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La crise des hydrocarbures peut-elle accélérer la transition énergétique chinoise ?

Premier producteur d’énergie renouvelable au monde, la Chine peut-elle être aidée par le vent et le soleil, face à la crise énergétique mondiale ? 

Le pays est le premier investisseur de la planète dans les énergies propres, avec 625 milliards de dollars dépensés en 2024 — soit 31 % du total mondial. Résultat : les énergies non fossiles ont représenté 21,7% de la consommation totale d’énergie en 2025, une part que Pékin ambitionne de porter à 25% d’ici 2030.

L’autonomie à tout prix

Les autorités chinoises ont une « vraie obsession », commente Jean-François Di Meglio, président de l’Asia Centre, institut de recherche et d’expertise sur l’Asie : « la prévention des menaces extérieures par tous les moyens possibles, y compris la souveraineté énergétique ».

Cette anticipation a conduit la Chine à conserver d’importantes réserves de pétrole stratégique, à même de lui permettre de tenir probablement six mois, celles des pays européens leur garantissant trois mois d’autonomie, ajoute l’expert.

Des réserves bienvenues à l’aune de la crise actuelle : 40 % des importations pétrolières chinoises passaient par Ormuz, et 90 % du pétrole iranien était destiné à la Chine.

« À court terme, la Chine misera sur le charbon »

Et le premier émetteur de gaz à effet de serre au monde compense cette dépendance à l’or noir avec une énergie des plus polluantes, mais souveraine : le charbon.

Pékin en est non seulement le premier producteur mondial (il dispose des deuxièmes plus grandes réserves de charbon après celles des États-Unis), mais aussi l’un des tout premiers importateurs mondiaux.

Certes, la Chine s’enorgueillit d’une électrification massive. La moitié des véhicules vendus en 2024 étaient électriques. Et 28% de la consommation énergétique est assurée par l’électricité, selon l’Agence internationale de l’énergie. Mais les centrales à charbon assurent encore la moitié de cette production électrique.

« La crise actuelle va accélérer plus encore l’électrification, mais cela ne veut pas forcément dire que cela va être plus vertueux d’un point de vue environnemental », décrypte Joseph Dellatte, responsable de projets et expert résident – climat et énergie à l’Institut Montaigne. 

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Car, « sur le long terme, oui, la Chine misera sur le renouvelable, ainsi que sur le nucléaire. Mais sur le court terme, elle tablera sur le charbon, parce que les capacités sont déjà là », résume l’expert.

En 2025, la production d’électricité à partir de charbon a néanmoins diminué en Chine, une première depuis 1972, selon Carbon Brief.

« Ces réserves de charbon — comme le pétrole ou le gaz — sont limitées : aussi, les technologies sur lesquelles mise Pékin, ce sont plutôt les technologies renouvelables », nuance Nicolas Berghmans, chercheur en politiques climatiques et énergétiques à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). 

Paradoxalement, l’Empire du Milieu peut compter sur son charbon grâce au vent et au soleil. « Si la Chine est capable d’absorber une partie du choc actuel via le charbon, c’est bien parce qu’elle a pu investir dans la production renouvelable, qui a libéré des surcapacités en charbon », poursuit le chercheur.

Un précédent existe, sous d’autres cieux : cherchant à réduire sa dépendance au gaz russe après l’invasion de l’Ukraine, l’Union européenne avait donné un coup d’accélérateur au renouvelable. En 2025, ces énergies produisaient — une première sur le Vieux continent — plus d’électricité que les énergies fossiles (30% versus 29%).

 

 

Avec la crise d’Ormuz, l’Asie vit-elle à son tour son « moment ukrainien », s’interroge le site américain CNBC ? La crise iranienne rendra-t-elle l’économie chinoise plus « propre » ?

« C’est tout à fait possible », répond Nicolas Berghmans : « La Chine, déjà, avait dans ses objectifs de développer l’électrification, les énergies renouvelables, pour un motif d’indépendance énergétique. Les pays asiatiques ont peu d’hydrocarbures — ils sont très similaires à l’Europe là-dessus. »

Décarboner pour respirer

Derrière la transition se cache aussi un impératif vital : respirer. La pollution de l’air tue deux millions de Chinois par an, selon les estimations de l’OMS.

L’amélioration de la qualité de l’air sur son territoire figure parmi les priorités fixées par la Chine dans son nouveau plan quinquennal présenté le 5 mars.

La Chine communiste s’est bâtie sur une industrialisation massive, faisant fi des questions environnementales. Mais « il y a toute une part de la philosophie chinoise qui place l’homme comme un élément de la nature, le rend solidaire, d’une certaine façon, de l’harmonie naturelle », note Jean-François Di Meglio.

On observe aussi une « nouvelle acculturation aux préoccupations environnementales dans la jeune génération, sous le coup de l’imitation de l’Occident. On y constate des comportements beaucoup plus respectueux de l’environnement », poursuit l’expert.

Selon une étude du Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), les émissions de CO2 chinoises auraient stagné – voire légèrement baissé en 2025. Une première historique.

« C’est un pays qui planifie, qui anticipe », conclut le président de l’Asia centre. « Je pense qu’on aura tous de bonnes surprises venant de la Chine. »


Source:

www.france24.com

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