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Joseph Félix Dier, directeur général de CGF Gestion et président de ASCOP : “l’épargne existe en Afrique, le défi est de la mobiliser”

Dans un contexte marqué par une transformation progressive des marchés financiers en Afrique de l’Ouest, la gestion d’actifs s’impose comme un levier encore sous-exploité du financement de l’économie réelle. À Dakar, en marge des BRVM Awards (26-27 mars 2026), Joseph Félix Dier s’est etretenu avec Financial Afrik, livrant une lecture structurée des enjeux du secteur.

D’emblée, le directeur général de CGF Gestion (société de gestion d’OPCVM du groupe CGF Bourse) et, également, président de l’ASCOP (Association Sénégalaise des Conseillers en Investissement et Placements), pose le diagnostic central : « L’épargne existe en Afrique. La vraie problématique, c’est la capacité à la mobiliser pour en faire un véritable levier de financement de nos économies » . Dans une région où le taux de bancarisation reste limité – autour de 25 % dans l’UEMOA – mais où l’inclusion financière dépasse 80 % en intégrant le mobile money, le potentiel est réel. Mais il demeure freiné par un déficit de confiance, nourri par des expériences passées de placements frauduleux ou de schémas informels.

Face à cette situation, les sociétés de gestion se positionnent comme des intermédiaires structurants. « Nous intervenons dans la structuration de produits simples, accessibles, digitalisés, capables de transformer cette épargne en investissement utile », explique-t-il . Une approche qui vise à reconnecter l’épargne populaire aux besoins de financement des économies nationales.

Sur le plan des marchés, la remontée des taux d’intérêt redéfinit profondément les arbitrages. «Quand les taux augmentent, le prix des obligations diminue. Cela impacte nos portefeuilles, notamment sur les maturités longues » rappelle-t-il. La réponse stratégique est claire : réallocation vers le court terme, recherche de liquidité et repositionnement progressif sur des instruments offrant de meilleurs rendements. « Nous réduisons l’exposition au long terme pour préserver la capacité de réinvestissement dans de meilleures conditions ».

Au-delà de la gestion de portefeuille, le modèle de CGF Gestion repose sur une logique “tailor-made”. Avec plus de 8 000 clients et plus de 112 milliards FCFA d’actifs sous gestion, la société déploie une gamme étendue : fonds communs de placement, épargne salariale, plans d’épargne retraite, solutions de trésorerie pour entreprises. « Nous traduisons les besoins spécifiques de chaque client en solutions d’investissement adaptées » souligne Joseph Félix Dier. L’un des axes majeurs concerne précisément la retraite et l’épargne longue. « Nous développons des dispositifs qui permettent aux salariés de se constituer un patrimoine sur la durée, pour préserver leur niveau de vie à la retraite » . Ces mécanismes, encore embryonnaires dans la région, pourraient jouer un rôle structurant dans la profondeur des marchés financiers.

La question de la confiance reste néanmoins centrale. « Nous exerçons un métier extrêmement réglementé, avec une responsabilité fiduciaire forte vis-à-vis de nos clients » insiste-t-il . Transparence des portefeuilles, reporting permanent, accès digital aux comptes : la pédagogie et la clarté sont érigées en piliers. « Le client doit savoir dans quoi il investit, pourquoi, et avec quel niveau de risque ». Dans ce cadre, l’éducation financière devient un enjeu stratégique. Conférences, webinaires, interventions publiques : les acteurs du secteur cherchent à construire une culture de l’investissement encore naissante. « Nous accompagnons la population dans la compréhension des produits d’épargne, avec des approches simples et individualisées ».

À moyen terme, l’ambition affichée est clairement régionale. Après le Sénégal, CGF Gestion accélère son implantation en Côte d’Ivoire, avec l’objectif de dupliquer un modèle éprouvé. «Nous voulons faire de l’épargne le socle du financement durable de nos économies à l’échelle de toute la zone UEMOA, et au-delà » affirme Joseph Félix Dier. L’un des facteurs différenciants de la société réside dans son indépendance vis-à-vis des groupes bancaires. « Nous évoluons en architecture ouverte, sans pression commerciale liée à un réseau bancaire, ce qui nous donne agilité et autonomie dans nos décisions » explique-t-il . Cette flexibilité permet de nouer des partenariats variés et d’adapter rapidement les offres aux besoins du marché. En filigrane, une conviction structurelle se dégage : la transformation économique du continent passera par une meilleure mobilisation de l’épargne domestique. « L’épargne n’est pas ce qui reste après les dépenses. C’est une décision d’investissement, un acte volontaire, discipliné et régulier » conclut-il . Une approche qui, si elle s’impose durablement, pourrait profondément redessiner les circuits de financement en Afrique de l’Ouest.


Source:

www.financialafrik.com

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