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Christophe Honoré rend sa liberté à Emma Bovary au Théâtre Sarah Bernhardt par la grâce de Ludivine Sagnier

Madame Bovary de Flaubert est un classique de la littérature. Ses adaptations au cinéma et au théâtre sont fréquentes. Cette saison, Christophe Honoré crée une « Bovary Madame » et Hugo Mallon une « Madame Bovary (roman performance) ». Emma, une femme moderne.

Dans un décor de cirque et une ambiance burlesque mais aussi mélancolique, Christophe Honoré et sa troupe installe Emma au Théâtre Sarah Bernhard à Paris jusqu’au 16 avril. Du « Madame Bovary, c’est moi » par Flaubert lui-même à un texte jugé obscène à sa parution et finissant sur le banc des accusés, en passant par Isabelle Huppert chez Chabrol, Emma Bovary a toujours beaucoup fait parler d’elle. Depuis exactement 167 ans, cette jeune femme inspire, Emma inquiète, Emma est-elle une femme libre ou une femme perdue ? Christophe Honoré feint de poser la question pour mieux rendre à Emma son indépendance.

Est-il nécessaire de raconter son histoire ? Oui car comme dans de nombreuses batailles d’idées théâtrales comme politiques, chacun a son jugement sur Madame Bovary. Christophe Honoré rappelle que : « Flaubert la dessine avec une habileté telle qu’elle devient une figure mystérieuse insaisissable sur laquelle chacun peut projeter ce qu’il veut. » Le bovarisme a même été inventé pour éclairer le roman de Flaubert.

Revenons à l’histoire : Emma s’ennuie ferme dans la Normandie du XIXe siècle entre un mari un peu raté un peu naze, et des notables péremptoires ou concupiscents. Alors elle fugue et fuit dans les bras d’éphémères amants. Ils promettent l’amour, ils ne sèment que la lâcheté. « Emma revendique son désir » ajoute Christophe Honoré, elle le paiera cher mais dans Bovary Madame le metteur en scène a choisi de la garder vivante.

Marlène Saldana dans Bovary madame de Christophe Honoré (LAURENT CHAMPOUSSIN)

Dans le roman, l’arsenic est le poison mortel qui la tue. Dans cette adaptation, elle ne meurt pas et rencontre sur sa route, un cirque. La formidable Marlène Saldana, habituée de la troupe de Christophe Honoré en Madame Loyale l’accueille avec affection et douce brutalité. Sur le sable de la piste, va rebattre ainsi le coeur du roman. Un clin d’œil à Lola Montès, réalisé par Max Ophuls en 1955 et ainsi Madame Bovary devient une héroïne d’un cinéma réaliste et féllinien.

Ludivine Sagnier est Emma, et devient voltigeuse sous le chapiteau du cirque. Un peu maladroite, un peu hésitante et très sensuelle, elle sera cette femme qui cherche le désir. Ludivine Sagnier disait récemment sur Franceinfo dans l’émission d’Elodie Suigo : « On a beaucoup condamné ce personnage d’Emma et ce que je redécouvre, c’est que plutôt qu’une femme qui s’ennuie et qui verse dans l’adultère, j’ai envie de parler d’une femme assignée à sa condition et qui finalement rêve sans le savoir, d’émancipation. »

Marlène Saldana, gore et sexy en haut-de-forme et collant noir l’encourage à se confier à nous. Le burlesque flirte avec la romance et comme souvent chez Honoré la bande-son emballe en rythme rock et variété le spectacle. On reconnaîtra que Sardou croise Hendrix et Sibelius devance Manset quand, sur la mélodie Revivre, Emma s’éloigne vers où, on ne sait ? « On voudrait revivre. Ça veut dire : on voudrait vivre encore la même chose. Refaire peut-être encore le grand parcours » dit la chanson, comme un générique de fin.

Sur la piste ocre du cirque d’Honoré, il y a les scènes culte : du bal à « l’air lourd » au château de la Vaubyessard à l’escapade à cheval au rythme sensuel avec Rodolphe et le célèbre fiacre qui en étonnera certains. Et les hommes. Car les hommes rôdent autour. Charles est toujours benêt et amouraché. “La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire, sans exciter d’émotion, de rire ou de rêverie” écrit Flaubert à son sujet. Le comédien Jean-Charles Clichet donne une chance à Charles tant il pardonne toujours à Emma. Mais le beau rôle revient à Harrison Arévalo dans le costume du séducteur Rodolphe. Bovary Madame de Christophe Honoré, un nouveau chapitre moderne et grotesque… mais d’autres surgiront tant Flaubert a explosé le roman.

Changement d’équipe et de lecture. Avec sa troupe de L’éventuel hérisson bleu, basée à Canny-sur-Thérain, dans l’Oise et associée au Théâtre du Beauvaisis-Scène nationale, Hugo Mallon connaît bien son Flaubert. Quatre ans après la création de « Education sentimentale (roman performance) », ils reviennent avec « Madame Bovary, roman performance ». Avec Hugo Mallon tout commence par le texte. Le livre est posé sur une table, côté cour de la scène. Le récit reviendra souvent avec cette écriture lyrique, réaliste, drôle et mordante de Gustave Flaubert. Le metteur en scène dit de son adaptation du monumental roman : « Je veux qu’on puisse l’aimer et/ou la détester, et qu’en sortant du spectacle chaque spectateur.trice reparte avec « son » Emma Bovary, que j’espère pleine de contradictions. »

L’histoire d’Emma sera respectée mais bousculée. Hugo Mallon confie à franceinfo Culture sa vision du roman, du spectacle et d’Emma.  » Le moteur du spectacle et du roman, c’est ce trou noir qui s’appelle Emma Bovary, autour duquel tout tourne et qui finit par absorber et faire disparaître toutes les certitudes qu’on peut avoir à son égard. Je crois que dès qu’on croit avoir compris Emma, on renonce à comprendre, à prendre avec soi et pour soi, le roman et ce que Flaubert y dit de la vie. »

Aude Mondoloni dans le rôle d'Emma Bovary. Mise en scéne Hugo Mallon (VINCIANE LEBRUN)

Aude Mondoloni dans le rôle d’Emma Bovary. Mise en scéne Hugo Mallon (VINCIANE LEBRUN)

L’actrice Aude Mondoloni ne cède pas à une vie d’Emma perdue et manipulée. « Si Emma est si moderne, c’est qu’elle est un personnage plastique, multiple, universel, insaisissable et donc subversif. Elle refuse toutes les assignations ; c’est un personnage « féminin » et « masculin » tout à la fois, intelligent et bête, calculateur et rêveur, aux yeux tantôt bruns tantôt bleus tantôt noirs, hystérique et capable de sang-froid, cérébral et érotique » ajoute le jeune metteur en scène Hugo Mallon.

Parfois Emma et ses hommes sortent de scène. Par une échappée vidéo à la fois élégante et mouvementée, réalisée par Elodie Ferré. Parfois les comédiens s’installent dans la salle comme lors de la scène de l’Opéra quand résonne Lucia di Lammermoor de Donizetti. Emma s’en va manger des glaces avec Léon, un jeune amant et les ennuis ne font que commencer.

Les vies de Charles, Emma, Rodolphe, Léon et les autres auront de nouvelles aventures fidèles ou infidèles, au cinéma ou au théâtre, c’est cela la force de l’inépuisable Flaubert (1821-1880).

Affiche de Bovary madame de Christophe Honoré (DR)

Affiche de Bovary madame de Christophe Honoré (DR)

Bovary Madame de Gustave Flaubert adapté par Christophe Honoré vvec Harrison Arévalo, Jean-Charles Clichet, Julien Honoré, Davide Rao, Stéphane Roger, Ludivine Sagnier, Marlène Saldana Jusqu’au jeudi 16 avril au Théâtre de la Ville – Sarah Bernhardt Grande salle 

Madame Bovary roman-performance de l’Eventuel hérisson bleu. Texte de Gustave Flaubert / Mise en scène d’Hugo Mallon avec Barbara Atlan, Elodie Ferré, Léo Kauffmann, Aude Mondoloni, Simon Terrenoire et Antoine Thiollier

Les 8-9 avril 2026 au théâtre de Beauvaisis Scène nationale


Source:

www.franceinfo.fr

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