier pour les auteurs liés à la question kurde. Depuis 2025, l’écrivain Mehmet Dicle fait l’objet d’une enquête pour « propagande terroriste » après la saisie de son roman Berfa Sor dans une prison. En cause : certains termes comme « Kurdistan » ou « guérilla », relevés dans une traduction partielle de l’ouvrage.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de censure et de poursuites visant les acteurs du livre, dénoncé notamment par PEN International. Les autorités turques sont régulièrement accusées d’assimiler production littéraire et soutien au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation considérée comme terroriste.

Plus largement, la répression touche écrivains, éditeurs et figures publiques : Selahattin Demirtaş a été condamné à 42 ans de prison, Osman Kavala à la perpétuité, tandis qu’Aslı Erdoğan et Pınar Selek font l’objet de procédures répétées.

Le 27 février 2025, Abdullah Öcalan, fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a appelé à mettre fin à la lutte armée, marquant un tournant majeur après plusieurs décennies de conflit avec l’État turc. Le PKK a ensuite annoncé se rallier à cet appel, actant symboliquement l’abandon de l’action militaire. Cette décision s’inscrit dans un processus engagé fin 2024 visant à ouvrir une voie politique. Toutefois, malgré cette renonciation, aucune avancée concrète n’a encore été actée par les autorités turques.

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Ces affaires s’inscrivent dans un climat général tendu, marqué également, entre autres, par l’arrestation du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu. La figure majeure de l’opposition est actuellement jugée dans un vaste procès pour corruption après son arrestation en mars 2025. Accusé d’avoir dirigé une organisation criminelle, il risque jusqu’à 2352 ans de prison pour 142 chefs d’accusation. Le procès, qui implique plus de 400 personnes, repose en grande partie sur des témoignages anonymes et contestés.

Les conditions d’audience sont très encadrées, avec restrictions pour la presse et les avocats. L’arrestation a déclenché une vague de manifestations, suivie d’une répression importante. Selon les observateurs, la procédure pourrait durer plus d’un an.

Crédits photo : ActuaLitté (CC BY-SA 2.0)

 

Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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