On le connaît mal en France, mais Otton Ier le Grand est un personnage important dans l’histoire de l’Europe médiévale. Issu de la dynastie des Liudolfingiens, il devint roi de Francie orientale en 936, puis d’Italie en 951, et se fit couronner empereur du Saint-Empire romain germanique à Rome en 962. Sous son impulsion, la ville de Magdebourg fut élevée au rang d’archevêché en 968.S’il est mort dans son palais de Memleben, son fils Otton II (955-983) fit transporter sa dépouille dans la cathédrale de Magdebourg, car l’empereur avait émis le souhait de reposer aux côtés de sa première épouse, Editha. Son sarcophage, qui trône dans le chœur de l’édifice, a cependant souffert de l’humidité et de la corrosion ; il fait l’objet depuis plus d’un an d’une série de travaux visant à sa documentation et à sa restauration.
Le sarcophage d’Otto le Grand dans le chœur de la cathédrale de Magdebourg. Crédits : Christoph Jann / Fondation culturelle de Saxe-Anhalt
Son cercueil a été réalisé deux siècles après sa mort
Comme Sciences et Avenir l’a déjà relaté, les chercheurs sous l’autorité de la Fondation culturelle de Saxe-Anhalt et de l’Office régional de conservation des monuments historiques et de l’archéologie (LDA) de ce même Land ont commencé à l’inspecter en 2025, mettant en évidence qu’il contenait un simple cercueil de bois. Ce dernier a pu être daté par dendrochronologie, démontrant que le bois du couvercle a été abattu en 1208 et travaillé tout de suite après. « Selon toute vraisemblance, la fabrication du cercueil est liée au transfert des restes d’Otton le Grand après l’incendie de la cathédrale en 1207, et à la reconstruction qui s’ensuivit », interprètent les chercheurs dans un communiqué.En effet, des fouilles archéologiques ont montré qu’à l’origine, l’empereur et sa première épouse n’ont pas été enterrés dans la cathédrale actuelle, mais dans la première cathédrale impériale érigée au 10e siècle, qui se trouvait à environ 50 mètres plus au nord. Au début du 11e siècle, après qu’une nouvelle cathédrale eut été construite un peu plus au sud de la première, leurs tombes ont été transférées dans le nouvel édifice. Mais ce dernier a été fortement endommagé par l’incendie qui a ravagé la ville de Magdebourg en 1207, et c’est au même emplacement qu’a été construite l’actuelle cathédrale gothique.

Une fois ouvert, le cercueil de bois a révélé des restes squelettiques, des morceaux de textiles et des sédiments. Crédits : Andrea Hörentrup / LDA Sachsen-Anhalt
Des textiles luxueux qui doivent être restaurés
Les démarches en vue de la préservation du tombeau de l’empereur ont offert l’occasion unique d’examiner le squelette humain abrité dans ce cercueil d’apparence très modeste, mais qui contenait tout de même des morceaux de textiles luxueux (un tissu rouge en soie byzantine ou espagnole, et une couverture teinte en bleu avec des fils d’argent), ainsi que des coquilles d’œufs comme symboles chrétiens.

Détail de la couverture bleue avec des fils d’argent. Crédits : Andrea Hörentrup / LDA Sachsen-Anhalt
Un homme de haute stature et qui porte de nombreuses blessures
Un premier examen anthropologique a mis en évidence que le squelette, en très bon état de conservation, était celui d’un individu de sexe masculin âgé entre 55 et 65 ans et mesurant environ 1,80 mètre, soit plus que la moyenne des hommes de l’époque. Ses muscles au niveau des fémurs et du bassin attestent qu’il montait régulièrement à cheval ; il a également subi diverses blessures (une fracture au bras gauche, plusieurs traumatismes crâniens, la perte de trois incisives de son vivant) et présente des signes d’arthrose au genou et à la hanche.Des analyses isotopiques de ses os ont ensuite fourni quelques indications sur son régime alimentaire, essentiellement carné, mais incluant la consommation de poisson d’eau douce. « Ces habitudes alimentaires sont typiques des personnalités de l’élite médiévale en Europe centrale », considèrent les chercheurs, et la vie mouvementée de cet homme, ainsi que sa taille et son âge, coïncident avec ce que l’on sait d’Otton le Grand, qui est mort à 60 ans.
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Deux Ottoniens confirmés par la génétique
Pour le confirmer, il faut cependant se tourner vers des analyses génétiques et donc trouver un membre de la même famille dont il subsiste également des restes squelettiques exploitables. Les paléogénéticiens de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig se sont ainsi penchés sur les reliques d’Henri II (973-1024), conservées dans la cathédrale de Bamberg, en Bavière.Duc de Bavière, roi de Francie orientale et d’Italie, empereur romain germanique, Henri II est considéré comme « le dernier des Ottoniens », car sa mort, en 1024, marqua la fin du règne de cette dynastie. C’était le petit-neveu d’Otton le Grand, et plus précisément le petit-fils de son frère, le duc Henri Ier de Bavière (919 ou 922-955). La cathédrale de Bamberg conserve trois os attribués à Henri II : son crâne et ses deux fémurs. Les analyses génétiques révèlent qu’ils appartiennent bien à un seul et même individu, lié à l’homme inhumé à Magdebourg par une parenté génétique au 3e degré par la lignée masculine. Ils descendent donc d’un ancêtre commun par le biais de frères ou de sœurs, ce qui correspond précisément à la relation entre Otton Ier et Henri II.

Les restes squelettiques d’Otton le Grand sont passés au scanner CT. Crédits : Claudio Dähnel / LDA Sachsen-Anhalt
Otton le Grand repose bien à Magdebourg
« Les résultats des analyses archéogénétiques démontrent ainsi non seulement le lien de parenté entre les deux individus étudiés, mais aussi l’authenticité et l’identité des ossements d’Henri II et d’Otton Ier », concluent les chercheurs, car il serait « hautement improbable de supposer que les restes funéraires des empereurs aient été échangés tant à Magdebourg qu’à Bamberg, et que les ossements de deux autres individus médiévaux, apparentés au troisième degré par la lignée paternelle, aient ainsi été placés dans les sépultures ».Les chercheurs disposent donc bien des restes d’Otton le Grand, une nouvelle qui a donné lieu à une conférence de presse très solennelle à Magdebourg, tant elle revêt d’importance historique. Les données génétiques obtenues à partir des squelettes d’Otton et d’Henri permettront également d’identifier à l’avenir d’autres membres de la noblesse médiévale apparentés aux Ottoniens.

Les résultats des analyses ont été présentés lors d’une conférence de presse à l’hôpital universitaire de Magdebourg. Crédits : Compte X du Land de Saxe-Anhalt
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Otton est-il mort d’un AVC ?
Un véritable aréopage de chercheurs a été réuni pour continuer de l’examiner, sachant que les premiers examens radiologiques et tomodensitométriques ont mis en évidence « des indices clairement visibles de la cause possible de son décès, qui concordent bien avec la tradition historique relative à la mort d’Otton le Grand », selon les termes du radiologue Walter Wohlgemuth de l’hôpital universitaire de Halle. L’examen a en effet révélé « un élargissement unilatéral des canaux vasculaires à la base du crâne et au niveau des vertèbres cervicales supérieures », ce qui laisse envisager qu’il puisse être mort des suites d’un accident vasculaire cérébral. Les chroniques relatent que peu de temps avant de mourir, il se serait senti mal, et aurait eu de la fièvre avant de s’effondrer.Si les analyses sont toujours en cours, il a d’ores et déjà été décidé que les ossements de l’empereur resteront dans la cathédrale de Magdebourg ; ils seront réinhumés le 1er septembre 2026 dans un nouveau cercueil après que le sol du chœur et le sarcophage de calcaire auront été assainis et sécurisés.
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