Dans les monts de Tolède, en Espagne, un piège photographique a capté en 2020 les images d’une femelle lynx pardelle (Lynx pardinus) plongeant dans l’eau un lapin de garenne qu’elle venait d’attraper. Un comportement qui n’avait encore jamais été observé chez un animal carnivore sauvage. D’ailleurs, les biologistes pensaient plutôt que les carnivores terrestres évitaient de modifier la texture de leur repas.
Cette observation et celles qui ont suivi démontrent que ce n’est finalement pas toujours le cas. « Depuis 2020, date à laquelle ce comportement a été observé pour la première fois, jusqu’à aujourd’hui, huit épisodes de trempage de proies ont été enregistrés impliquant cinq femelles différentes (quatre reproductrices et une jeune femelle non reproductrice) et cinq abreuvoirs distincts », relatent des chercheurs espagnols dans une étude publiée le 23 mars 2026 dans la revue Ecology.
En 2023, la femelle nommée Naia a carrément été vue plongeant un lapin dans l’eau durant au moins une minute. Mais jamais les chercheurs n’ont filmé ces lynx femelles manger ensuite leur proie.
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Un apprentissage entre lynx apparentés ?
L’adoption de ce comportement reste pour l’instant extrêmement localisée. En effet, il n’a jamais été observé ailleurs qu’aux monts de Tolède, que ce soit dans la nature ou en captivité. Selon la nouvelle étude, « tous les événements recensés concernaient des femelles, soit sur des territoires limitrophes de ceux d’autres femelles ayant déjà présenté ce comportement, soit chez leurs descendants ».
Il s’agit peut-être d’une première explication à la rareté de ce comportement. Si les lynx sont des animaux solitaires, ils peuvent néanmoins afficher une certaine sociabilité, notamment avec leurs parents. Jusqu’à apprendre auprès d’eux à rincer leur proie ? Peut-être. Si c’est le cas, « la transmission apparente du comportement de trempage des proies au sein des groupes apparentés et entre individus spatialement proches pourrait représenter un cas rare d’innovation comportementale à médiation sociale chez le lynx », avancent les chercheurs. De futures études pourraient permettre d’en savoir plus.
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Une technique qui pourrait faciliter l’hydratation en période de sécheresse
Pourquoi ces lynx plongent-ils leurs proies mortes dans l’eau ? Là encore, les chercheurs ne peuvent faire que des hypothèses. Ils notent que « le comportement d’immersion des proies pourrait avoir une fonction, facilitant potentiellement l’hydratation ou la transition du lait à l’alimentation solide lors du sevrage, notamment pour les portées tardives qui naissent généralement dans des conditions plus chaudes et plus sèches ».
Lors d’une expérience, ils ont découvert que plonger ainsi le corps d’un lapin fraîchement tué permettait de le refroidir plus rapidement. En outre, cela permettait une meilleure rétention de l’eau du cadavre : les femelles lynx pourraient se servir de cette technique pour transporter de l’eau durant les périodes particulièrement sèches. Cette astuce ingénieuse, si son utilité se révélait exacte, pourrait peut-être aider ces lynx à faire face au changement climatique.
Source:
www.sciencesetavenir.fr




