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Ça pik un peu quand même : dit (sans le dire) la galère des auteurs de BD

Ce qui résonne le plus avec l’enquête des États généraux de la bande dessinée, sous-titrée Une profession de plus en plus fragile, c’est d’abord la solitude. Le refrain – « j’cuisine pour une personne », « j’suis solo », « friendzone » – parle d’amour qui coince. Mais en filigrane, toutes les solitudes font écho aux mots de l’artiste.

Les auteurs ont plutôt de bonnes relations avec leurs responsables éditoriaux, mais une vision plus critique des maisons d’édition : seuls 38 % se disent satisfaits de la promotion de leurs livres. Quasi une « friendzone professionnelle »…

Le rapport dit qu’un peu plus d’un auteur sur cinq souffre souvent de solitude au travail et qu’un quart a déjà connu burn-out ou dépression. Ce n’est pas la Solitude du coureur de fond, mais du dessinateur devant sa planche. Le clip d’Émilie Tronche raconte aussi, subtilement, cette fatigue émotionnelle.

La chanson met en scène une vie de bricolage quotidien, où l’on attend, où l’on gère, où l’on compose avec le vide. 85 % des auteurs font autre chose que de la BD pour vivre, seulement 37 % peuvent s’y consacrer à plein temps, et seule la moitié tire plus de 50 % de ses revenus de la BD. Une activité morcelée, rarement centrale, qui oblige à naviguer sans jamais se stabiliser.

Avec, au quotidien, des contraintes très concrètes : des contrats que beaucoup peinent à décrypter – plus d’un tiers des auteurs se font aider avant de signer, quand d’autres reconnaissent signer « à l’aveugle » -, des taux de droits souvent faibles, majoritairement compris entre 1 % et 10 %, et un sentiment récurrent de promotion insuffisante.

53,4 % dépassent les 35 heures, 88,6 % travaillent au moins un week-end par mois, et 89,3 % travaillent au moins occasionnellement pendant leurs vacances. La petite musique acidulée d’une existence où l’on ne décroche jamais vraiment.

Quand Miki chante, « Y a des bots qui font tout à notre place », le rapprochement est aisé avec la condition de nos amis de la bande dessinée. 74 % des répondants craignent une dégradation proche de leur situation, et que les IA génératives aggravent cette inquiétude.

Plus loin, on nous précise que 70,7 % des auteurs considèrent l’IA comme un risque important pour eux. « Ça fait tic tic un peu quand même / Bip-bip ça me fout la haine. » Le bruit de fond anxieux d’ « un métier » qui a le sentiment d’être remplacé, contourné, déclassé…

Le rapport souligne un vieillissement du milieu : les moins de 40 ans y sont moins nombreux qu’il y a dix ans, laissant entrevoir un possible recul des vocations. La chanson, elle, ne dit rien du statut social, mais elle saisit avec justesse ce qui se joue à l’intérieur, lorsque tout devient instable. 

Et pourtant, quelque chose tient bon. Dans la chanson comme dans le clip, malgré les « bip-bip » qui agacent, il reste une énergie, presque une obstination joyeuse. Les dessins d’Émilie Tronche vibrent, exagèrent, transforment le flottement en mouvement.

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Malgré la précarité, la fatigue, les inquiétudes, il reste ce geste de créer, de tracer, de raconter, d’apposer son nom. Un plaisir têtu, pas toujours raisonnable, mais bien réel. Comme la chanson de Miki, qui pique un peu, oui, mais qui donne aussi envie d’y retourner, encore.

Crédits photo : Émilie Tronche

 

 

Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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