Ouvert au début du mois de mars, le procès de Tariq Ramadan a débouché sur une condamnation pour viols, ce mercredi 25 mars. L’islamologue et auteur comparaissait pour des faits qui se seraient déroulés entre 2009 et 2016, dénoncés par trois femmes dans la foulée du mouvement #MeToo, qui a encouragé les prises de paroles des victimes de violences sexuelles.
En 2017, Henda Ayari dénonçait ainsi « des faits criminels de viol, agressions sexuelles, violences volontaires, harcèlement, intimidation » dans sa plainte. Elle décrivait des événements qui se seraient déroulés dans une chambre d’hôtel, en 2012, en marge d’une conférence donnée par l’islamologue.
Quelques jours après cette première plainte, une autre procédure avait été ouverte par Christelle, également pour un « viol » qui aurait eu lieu en 2009, à nouveau dans une chambre d’hôtel réservée au nom de Tariq Ramadan.
Placé en garde à vue à partir du 31 janvier 2018, il est mis en examen pour « viol » et « viol sur personne vulnérable », puis incarcéré pendant 9 mois au sein de la prison de Fleury-Mérogis. À cette période, un nouveau témoignage incrimine l’islamologue : Mounia Rabbouj l’accuse de l’avoir violée à plusieurs reprises entre février 2013 et juin 2014.
En fin d’année 2018, Tariq Ramadan avait reconnu les relations sexuelles avec deux plaignantes, en évoquant toutefois une « complicité réciproque », rappelle Franceinfo. Tandis qu’une quatrième femme se constitue partie civile, le prédicateur réfute toutes les accusations et dénonce, dans le livre Devoir de vérité, paru en 2019 aux Presses du Châtelet (L’Archipel, groupe Editis), une cabale judiciaire : « On m’a condamné avant de me juger », assurait le bandeau sur la couverture.
Cette parution avait valu un procès à l’auteur et son éditeur, en raison du dévoilement de l’identité d’une plaignante : le premier a fait appel de sa condamnation, confirmée en appel en 2022 et rendue définitive en 2023 après le rejet de son pourvoi en cassation.
Un jugement « par défaut »
En 2023, il est finalement renvoyé devant la cour criminelle pour viols des quatre plaignantes, avant que le cas de Mounia Rabbouj ne soit écarté par la justice. Les avocats de Tariq Ramadan réclamaient depuis plusieurs mois de nouvelles expertises et un report du procès, mettant notamment en avant l’état de santé de l’accusé, qui souffre d’une sclérose en plaques.
L’ouverture de son procès, le 2 mars dernier, s’est faite en son absence et la justice française avait alors émis, quelques jours plus tard, un mandat d’arrêt international. Sous contrôle judiciaire, Tariq Ramadan ne pouvait en effet pas quitter le territoire national sans une autorisation. Ses avocats avaient produit une attestation d’hospitalisation lors du premier jour du procès, mais la présidente de la cour avait opté pour un jugement « par défaut », en son absence.
Deux médecins désignés par la justice avaient conclu à la « stabilité de la sclérose en plaques » de l’accusé et assuré qu’il pouvait « comparaître devant la cour criminelle départementale de Paris ». La défense avait répliqué avec l’avis d’un médecin qui recommandait une période de repos de plusieurs jours avant de comparaître.
Ce mercredi 25 mars, il a été reconnu coupable de l’ensemble des faits reprochés et condamné à 18 ans de réclusion criminelle. Tariq Ramadan sera aussi suivi par la justice pendant 8 années, dans le cadre d’une interdiction d’entrer en contact avec les victimes, mais également de diffuser tout ouvrage, œuvre audiovisuelle ou de mener une intervention publique sur les faits.
La défense de l’accusé a dénoncé « une mascarade », selon les mots de l’avocat Ouadie Elhamamouchi. « Alors que les faits étaient extrêmement contestés, la sévérité de la peine, assortie d’une interdiction définitive du territoire français reflète un acharnement sur la personne de Tariq Ramadan », a-t-il déclaré auprès de l’AFP.
« Je veux un nouveau procès, contradictoire cette fois, je veux prouver que ces femmes ont menti. Je vais me battre par tous les canaux du droit. Je ne laisserai pas cette décision en l’état », a indiqué le principal intéressé au Parisien. Il assure avoir attendu ce procès « pendant huit ans » et être « allé deux fois à mes procès en Suisse ». Il évoque par ailleurs une « volonté de [le] faire disparaître » et « celle du pouvoir politique d’éloigner un intellectuel musulman ».
Une autre condamnation en Suisse
Mis en examen pour « viol et contraintes sexuelles » par la justice suisse en 2018, Tariq Ramadan avait dû répondre aux accusations d’une femme, pour des faits remontant à 2008. En première instance, en 2023, il avait été acquitté, mais la Cour de justice de Genève avait annulé ce jugement l’année suivante, pour le reconnaitre coupable des faits reprochés.
Il avait alors été condamné à trois années de prison, dont un an ferme, sentence confirmée mi-2025. Sa défense avait annoncé saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).
À LIRE – “Je la tue” : Nassira El Moaddem et Stock portent plainte contre Thierry Meignen
Tariq Ramadan s’était déjà tourné vers l’institution européenne en juin 2023, dans le cadre de l’affaire judiciaire sur son livre Devoir de vérité. Il pointait alors une violation de sa liberté d’expression, mais la CEDH avait jugé sa requête contre la France irrecevable, en février 2024.
Malgré ses démêlés judiciaires, Tariq Ramadan était encore publié : en mars 2024 paraissait ainsi Islamophobie. Résister avec foi et intelligence, aux éditions Albouraq, peu après Voiles, un recueil de poésies édité en mai 2023 chez Victor Le Brun.
Photographie : Tariq Ramadan, en 2017 (Irfan kottaparamban, CC BY SA 4.0)
Par Antoine OuryContact : ao@actualitte.com
Source:
actualitte.com




