Imaginez une sorte d’ingénieur fou. Il abat des arbres pour son confort et construit des barrages qui redessinent les écosystèmes. Dans la nature, seulement deux animaux sont capables de peser à ce point sur leur environnement : l’être humain et… le castor. Mais ce qui fait la grosse différence entre le rongeur aux dents orange et nous, c’est que le castor, c’est finalement plus de bénéfices pour la nature que de désagréments. Jusqu’à celui que personne n’attendait : le stockage du carbone !
Le saviez-vous ?
Avec un poids moyen de 21 kilos, le castor est le plus gros rongeur d’Europe. Il a longtemps été chassé pour sa fourrure et sa viande. Pour cette sécrétion odorante que produisent ses glandes aussi. Elle était utilisée en médecine traditionnelle ou comme additif alimentaire et même pour la fabrication de parfums. Mais depuis 1968, le castor est protégé sur l’ensemble du territoire français.
Comment les castors s’y prennent-ils ? Une équipe internationale le détaille aujourd’hui dans la revue Communications Earth & Environment. Les chercheurs ont, pour la première fois, mesuré le dioxyde de carbone (CO2) libéré et capturé par des castors installés depuis un peu plus d’une décennie dans un corridor fluvial du nord de la Suisse. Les résultats les ont laissés bouche bée.
Sur ces schémas, les échanges de carbone dans une zone humide avec ou sans castors. © Communications Earth & Environment (2026)
Le fonctionnement des écosystèmes transformé
« En un peu plus d’une décennie, le système que nous avons étudié s’était déjà transformé en un puits de carbone à long terme, dépassant largement ce que l’on attendrait d’un cours d’eau non aménagé », souligne Lukas Hallberg, chercheur à l’université de Birmingham (Royaume-Uni) et auteur principal de l’étude. Parce que les castors ne se contentent pas de modifier les paysages. Ils transforment fondamentalement la façon dont le carbone y circule. Leurs barrages ralentissent l’eau et inondent des terres. Ils étendent ainsi les zones humides, modifient le flux des eaux souterraines et piègent des sédiments et des matières végétales.

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Pour établir un bilan carbone complet des écosystèmes, les chercheurs n’ont pas lésiné sur les moyens. Mesures hydrologiques détaillées, analyses chimiques, analyses de sédiments, surveillance des gaz à effet de serre (GES) et modélisation à long terme. Tout converge : les zones humides peuplées de castor stockent plus de CO2 que les autres en raison d’interactions entre l’eau, le sol et la végétation différentes.
L’impact spectaculaire des castors
Plus de CO2, certes, mais à quel point ? Les chercheurs livrent des chiffres. Les sédiments des zones humides aménagées par les castors contiennent jusqu’à 14 fois plus de carbone que ceux de zones similaires dépourvues de castors. Et même 8 fois plus de carbone organique que les sols forestiers environnants. Résultat, ces zones humides peuvent stocker le carbone à des taux jusqu’à dix fois supérieurs à ceux de zones similaires dépourvues de castors. En 13 ans, le site étudié a ainsi accumulé environ 1 194 tonnes de carbone, soit 10,1 tonnes de CO2 par hectare et par an (t CO2/ha/an).

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Ce chiffre ne vous parle pas ? Sachez qu’une forêt tempérée en croissance absorbe moins de 5 t CO2/ha/an. Les forêts françaises affichent une belle moyenne de 4,8 t CO2/ha/an. Et vous comprendrez immédiatement comment les castors pourraient jouer un rôle inattendu dans la lutte contre le réchauffement climatique en transformant nos rivières en puits de carbone efficaces.
Au fil du temps, les barrages des castors accumulent les sédiments en couches successives. Les végétaux et le bois mort s’y décomposent et le carbone devient plus difficile à libérer. Les chercheurs estiment ainsi qu’il peut y rester stocké pendant des décennies, tant que les barrages restent intacts.
Alors pour savoir si oui ou non ils tiennent là, pour notre climat, une solution fondée sur la nature, ils ont modélisé la recolonisation par les castors de toutes les zones inondables de Suisse propices à l’opération – surtout les petits cours d’eau situés à la source qui semblent jouer un rôle crucial. Résultat : ces zones humides pourraient compenser entre 1,2 et 1,8 % des émissions annuelles de carbone du pays. Le tout sans intervention humaine directe ni coût supplémentaire. Ce n’est déjà pas si mal !
Source:
www.futura-sciences.com




