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Monaco et le Saint-Siège: de nombreux points de convergence

De la défense de la vie à la paix en passant par l’intelligence artificielle et l’écologie, la principauté de Monaco et le Vatican se retrouvent sur de nombreuses questions. Les deux États, chacun à leur façon, font rayonner des valeurs communes. Entretien avec l’ambassadeur de Monaco près le Saint-Siège.

Jean-Charles Putzolu – Cité du Vatican

Philippe Orengo est ambassadeur de Monaco près le Saint-Siège depuis 2022. Ces dernières semaines, après l’invitation lancée par le Prince Albert II au Pape Léon XIV le 17 janvier dernier, il a multiplié les allers-retours entre Rome et la Principauté pour la préparation de la visite du Pape samedi 28 mars. Dans un entretien accordé aux médias du Vatican, il souligne l’importance de cette visite pour le deuxième plus petit État du monde, la vivacité de l’Église de Monaco et les nombreux points de convergence qui lient le Saint-Siège et la Principauté.

Le Pape Léon XIV consacre une journée entière à Monaco qui va être assez dense. Si on regarde le programme, on devine quatre interventions et l’on sait d’ores et déjà que ce premier voyage européen du Saint-Père va attirer beaucoup de monde. Les 15000 places disponibles pour assister à la messe au stade de Louis II sont parties en quelques instants. Comment accueillez-vous cette visite et que peut-elle apporter à Monaco?

C’est d’abord évidemment un moment historique puisque c’est la première visite d’un Pape. Nous y sommes d’autant plus sensibles que c’est le premier déplacement européen du Saint-Père, durant la première année de son pontificat, ce qui n’est pas rien, et surtout, de manière symbolique, elle se situe à la veille du Dimanche des Rameaux, qui fait entrer tous les catholiques dans la Semaine sainte, ce qui, dans un État comme le nôtre, où la religion catholique, apostolique et romaine, est la religion d’État, ne peut qu’avoir une signification particulière. Nous sommes donc particulièrement honorés de ce que le Saint-Père est en quelque sorte mis fin à un paradoxe. Nous sommes l’un des rarissimes États au monde à avoir gravé dans notre Constitution la religion catholique. Et depuis plus de 60 ans que les voyages pontificaux ont repris sous Paul VI en 1964 et son fameux voyage en Terre Sainte, nous n’avions pas eu la chance d’avoir la visite d’un Souverain pontife. C’est désormais chose faite. Nous en sommes très fiers et nous en attendons beaucoup.

Nous attendons de cette visite essentiellement un bénéfice pastoral, et en regardant le programme qui comporte quatre grandes séquences, trois rencontres sont essentiellement et fondamentalement religieuses et donc nécessairement pastorales. C’est ainsi qu’en dehors de la visite de courtoisie tout à fait classique dans le cadre des voyages apostoliques, le Saint-Père aura d’abord une rencontre à la cathédrale de Monaco dédiée à l’Immaculée Conception, où il rencontrera le clergé et plus généralement l’Église, les forces vives de notre diocèse, pour un service religieux extrêmement émouvant. Là, naturellement, il aura l’occasion de prononcer une homélie que nous écouterons avec ferveur et attention, mais avec un sens profond des responsabilités. Nous savons que lorsque le Pape parle, il ne s’adresse pas qu’aux Monégasques, il ne s’adresse pas qu’à la population locale. Son message est toujours d’une portée universelle. De même, après ce passage à la cathédrale, il se rendra à l’église Sainte Dévote qui pour nous est quelque chose de très symbolique puisque cette église succède à une chapelle construite à l’endroit où, selon la légende, s’est échouée la barque de sainte Dévote après son martyre en Corse sous les persécutions de Dioclétien. Il rencontrera les néophytes, les catéchumènes et les jeunes. À cet égard, je dois dire que Monaco n’échappe pas au renouveau de spiritualité que l’on voit traverser le continent européen et plus particulièrement les vieilles terres catholiques. On a tendance à dire que le monde est sécularisé, désacralisé. C’est vrai pour partie. Mais nous ne devons pas oublier que depuis maintenant assez longtemps, en vérité, on ressent en Europe un besoin de spiritualité. Nous essayons d’offrir un lieu d’accueil à ce mouvement, un lieu d’écoute. C’est le grand défi de ce renouveau spirituel: c’est savoir comment ne pas être débordé et comment pouvoir accueillir ces gens afin de répondre à leur demande de transcendance. Si vous considérez que sur 40000 habitants, dont seulement 10000 monégasques, le fait de pouvoir présenter au Saint-Père entre 70 et 80 catéchumènes et néophytes est extraordinairement significatif. C’est pratiquement du jamais vu et c’est assez encourageant. La troisième séquence, très symbolique dans tous les voyages apostoliques, c’est évidemment la messe au stade de Louis II. Ce que nous apprécions particulièrement, c’est que le Saint-Père ait accepté, en un temps aussi bref, de prononcer quatre allocutions d’ampleur inégales quant à leur durée, mais dont le fond sera pour nous nécessairement une leçon à méditer, une source d’inspiration à garder présent à l’esprit et une source de réflexion permanente. Le Saint-Père parlera à partir du balcon princier, ce qui en soi est une rareté. Il aura face à lui toute la population monégasque pratiquement.

Quand on connaît l’agenda du Pape, on sait qu’il est rempli plusieurs mois à l’avance. Or, cette visite semble avoir pris sa source lors d’une rencontre ici à Rome, entre le Prince Albert II et le Pape Léon XIV, le 17 janvier dernier. Pour qu’un voyage pontifical soit organisé aussi rapidement, on peut penser que le courant est passé entre le Pape et le Prince?

Cela fait longtemps que nos princes, surtout le prince Albert II souhaitait inviter un Souverain pontife en Principauté. Des démarches avaient déjà été entreprises du temps de Benoît XVI, mais n’avait pu aboutir compte tenu des événements. De même, nous avions présenté des invitations au Pape François qui étaient sur le point d’aboutir jusqu’à ce que les événements, là encore, n’y fassent tragiquement obstacle. Lorsque le prince et la princesse Charlène sont venus au mois de mai 2025, à l’intronisation du Pape Léon XIV, ils ont eu, comme tous les autres chefs d’État, la possibilité d’aller le saluer à l’issue de la cérémonie. Je pense que dès ce moment-là, le courant est passé. D’abord parce que le Saint-Père a eu des mots extrêmement bienveillants, et que notre prince a été séduit, de même que notre princesse, par le calme, l’autorité naturelle, la sérénité qui se dégageait de la personne du Pape, sachant en outre que tous deux ont des origines américaines. Lorsque les deux hommes se sont rencontrés le 17 janvier dernier, la rencontre a été extrêmement fructueuse. Je crois que sur le plan personnel, le courant est passé et les atomes crochus se sont révélés. Ce qui a été en revanche beaucoup plus étonnant, c’est la rapidité avec laquelle le Saint Père a pris sa décision de venir en Principauté. Ça a été une heureuse surprise pour tout le monde. Ce n’est pas un voyage politique au sens commun du terme. C’est un voyage très particulier. Notre église est une Église vivante, diversifiée, et le message qu’elle essaye de porter au quotidien dans notre population, qui regroupe quand même 150 nationalités, s’adresse à toutes les couches de la société. Nous vivons dans une société extraordinairement variée et diverse. Nous avons des très riches, nous avons des pauvres, nous avons des gens moyens, nous sommes une société normale, très loin des clichés récurrents qui décrivent Monaco souvent d’une manière hélas caricaturale. Mais au-delà même de cela, il y a, je crois, une préoccupation nouvelle. Le Saint-Père me paraît s’intéresser très intensément au catholicisme en Europe. Il n’en néglige pas pour autant les périphéries, mais il ajoute à ce que le Pape François faisait de manière intense, l’idée que la sécularisation et la désacralisation en Europe ne sont pas des fatalités, bien au contraire. Ces vieilles terres catholiques ne peuvent pas rester ancrées dans le passé et rester comme des espèces de musées du catholicisme ou des musées de la religion. Ce sont des territoires qui sont en train de redevenir des terreaux de religions et dans certains endroits, des terreaux fertiles.

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Le catholicisme est religion d’État. Cela veut-il dire que la Principauté et les questions éthiques défendues par le Saint-Siège se retrouvent, par exemple sur le droit à la vie, la défense des droits humains, la protection de l’environnement?

Nous avons effectivement un très grand nombre de points communs, qu’il s’agisse de questions sociales, de questions morales, de questions éthiques, voire de bioéthique. Parce que nous avons avec le Saint-Siège cet avantage considérable de pouvoir travailler dans la durée. Nous ne sommes pas marqués par des contingences politiques. Le deuxième point commun que nous avons avec le Saint-Siège est que nous n’avons pas d’intérêts nationaux véritables à défendre. Évidemment, la Principauté a forcément, comme tous les États, des intérêts nationaux. Mais nous sommes capables de les dépasser pour tenter de porter des messages intemporels et universels. Évidemment, chacun à notre manière, mais il s’agit de deux voies parallèles qui tendent à un même but. La préoccupation première que nous avons avec le Saint-Siège, c’est de toujours placer la personne humaine au centre de nos préoccupations, ce qui revient à défendre en premier lieu le droit à la vie. Car c’est de lui que tout dépend, en vérité. Nous sommes donc extrêmement attachés à la dignité humaine intégrale. Nous essayons d’être dignes de la ligne que nous nous sommes fixés. Le prince, lorsqu’il a interrompu le processus de la généralisation de l’avortement en Principauté (en novembre 2025, ndlr), a rappelé la place du catholicisme dans notre société. La place que les valeurs chrétiennes occupent dans notre esprit et celle qu’elle doit garder dans la conduite des affaires publiques.

Quels seraient aujourd’hui les points de divergence sur lesquels éventuellement développer encore le dialogue avec le Saint-Siège?

L’excellence de nos relations est telle que la marge d’amélioration est extraordinairement réduite. Nous sommes en phase avec ce que pense le Saint-Siège sur l’intelligence artificielle. Nous sommes en phase sur les grands problèmes liés à la défense de la création ou de la «maison commune». Nous sommes en faveur de la même paix, par les mêmes moyens que ceux qu’indique le Saint-Siège: la médiation, l’arbitrage, le dialogue, l’écoute, et certainement pas des méthodes militaires, y compris même sur le concept de guerre juste. Nous partageons également les réticences, de plus en plus grandes d’ailleurs, aux justifications de ce mode de guerre. Nous n’avons pas de divergences réelles. Nous pouvons avoir peut-être sur tel ou tel point particulier une différence d’approche. Mais ce que je veux souligner, c’est surtout une très grande convergence.

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Source:

www.vaticannews.va

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