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La visite du Pape à Monaco, une invitation à la foi et à la rencontre

La Principauté de Monaco se prépare à accueillir Léon XIV ce samedi 28 mars. «Les petites nations se révèlent être les gardiennes naturelles du multilatéralisme», souligne le Secrétaire d’État du Saint-Siège dans un entretien accordé aux médias du Vatican, en amont de ce deuxième voyage apostolique du Pape. Entretien avec le cardinal Pietro Parolin.

Massimiliano Menichetti – Cité du Vatican

La Principauté de Monaco attend le Successeur de Pierre. Ce premier voyage en Europe, hors d’Italie, se veut un signe concret de proximité et d’encouragement dans la foi, non seulement pour la communauté de ce petit État catholique, mais pour l’humanité tout entière. Le souhait du cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège, est que «ce voyage donne un nouvel élan à la mission de l’Église locale, en consolidant l’engagement commun sur des fronts urgents» tels que la protection de la Création, la défense de la vie et la promotion d’une solidarité internationale, sans oublier «les plus vulnérables».

C’est un voyage court mais dense que s’apprête à faire le Pape dans la Principauté de Monaco. Léon XIV est attendu samedi à 9h00 pour son deuxième voyage apostolique, le premier en …

Éminence, quelle importance revêt la visite du Saint-Père dans la Principauté de Monaco ?

Comme on le sait, il s’agit de la première destination européenne hors d’Italie choisie par le Pape Léon XIV, ce qui en fait un choix original. D’un point de vue historique, ce voyage revêt également une importance particulière, car la dernière visite d’un Souverain pontife à Monaco remonte au XVIe siècle, lorsque Paul III s’y était rendu dans le cadre des négociations de paix entre Charles Quint et François Ier. Entre le Saint-Siège et Monaco – où la religion catholique est encore la religion d’État –, il existe par ailleurs de nombreux points de convergence assez exceptionnels, il faut le dire, dans le contexte européen actuel, notamment en matière de défense de la vie et sur d’autres questions de bioéthique. Enfin, sur les 40 000 habitants de la Principauté, environ 10 000 sont monégasques et restent très attachés à leurs traditions et à leurs dévotions particulières, fondements de leur identité, de leur unité et de la continuité de leurs institutions; je pense en particulier à l’importante célébration de Sainte Dévote à la fin du mois de janvier. Ainsi, la visite institutionnelle du Pape s’inscrit en parfaite harmonie avec la visite pastorale du Successeur de Pierre.

Monaco est l’un des plus petits États du monde. Dans ce contexte mondial de tensions et de guerres, où beaucoup parlent de crise du système multilatéral, comment des réalités comme celle-ci peuvent-elles contribuer à la construction d’un ordre international pacifique et juste?

À une époque où le droit international semble affaibli et parfois submergé par la «logique de la puissance» – avec le retour dangereux de théories justifiant les guerres préventives, qui ne font qu’embraser le monde et renverser la force du droit au profit du droit de la force –, les petites nations se révèlent être les gardiennes naturelles du multilatéralisme. Elles constituent un rempart essentiel contre les dérives autoritaires car, pour un petit État, la norme juridique n’est pas un fardeau, mais la garantie suprême de survie et de liberté. Aujourd’hui, l’influence internationale ne se mesure plus uniquement à l’aune de la force militaire, mais à celle de la crédibilité morale et de la capacité à agir comme des ponts neutres pour la réconciliation. Des réalités telles que Monaco démontrent que la sécurité authentique ne réside pas dans l’armement, mais dans la stabilité des relations. Une paix durable doit avant tout être «juste», fondée sur le respect de la dignité humaine et non sur des équilibres imposés. Ce sont souvent les petits États qui mènent l’agenda mondial sur des défis existentiels tels que la protection des océans et le développement durable, des thèmes qui ignorent les frontières géographiques et font appel à la responsabilité collective.

Le Saint-Père réaffirme que la paix ne peut être construite par les armes. Quel message pourrait ressortir de cette première visite en Europe? 

Le choix de Monaco par le Saint-Père s’inscrit également dans une logique stratégique qui se veut cohérente avec la tradition diplomatique du Saint-Siège. On peut en effet percevoir dans ce voyage une continuité avec le pontificat précédent, qui considérait la Méditerranée comme un laboratoire de paix où se développait la «convivialité des différences». Dès les années 1950, Giorgio La Pira avait pressenti la valeur et le rôle géopolitique de l’espace méditerranéen en tant que point névralgique de la paix mondiale, d’où «la vague de la négociation et de la paix déferlera sur les peuples de toute la terre». Mais le Saint-Père réaffirme avec force que la condition préalable à la paix entre les hommes et les peuples passe par l’unité avec Dieu et avec nous-mêmes. Seule une personne réconciliée est capable d’entrer dans une dynamique de paix et de devenir artisan de réconciliation dans la vie quotidienne.

Monaco se trouve au cœur de l’Europe et face à la Méditerranée, une région traversée par de grands défis, allant des conflits aux migrations. Quelles actions les pays européens devraient-ils entreprendre dans ce contexte ?

Dans le contexte actuel marqué par de graves conflits et d’importants flux migratoires – le bilan s’élève à plus de 600 victimes en Méditerranée rien qu’au cours des deux premiers mois de 2026, le plus élevé depuis 2014 –, les pays européens sont appelés à être un «phare de civilisation et d’humanité».  Face à la menace de conflits sans fin et à la multiplication des guerres, il est nécessaire d’agir avec «courage et patience» pour tisser des voies de dialogue, en évitant de céder à la logique du réarmement. L’Europe doit retrouver l’inspiration de ses pères fondateurs, en passant d’une logique de simples intérêts nationaux et d’égoïsmes sécuritaires à un véritable projet d’intégration et de solidarité, en plaçant la dignité humaine au centre de toute politique. Face à l’érosion des normes mondiales, les pays européens sont appelés à réaffirmer la primauté du droit international, en utilisant la négociation comme seul instrument pour une paix juste, qui ne soit pas une simple absence de guerre, mais la construction de vérités partagées.

Quant au défi migratoire, il ne se résout pas par la fermeture ou la construction de murs, mais en s’attaquant aux causes profondes qui poussent des peuples entiers à abandonner leurs terres natales, et en investissant dans ce qu’on appelle le «droit de ne pas émigrer» grâce à la stabilité et à la croissance économique dans les pays d’origine. Il est urgent de passer d’une gestion de l’urgence à une vision stratégique qui allie accueil, protection des droits et intégration, en redécouvrant sa vocation humaniste et chrétienne. La véritable sécurité européenne ne se construit pas dans l’isolement, mais dans une ouverture responsable, dans l’investissement en faveur des jeunes et dans l’engagement en faveur d’une justice sociale partagée entre les deux rives de la Méditerranée.

La Méditerranée a souvent été qualifiée de «pont entre les peuples et les religions». Pensez-vous qu’elle puisse encore remplir cette fonction? 

La Méditerranée n’est pas une simple coordonnée géographique, mais un carrefour spirituel et culturel: telle est la vocation que l’histoire nous transmet. Cette vocation n’est pas un héritage automatique du passé, mais un engagement à renouveler quotidiennement à travers la culture de la rencontre. Puisque la paix se construit souvent à partir des frontières, les rives de cette mer sont aujourd’hui appelées à se transformer en laboratoires permanents de dialogue interreligieux et de coopération politique. L’objectif est ambitieux: transformer la proximité géographique en véritable proximité fraternelle. Malgré les tensions, il existe déjà de nombreuses «graines de paix» – jeunes, communautés et réalités ecclésiales – qui œuvrent pour que la diversité ne soit pas perçue comme une menace, mais comme une richesse partagée. Notre effort, tant diplomatique que pastoral, vise à raviver cette lumière: la Méditerranée peut encore enseigner au monde que la coexistence est la seule voie vers un avenir authentiquement humain.

Quel encouragement apportera le Pape à la communauté catholique de la Principauté, qui vit dans une société de facto internationale et multiculturelle? 

Le Saint-Père vient à Monaco pour confirmer ses frères dans la foi, conscient du fait que le témoignage d’une communauté catholique forte, cohérente dans son témoignage de foi et de vie engagée au service du bien commun, peut être source d’estime et, pourquoi pas, d’inspiration pour d’autres pays européens qui partagent les mêmes racines. Concrètement, la visite du Saint-Père sera un encouragement à approfondir la vie de foi par la recherche de la vérité et une invitation à renouveler son désir de vie intérieure.  De plus, la dimension universelle du catholicisme lui confère une réelle capacité à s’ouvrir à la diversité d’une société multiculturelle et internationale à travers la rencontre.

La Principauté de Monaco entretient depuis longtemps des relations avec le Saint-Siège. Qu’attendez-vous personnellement de cette visite? 

Ce voyage apostolique n’est pas seulement un acte diplomatique, mais un moment historique d’une profonde importance ecclésiale. Le Pape Léon XIV, premier pontife de l’histoire moderne à se rendre dans la Principauté, vient écrire une nouvelle page dans les siècles d’amitié fructueuse entre le Saint-Siège et Monaco. La devise choisie, «Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie» (Jn 14, 6), constitue le cœur battant du magistère que le Saint-Père souhaite transmettre: réaffirmer la primauté du Christ à une époque de défis complexes et d’incertitudes. Malgré la brièveté du voyage, la présence du Successeur de Pierre à la veille de la Semaine Sainte revêt une valeur prophétique. Monaco démontre que la foi catholique, bien qu’étant religion d’État, n’étouffe pas, mais illumine la vie en société. La Principauté montre ainsi qu’une «saine laïcité» est possible, où la coopération entre l’Église et l’État n’est pas seulement un héritage du passé, mais une force vivante capable de dialoguer avec la modernité sans perdre ses racines catholiques. L’espoir est que ce voyage donne un nouvel élan à la mission de l’Église locale, en consolidant l’engagement commun sur des fronts urgents: la protection de la Création, la défense de la vie et la promotion d’une solidarité internationale qui n’oublie pas les plus vulnérables. Le Pape Léon XIV vient pour rappeler que ce n’est qu’en marchant dans la Vérité que l’on peut construire une paix authentique et durable.

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Source:

www.vaticannews.va

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