L’idée que le capital-risque de la Silicon Valley qui a financé les Uber ou Instagram investisse massivement dans des systèmes d’armes autonomes aurait semblé incongrue, voire inacceptable il y a encore cinq ans. Ce temps est révolu.
En 2025, le capital injecté dans les start-up de défense a atteint un record historique de 49 milliards de dollars (42,4 milliards d’euros), contre 27 milliards l’année précédente. Dix nouvelles « licornes » de la défense ont émergé en douze mois. Anduril vient de lancer une levée de fonds de 4 milliards de dollars supplémentaires qui porterait sa valorisation à 60 milliards, dépassant celle de plusieurs grands contractants historiques cotés en Bourse. Saronic Technologies construit des bateaux autonomes pour la marine américaine. Shield AI développe un pilote artificiel testé par l’Air Force. Palantir fournit au Pentagone son système Maven Smart System, qui a permis d’identifier et de traiter mille cibles en Iran en moins de vingt-quatre heures lors de l’opération du 28 février.
Il ne s’agit plus d’un phénomène marginal, mais d’une recomposition structurelle de l’industrie de défense américaine, longtemps dominée par quelques géants – Lockheed Martin, Boeing, Raytheon – dont les modèles économiques lourds et bureaucratiques peinent à absorber la vitesse d’innovation que l’intelligence artificielle (IA) rend désormais possible. Les capital-risqueurs de la Silicon Valley ont compris avant tout le monde que la guerre du futur serait d’abord une guerre logicielle.
Des accords avec le Pentagone
En juillet 2025, Anthropic, associée à Amazon AWS, avait signé un contrat de 200 millions de dollars avec le département de la défense, assorti de deux lignes rouges non négociables : pas de surveillance de masse des citoyens américains, pas d’armes létales entièrement autonomes sans supervision humaine. Sept mois plus tard, le Pentagone a exigé la suppression de ces restrictions, réclamant l’accès à Claude, l’IA d’Anthropic, pour « toute utilisation légale ». Face au refus du PDG d’Anthropic, [Dario Amodei], Donald Trump a ordonné à toutes les agences fédérales de cesser d’utiliser Claude. Anthropic a été qualifiée par le Pentagone de « risque pour la chaîne d’approvisionnement », une désignation jusqu’ici réservée aux entreprises liées à des gouvernements étrangers hostiles.
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Source:
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