A retrouver dans l’émission
Chocs pétroliers, guerre tarifaire, pressions sur le Groenland, désengagement en Ukraine… Jamais l’Europe n’a été autant bousculée par son allié américain, ni autant incitée à repenser sa puissance. Au cœur de cette réponse, la Banque européenne d’investissement (BEI) joue un rôle clé : lever des fonds pour financer les priorités européennes, de la transition écologique à la souveraineté énergétique, en passant par l’innovation, le logement, la défense et la sécurité. Face à un contexte international plus instable, l’institution a élargi son action. Sa présidente, Nadia Calviño, est l’invitée d’Ici l’Europe.
Longtemps centrée sur la transition écologique et le développement économique, la Banque européenne d’investissement (BEI) élargit désormais son action aux enjeux de sécurité et de défense. Une évolution assumée par sa présidente, l’Espagnole Nadia Calviño : « Il est indispensable que l’Europe renforce ses capacités et son indépendance dans ces domaines. » Les chiffres illustrent cette réorientation : les financements dédiés sont passés d’environ un milliard d’euros en 2024 à quatre milliards l’an dernier.
La BEI finance désormais des groupes comme Thalès et soutient les PME du secteur, tout en maintenant une ligne rouge claire. « On donne du financement surtout pour que les banques puissent prêter aux petites et moyennes entreprises dans les domaines de la sécurité et de la défense, en excluant l’armement », explique la présidente de l’institution. La banque se concentre sur les infrastructures de mobilité militaire, la recherche et les fonds d’investissement spécialisés, laissant le financement direct des armes à d’autres acteurs.
Réduire les dépendances énergétiques
Sur le front énergétique, la présidente de la BEI se veut rassurante. Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, l’Europe a progressé : « L’Europe est plus indépendante maintenant qu’elle ne l’était il y a quatre ans. Le poids du gaz était beaucoup plus important dans la production d’électricité. Maintenant, ça s’est réduit, il y a beaucoup plus de renouvelables, et on a aussi renforcé nos capacités nucléaires », explique-t-elle. Face à la guerre tarifaire lancée par les États-Unis, elle souligne la résilience européenne : « L’économie européenne est beaucoup plus résistante qu’on ne le croyait, mais il faut continuer à investir pour qu’on puisse jouer le rôle qui correspond à une économie de 450 millions de personnes. »
Ukraine : reconstruire sous les bombes
En Ukraine, la BEI poursuit ses opérations malgré les destructions continues. La stratégie ? Adapter les infrastructures pour résister aux attaques russes. « Quand on reconstruit une infrastructure, on crée des éléments de protection. Dans le domaine de l’énergie, on est en train d’avoir des systèmes plus décentralisés pour que ce soit beaucoup plus difficile de détruire toute la capacité du pays », explique Nadia Calviño. Elle salue « la résilience du peuple ukrainien, vraiment impressionnante » et se dit convaincue qu’une « relance très forte » suivra la fin des hostilités.
Le logement, nouvelle priorité européenne
Depuis 2013, les prix des logements à l’achat et à la location ont bondi en Europe. Pour la première fois de son histoire, l’UE vient de se doter d’un plan pour le logement abordable et d’un commissaire au logement. Flambée des loyers, chute de l’offre locative et détournements vers la location saisonnière… Que fait et que peut réellement faire l’UE sur ce dossier alors que c’est aux pays membres de décider de leur politique du logement ?
Nos équipes se sont rendues à Barcelone, l’un des symboles de cette crise du logement, à la rencontre de ses habitants dont beaucoup connaissent des difficultés pour se loger. Ils visitent également des initiatives locales de rénovation ou de construction de logements, en partie financées par des fonds européens.
La BEI a doublé ses financements dans ce secteur et s’est fixé un objectif ambitieux : « On a un objectif très clair de financer un million de logements d’ici 2030. Cette année, on a prévu d’investir six milliards d’euros. » La France est le premier bénéficiaire de ces financements, avec plus de 3,4 milliards d’euros investis ces cinq dernières années dans le logement social et intermédiaire.
La présidente de la BEI insiste sur la force de frappe de l’institution lorsqu’elle agit de concert avec les autres acteurs européens : « Pour chaque euro du budget communautaire, on mobilise 15 euros d’investissements publics et privés. C’est un effet de levier qui est unique. » Un message clair à l’heure où l’Europe cherche à mobiliser l’épargne dormante des ménages : « Notre unité, c’est notre force », ajoute-t-elle.
Émission préparée par Paul Guianvarc’h, Oihana Almandoz, Perrine Desplats, Aline Bottin et Isabelle Romero
Source:
www.france24.com




