- Advertisement - spot_imgspot_img
AccueilCulture"Derrière les palmiers", un film franco-marocain intimiste, cruel et dérangeant

"Derrière les palmiers", un film franco-marocain intimiste, cruel et dérangeant

Meryem Benm’Barek, réalisatrice de « Sofia », primé à Cannes en 2018, poursuit son auscultation des rapports de classe dans le Maroc d’aujourd’hui.

Le premier film de Meryem Benm’Barek, Sofia, thriller social sous tension, abordait la question sensible de la maternité hors mariage au Maroc. Ce film coup de poing s’en prenait à une bourgeoisie accrochée à ses privilèges. Avec Derrière les palmiers, en salles le 1er avril 2026, la réalisatrice franco marocaine a choisi un registre plus intimiste. Elle explore les pesanteurs sociales et culturelles que révèlent le désir et les sentiments.

Comme dans Sofia, Derrière les palmiers met en scène une trajectoire qui déraille. Celle de Mehdi, jeune homme à l’avenir tout tracé. Son père, entrepreneur dans le bâtiment, veut qu’il lui succède. Sa petite amie, Selma, est toute prête à l’épouser. Mais musulmane pratiquante, elle se refuse à lui avant le mariage. Frustré, Mehdi entame alors une relation avec Marie, trentenaire oisive d’une famille française aisée. Le jeune Marocain se laisse entraîner dans ce milieu qui n’est pas le sien, tout en cachant cette relation à sa famille et à Selma. Jusqu’au drame.

Le début du film a des airs de comédie romantique. Mais les petites saynètes paisibles qui brossent le train-train de Mehdi, sur fond d’un Tanger de carte postale, ne durent pas. On passe vite dans l’envers du décor, « derrière les palmiers ». Dès la première scène de sexe entre Mehdi et Marie, la musique, angoissante, ouvre le rideau d’une tragédie : celle de l’engrenage inéluctable des mauvais choix du jeune homme.

L’intrigue tourne autour de ce personnage principal taiseux, mystérieux. Pourquoi poursuit-il sa relation avec Marie, alors que Selma a finalement accepté de se donner à lui ? Amour ou ambition ? Pourquoi ment-il à sa famille et à ses proches ? Honte, peur de décevoir ? Ses motivations ne sont jamais explicites. Incarné par un saisissant Driss Ramdi, hésitant, emprunté, jamais vraiment à sa place, Medhi apparaît presque passif, spectateur de sa propre vie. Le film raconte l’histoire de ses choix, mais donne l’impression qu’il n’en fait pas. « Il est lâche. En fait ce sont les femmes qui choisissent pour lui », explique la réalisatrice à franceinfo Culture. « C’était le cas dans Sofia aussi. Mais je crois que tous mes personnages masculins sont comme ça. Je ne peux pas vous dire pourquoi, je n’ai pas encore terminé ma psychanalyse! ».

Marie (Sara Giraudeau), française oisive de bonne famille , va s’enticher de Mehdi. (TESSALIT PRODUCTIONS – FURYO FILMS)

Plus déterminés, moins mystérieux, les personnages féminins sont pourtant eux aussi ambivalents. Selma, jouée par Nadia Kounda, lumineuse, pourrait incarner les valeurs les plus traditionalistes de la société marocaine. Sauf que pour elle, la religion, le mariage, ne sont pas des carcans. « C’est son mode de vie, elle est croyante, elle est comme ça. Selma est représentative de 99 % des jeunes filles marocaines : voile ou pas voile, ce n’est pas tellement un sujet, raconte la réalisatrice. Elle s’arrange suffisamment avec sa foi pour se donner à un homme qu’elle désire, parce qu’elle l’aime. » Et qui l’entraînera de plus en plus loin de ses convictions.

Marie la Française, elle, s’entiche de Medhi mais pas tel qu’il est. Elle va le relooker, le modeler pour le rendre socialement plus acceptable, lui faisant miroiter un poste d’architecte à Paris. Éthérée, gracile, Sara Giraudeau en fait un personnage hors sol, qui conseille benoîtement à Mehdi de lire du Annie Ernaux. Mais la riche héritière, égoïste et capricieuse, est aussi fragile, inconsciente de reproduire sur Medhi la domination que sa mère exerce sur elle.

Carole Bouquet joue Clotilde, la mère dominatrice de Marie. (TESSALIT PRODUCTIONS – FURYO FILMS)

Carole Bouquet joue Clotilde, la mère dominatrice de Marie. (TESSALIT PRODUCTIONS – FURYO FILMS)

La description de cette famille française retirée dans sa villa de luxe est un étrange insert comique dans le drame qui se joue. On rit aux répliques acides de Carole Bouquet, parfaite en matrone bourgeoise tenant d’une main de fer aussi bien les cordons de la bourse que son mari dépassé (Olivier Rabourdin). Paternaliste, condescendant, inconsciemment raciste, le couple représente tout l’héritage colonial du Maroc. Jusqu’à la caricature ? « Au contraire, j’ai tellement atténué la réalité !, affirme Meryem Benm’Barek. Tanger, c’est un tourisme français de gauche qui se dit ouvert à la rencontre et à la culture de l’autre. À condition de ne pas dépasser les limites… Ce n’est pas du tout de la fiction mais c’est vrai qu’à la projection du film au festival de Marrakech, des retraités français ont été choqués. »

Ce n’est pas pour lui déplaire : la réalisatrice n’hésite jamais à appuyer ses effets quand elle les estime justifiés. Comme dans les scènes de sexe, plutôt crues et en plan large avec Marie, mais filmées en plan serré et pudique sur le visage de Selma. Ce qui n’empêche pas des touches plus subtiles, dans de jolis moments presque documentaires. Comme ces discrets regards réprobateurs, quand Mehdi entraîne Marie dans une soirée marocaine.

L’ensemble est mené à la baguette, vif, rythmé jusqu’au drame final. Ce conte cruel n’offre pas de morale. Il reste à l’image de son personnage principal : ambigu, dérangeant, agaçant parfois. On l’aura compris, Meryem Benm’Barek aime bousculer ses spectateurs. C’est réussi.

Affiche du film

Affiche du film « Derrière les palmiers », de Meryem Benm’Barek, sortie le 1er avril 2026. (TESSALIT PRODUCTIONS – FURYO FILMS)

Genre : DrameTitre original : Behind the Palm TreesRéalisation : Meryem Benm’BarekAvec : Driss Ramdi, Sara Giraudeau, Nadia KoundaPays : Maroc, FranceDurée :  1h 34minSortie :  1 avril 2026Distributeur : Pyramide DistributionSynopsis : À Tanger, Mehdi voit sa relation avec Selma bouleversée lorsqu’il rencontre Marie, une riche Française dont les parents ont acheté une luxueuse villa dans la kasbah. Attiré par sa vie mondaine, il délaisse Selma, feignant d’ignorer que ses choix le rattraperont.


Source:

www.franceinfo.fr

Annonce publicitairespot_img

Derniers articles

Annonce publicitairespot_img