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États-Unis: qui est James Talarico, le séminariste qui redonne foi aux démocrates en terre républicaine?

Sa popularité ne cesse de grimper, au point de mettre en péril l’hégémonie des républicains dans un de leurs bastions. James Talarico a été nommé le 4 mars le candidat démocrate pour les élections de mi-mandat aux États-Unis, espérant ravir un siège de sénateur au Texas. Depuis, ce séminariste de 36 ans au profil atypique s’attire les foudres de ses adversaires.

« Nous voulons qu’il soit crucifié avec le Christ », a lancé Brooks Potteiger, pasteur et conseiller spirituel le plus proche du secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth, lors d’une apparition à un podcast nationaliste chrétien mardi 17 mars. À ses côtés, l’hôte Joshua Hymes rajoute : « Je prie pour que Dieu le tue. En fin de compte, cela signifie tuer son cœur et le faire renaître à une vie nouvelle en Christ. » Le nom de l’épisode et l’objet de leurs attaques ? « James Talarico pense que les chrétiens sont des idiots ».

La réponse du principal intéressé ne s’est pas fait attendre. « Jésus aime. Le nationalisme chrétien tue. Vous pouvez prier pour ma mort, pasteur, mais je vous aime quand même. Je vous aime plus que vous ne pourriez jamais me haïr », a écrit le même jour le candidat démocrate James Talarico dans les réseaux sociaux.

Mais selon Brooks Potteiger, le démocrate a déformé ses propos : « Je n’ai pas appelé à sa mort. J’ai appelé à sa conversion », a-t-il déclaré lors d’un entretien accordé au New York Times, renvoyant à la conversion de Saul de Tarde, devenu ensuite saint Paul. Peu importe l’intention à l’origine de la diatribe, l’épisode l’illustre clairement : le très chrétien James Talarico est la cible principale des attaques républicaines et son nom est dans toutes les bouches aux États-Unis.

« Un accident de l’histoire » ?

Si le Texan de huitième génération semble redonner l’espoir aux démocrates, son profil détonne dans le parti. Ce séminariste presbytérien de 36 ans parle ouvertement de sa volonté de devenir pasteur et met sa foi chrétienne sur le devant de sa campagne – un discours plus habituel chez les républicains.

En 2018, lorsque cet ancien professeur se présentait à un siège au congrès local, il parcourt à pied les 40 kilomètres de sa circonscription… en un jour. Épuisé après ce périple, il est alors dépêché à l’hôpital, où il découvre qu’il est diabétique. Une fois élu, il se bat alors pour limiter les prix de l’insuline. En septembre, il annonce alors sa volonté de briguer un siège au Sénat lors des midterms, s’imposant parmi deux autres candidats démocrates.

« La présence d’un candidat comme lui est un accident de l’histoire, analyse pour RFI Pierre Martin, professeur de sciences politiques à l’université de Montréal et spécialiste de la politique américaine. On ne trouve pas souvent ce genre de démocrates qui, à la fois la capacité de s’exprimer de façon très éloquente et donc de rejoindre une partie de l’électorat qui est conservateur et religieux, tout en tenant un discours qui est compatible avec la [ligne] la plus libérale, voire radicale, de la gauche. » Un profil qui peut donc séduire à droite comme à gauche.

Dans un milieu politique surpolarisé, il est intervenu à de nombreuses reprises sur Fox News et a accordé une interview de deux heures et demie à Joe Rogan, l’un des animateurs de podcast les plus connus au monde. Connu pour ses diatribes et critiqué pour ses théories du complot, ce très conservateur podcaster a été ébloui par James Talarico, le qualifiant de « personne bien » et insistant qu’il devrait se présenter à la présidence.

Lors d’une interview, toujours en podcast, avec l’humoriste Marc Maron, l’ancien président Barack Obama a déclaré de son côté que l’authenticité et l’intégrité de James Talarico étaient remarquables. « C’est quelqu’un de formidable, a-t-il résumé en octobre dernier. Un jeune homme vraiment talentueux. »

Le député texan James Talarico s’adresse à ses partisans lors d’un rassemblement, samedi 16 août 2025, à Wrigley Square, dans le Millennium Park de Chicago. AP – Talia Sprague

Un engagement pro-droit à l’avortement fondé sur la Bible

Alors que la religion est pratiquement monopolisée par le camp conservateur, ce très charismatique texan justifie sa ligne politique… par l’Évangile, notamment. « La justice économique est mentionnée 3 000 fois dans nos Écritures, a-t-il déclaré dans l’émission The Ezra Klein Show. On n’en trouve aucune trace dans le nationalisme chrétien ni chez la droite religieuse », regrette-t-il. « Le vrai combat, dans ce pays, ce n’est pas la gauche contre la droite. C’est le haut contre le bas », déclare-t-il encore, appelant à réformer le système fiscal – trop avantageux pour les classes favorisées –, à mettre en place un système de santé universel et à ouvrir des crèches publiques.

Lorsque le pasteur Brooks Potteiger l’accuse d’être un « tueur de bébés », il défend bec et ongles le droit à l’avortement en pointant vers un passage biblique où l’ange Gabriel visite Marie, avant la conception de Jésus. « L’ange descend et demande à Marie si c’est ce qu’elle souhaite, et elle répond : « Si telle est la volonté de Dieu, qu’il en soit ainsi », avait expliqué James Talarico à Joe Rogan. Pour moi, c’est une affirmation, dans l’un de nos récits les plus fondamentaux, que la création doit se faire avec le consentement. »

« Judo politique »

Quand les évangélistes s’acharnent contre les personnes LGBTQ+, il affirme, de manière presque provocatrice, que « Dieu est non binaire », renvoyant à une affirmation également présente dans d’autres textes sacrés. « Les nationalistes chrétiens se promènent avec la bouche pleine de citations bibliques et le cœur rempli de haine, tacle-t-il. Ce qui se rapproche le plus du royaume des cieux, c’est une démocratie multiraciale et multiculturelle. » 

Il rappelle alors qu’être chrétien, c’est avant tout « aimer son prochain », qui qu’il soit. D’où son « je vous aime » à Brooks Potteiger. « Un de ses talents, c’est de pratiquer une sorte de judo politique, poursuit Pierre Martin. Il utilise l’agressivité de ses adversaires pour la retourner à son avantage. Lorsqu’on l’aborde de façon agressive, voire violente, il désamorce sans donner une réplique agressive, comme avec Brooks Potteiger. »

Pas de victoire démocrate au Texas depuis 1988

Il a beau susciter un engouement inédit, le natif d’Austin a encore beaucoup à surmonter avant de crier victoire. La dernière fois où le Texas a envoyé un démocrate au Sénat, c’était en 1988 – un an avant la naissance de James Talarico. À l’échelle de l’État, le Texas représente la plus longue période de disette électorale pour les démocrates de tout le pays, selon le magazine Time.

Mais les démocrates n’avaient pas eu de candidat comme James Tallarico depuis longtemps, leur permettant d’atteindre des électeurs de bords diamétralement opposés. « Il a une chance réelle, résume Pierre Martin, les derniers sondages lui donnent un cheveu d’avance : un, deux ou trois points maximum. »

« Ce qui va vraiment déterminer l’élection au Texas sera d’abord la capacité des deux partis à mobiliser leur base, poursuit l’expert. L’espoir démocrate vient également des changements démographiques dans cet État. La mobilité interne américaine y a amené de nouveaux électeurs, qui sont moins sensibles aux traditions texanes, ainsi que l’urbanisation », poursuit-il.

Autre facteur démographique, la population hispanophone et latino qui avait majoritairement voté pour Donald Trump en 2024 pourrait, au contraire, sanctionner le camp républicain. Et ce pour les mêmes raisons. « Les mesures qui ont été prises par la police de l’immigration sont allées bien au-delà des attentes et la population hispanophone a vraiment réagi très négativement à la façon dont l’administration Trump s’y est prise pour faire sa « mode » des déportations de masse. C’est le cas pour l’ensemble du pays, mais aussi pour le Texas », explique Pierre Martin.

Selon l’expert, l’autre grand enjeu des midterms est le coût de la vie et l’inflation. La thématique, « qui avait aidé Donald Trump en 2024 », risque cette fois-ci « de s’opérer dans le sens opposé » : « Les gens sont très insatisfaits de l’état de l’économie, donc cela peut créer une vaguelette à l’échelle du pays. Puis dans des États comme le Texas, où les marges de victoire sont toujours relativement serrés et avec des enjeux défavorables aux républicains », cela peut ouvrir la voie à une victoire démocrate.

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« Reflet d’un mouvement qui ferait gagner d’autres », voire le Sénat

Alors qu’il s’est attiré une visibilité nationale, bien au-delà de son Texas natal, James Tallarico ouvrira-t-il la voie à d’autres espoirs, voire des victoires dans tout le pays ? « Il va devenir une partie importante de la campagne nationale en 2026, parce qu’il va aider les autres candidats au Congrès à rassurer l’électorat centriste, voire au-delà », prédit Pierre Martin.

Et en cas de basculement de la chambre haute, « la gouvernance de Donald Trump deviendrait beaucoup plus difficile, car le Sénat a le pouvoir d’enclencher des commissions d’enquête ou des appareils de surveillance de l’exécutif », ce qui pourrait déclencher de véritables crises institutionnelles.

Mais le chemin est encore long jusqu’aux midterms, le 3 novembre. Le candidat démocrate comprend clairement la tâche qui l’attend et les conséquences nationales de sa campagne, comme il l’a signalé lors de son discours de victoire de la primaire démocrate : « Nous ne cherchons pas simplement à remporter une élection. Nous cherchons à transformer en profondeur notre vie politique. Et cela marche. »


Source:

www.rfi.fr

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