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Le pape Léon XIV à Monaco : un choix déroutant mais pas si étonnant

En pleine guerre au Moyen-Orient, la destination semble pour le moins incongrue. Sanctuaire pour ultra-riches, paradis des exilés fiscaux et de la jet-set internationale, la principauté de Monaco accueille samedi 27 mars Léon XIV, pape pourtant réputé pour sa fibre sociale.

L’annonce du déplacement du pape américain dans la principauté, a dérouté les observateurs. Même au sein de l’Église locale, l’annonce de cette visite a surpris. « Qu’est-ce qu’il vient faire ici ? Il nous le dira », déclare à l’AFP le père Guillaume Paris, bras droit monégasque de l’archevêque français Mgr Dominique-Marie David.

Coincé sur moins de 2 km2 entre mer et montagne, Monaco a bâti sa fortune sur ses casinos puis sur son absence d’impôt sur le revenu ou sur les bénéfices des sociétés – sauf pour les Français et les Américains, imposables dans leur pays.

Les efforts de lutte contre le blanchiment ou la corruption sont récents, la prostitution est légale et le luxe ostentatoire, dans les boutiques, les restaurants ou les parures des passants. Difficile de faire plus éloigné du message de tempérance de l’Église.

La principauté est aussi secouée par une bataille médiatico-judiciaire impliquant d’anciens proches d’Albert II qui ont distillé les révélations sur ses affaires et l’accusent d’être sous l’influence d’un richissime promoteur immobilier monégasque.

Religion d’Etat

La visite papale dans le micro-État surprend d’autant plus qu’elle intervient en pleine guerre en Iran et au Moyen-Orient, où la situation humanitaire, dénoncée par Léon XIV, semble aux antipodes du quotidien de la principauté.

Cependant, cette visite de huit heures, la première d’un pape dans la principauté à l’ère contemporaine, met en lumière les liens historiques entre les deux plus petits États du monde. Monaco, où le catholicisme est inscrit dans la Constitution, entretient avec le Saint-Siège une relation datant du Moyen-Âge et une convergence d’intérêts diplomatiques, dont le dialogue interreligieux et la préservation de l’environnement, en particulier la préservation des océans.

« Nous avons effectivement un très grand nombre de points communs, qu’il s’agisse de questions sociales, de questions morales, de questions éthiques, voire de bioéthique. Parce que nous avons avec le Saint-Siège cet avantage considérable de pouvoir travailler dans la durée. Nous ne sommes pas marqués par des contingences politiques », affirme Philippe Orengo, l’ambassadeur de Monaco près le Saint-Siège à Vatican News.

Sur le Rocher, 75 % des résidents se déclarent catholiques et les bancs des églises restent l’un des derniers lieux où se côtoient milliardaires, femmes de ménage et maçons.

« On ne prêche pas à des portefeuilles, mais à des âmes ! Quand je m’adresse à quelqu’un, je ne sais pas s’il vit dans un duplex à plusieurs dizaines de millions d’euros ou une chambre de bonne », confie le frère Marie-Arnaud Gualandi dans une interview accordée à Pèlerin magazine. « Monaco est une ville cosmopolite, composée des gens très différents. Aux quelques milliers de Monégasques et quelques dizaines de milliers de résidents, il faut ajouter tous ceux qui viennent chaque jour des villes voisines ».

« Des choix politiques forts »

L’influence religieuse se ressent en particulier sur les questions de société. L’an dernier, à contre-courant de son voisin français, Monaco a adopté une loi rejetant l’aide à mourir en développant les soins palliatifs et a rejeté un projet de légalisation de l’avortement. Mais depuis 2019, les femmes qui traversent la rue pour avorter en France ne sont plus susceptibles de poursuites.

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« Le catholicisme est l’un des éléments qui contribue à singulariser Monaco. Cela implique des choix politiques forts, en ce qui concerne bien sûr la politique intérieure – des structures de solidarité qui sont importantes dans la Principauté – mais aussi en matière de coopération extérieure », souligne le prince Albert II dans une interview accordée au journal la Croix.

Par ailleurs, la notion de solidarité n’est pas vaine à Monaco, qui compte une foison de fondations et associations engagées auprès des plus pauvres, proches ou lointains, et pas seulement au travers de galas de charité.

Autant de points communs qui ont convaincu Léon d’honorer l’invitation du prince Albert II, faisant de Monaco la deuxième destination internationale de son pontificat – et la première en Europe – depuis son élection en mai 2025, avant une grande tournée en Afrique en avril.

Mais au-delà de cette connivence entre les deux chefs d’État, le pape Léon XIV pourrait avoir choisi Monaco, cité cosmopolite par excellence et carrefour de la Méditerranée, pour délivrer un message fort en faveur du multilatéralisme à l’heure où la loi du plus fort semble l’emporter dans les relations internationales.

Une messe devant 15 000 personnes

À une semaine de Pâques, fête la plus importante du calendrier chrétien, cette visite permettra aussi de mesurer la popularité du souverain pontife, plus discret que son prédécesseur François, auprès des fidèles de France voisine.

Arrivé en hélicoptère – une subtilité diplomatique lui évitant d’atterrir sur le sol français – Léon XIV sera accueilli avec les honneurs dès 9 h 30 au palais princier, résidence officielle de la dynastie Grimaldi depuis le XIIIe siècle.

Il s’y entretiendra en privé avec Albert II, qu’il avait reçu en janvier au Vatican. Les deux hommes partagent le souci de l’écologie et la passion du sport – le pape de 70 ans pratique la natation et le tennis.

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Ce tête-à-tête sera suivi d’une salutation au balcon, après laquelle le souverain pontife se rendra à la cathédrale de l’Immaculée Conception, où reposent les princes défunts et la princesse Grace, pour y rencontrer la communauté catholique et y prononcer une homélie.

En fin de matinée, le pape prononcera un discours devant les jeunes et les catéchumènes – adultes se préparant au baptême, dont le nombre augmente ces dernières années – sur le parvis de l’église Sainte-Dévote, dédiée à la sainte patronne de Monaco.

Le point d’orgue se tiendra à 15 h 30 au stade Louis II : 15 000 personnes sont attendues dans l’enceinte, habituellement dévolue au club de football monégasque, pour une grande messe à ciel ouvert. Les billets ont tous été réservés en quelques jours.

Avec AFP


Source:

www.france24.com

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