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Le carburant pèse pour 40% du chiffre d'affaires d'un chalutier: les aides du gouvernement sont "mieux que rien", mais "insuffisantes" selon le secteur de la pêche, pris dans une "crise latente"

Les pêcheurs français auront une aide équivalant à « 20 centimes par litre » de gazole marin en avril, via un remboursement sur présentation des factures de carburant, a dévoilé vendredi soir le gouvernement. Une « petite bouffée d’air » pour le secteur, empêtré depuis plusieurs années dans une crise multifactorielle entre dépendance au pétrole, vieillissement de la flotte et difficultés sur la ressource. Près de 40% du chiffre d’affaires d’un chalutier part dans les frais de carburants.

Inquiets de se trouver au « bord de l’extinction », pour certains contraints de rester à quai, les pêcheurs « pris à la gorge » par la flambée du prix des carburants vont bénéficier de nouvelles aides, qui ne suffiront toutefois pas à sortir de la crise, préviennent-ils.

Les pêcheurs français auront une aide équivalant à « 20 centimes par litre » de gazole marin en avril, via un remboursement sur présentation des factures de carburant, a indiqué vendredi soir la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud.

« C’est un premier pas. Ce matin on n’avait rien, ce soir on nous donne une petite bouffée d’air. Mais il ne faut pas se leurrer et croire que ce sera suffisant pour sortir la filière de l’enchaînement de crises qui la frappe », a réagi auprès de l’AFP José Jouneau, président du comité ligérien des pêches, qui participait dans la matinée aux Sables d’Olonne à une rencontre entre les pêcheurs et la ministre.

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L’énergie prend « 40% du chiffre d’affaires » d’un chalutier

Si la mesure constitue une « bouffée d’oxygène », elle demeure « très insuffisante » pour de nombreuses entreprises qui « ne sont déjà plus en mesure de sortir en mer », ont de leur côté déclaré dans un communiqué l’Association nationale des organisations de producteurs (ANOP) et l’Union des armateurs à la pêche de France (UAPF).

Le prix du gazole marin a bondi de 65% depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, passant de 0,61 à 1,01 euro par litre du 26 février au 26 mars, selon l’observatoire du carburant de la Coopération maritime.

Le président du comité des pêches de Normandie, Dimitri Rogoff, évoque quant à lui un prix du carburants qui a atteint les 1,20 euro par litre. Cette aide « permettra de le payer 1 euro », a-t-il indiqué samedi matin sur France Info. « 20 centimes, c’est une aumône quoi, ce n’est pas assez », s’indigne-t-il. Car l’énergie reste « une charge énorme pour les entreprises de pêche, notamment les chalutiers, c’est 40% de leur chiffre d’affaires », indique-t-il. Le surcoût, pour un chalutier nécessitant 12.000 litres de carburant, est de 6.000 euros par semaine, sur un total de 12.000 euros, indiquait également le 19 mars à France Info Grégory Lefer, directeur de l’armement cherbourgeois.

La difficulté, pour les pêcheurs, est qu’ils ne peuvent pas directement répercuter la hausse des prix sur le prix du poisson en bout de chaîne. Pour l’heure, le poisson ne coûte pour le moment pas plus cher. Ce sont les marins qui trinquent, avec un « impact direct » sur les salaires, selon Jérémy Rousseau, patron-armateur à Noirmoutier: « Un tiers en moins depuis le début de la crise. Mais même si c’est limite rentable, avec les investissements qu’on a, on doit continuer à y aller. On est pris à la gorge ».

Une flotte divisée par trois en 25 ans

« Le prix du gazole, c’est le détonateur d’une crise qui est déjà latente depuis pas mal d’années », a affirmé José Jouneau à l’issue de la rencontre avec la ministre.

La flotte française a en effet diminué d’un tiers en 25 ans pour atteindre 5.352 navires en 2024. Ses armements sont vieillissants, avec une moyenne d’âge de 30 ans, faisant du renouvellement et de la décarbonation des armements la priorité du secteur. La succession de crises l’a encore fragilisée: 86 navires (dont la moitié en Bretagne) ont été envoyés à la casse dans le cadre d’un « plan d’accompagnement individuel » post-Brexit, destiné aux pêcheurs n’ayant plus accès aux eaux britanniques.

A Boulogne-sur-Mer, premier port de pêche français, des bateaux étaient contraints cette semaine de rester à quai. « En 33 ans de navigation, je n’ai jamais vu ça. C’est historique, très inquiétant. Là, cela fait trois semaines que nous naviguons pour zéro euro », racontait mercredi Mathieu Descharles, matelot sur le « Thomas Nicolas II ».

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« Souveraineté alimentaire »

Capitaine d’un autre bateau à quai, Théo Ramey s’est dit « dépité, perdu »: « C’est terrible parce que c’est un métier passion, on ne le fait pas par hasard (…) Mais c’est vrai qu’à un moment, on se rend malade et ce n’est plus vivable. »

Les pêcheurs bretons ont de leur côté réclamé jeudi des aides directes à la pompe. « Sans un engagement politique courageux, les pêcheurs bretons ne pourront bientôt plus assumer la continuité de leur mission stratégique pour notre souveraineté alimentaire », ont-ils mis en garde dans un communiqué. Même argument du côté de Dimitri Rogoff pour la Normandie, qui explique craindre une situation profitable aux groupes étrangers. Le gouvernement avait déjà annoncé lundi des mesures pour « soulager la trésorerie » des entreprises de pêche, mais sans remise directe à la pompe.

Selon la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, « le moment est venu d’adapter le cadre européen pour pouvoir accompagner le secteur de la pêche ».

La ministre demandera lundi le feu vert de la Commission européenne pour mettre en place « un dispositif d’aide directe » pour les pêcheurs et plaidera pour engager sans délai « une révision du cadre juridique européen » pour permettre d’accompagner « le renouvellement » et la « décarbonation » de la flotte française, une demande forte et ancienne du secteur, extrêmement dépendant au pétrole.


Source:

www.bfmtv.com

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