La trajectoire d’Aksel Bellabbaci met en lumière une histoire politique qui dépasse un itinéraire individuel. Né d’une colère ressentie dès l’adolescence, son engagement l’a conduit à devenir l’un des cadres du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, plus connu sous le sigle MAK. À travers ce parcours se dessine la continuité d’une revendication portée depuis des années par une partie du militantisme kabyle : faire reconnaître une identité politique, culturelle et linguistique dans un rapport de force permanent avec l’État algérien.
La Kabylie, région montagneuse du nord de l’Algérie, occupe une place singulière dans l’histoire contemporaine du pays. Les mobilisations liées à la culture amazighe, aux libertés publiques et à la représentation politique y ont nourri plusieurs générations de militants. C’est dans cet environnement que s’inscrit l’itinéraire de Aksel Bellabbaci. Son passage de l’indignation personnelle à une fonction d’encadrement au sein du MAK illustre la manière dont ce mouvement a cherché à structurer une cause locale en projet politique organisé.
Au centre de cette dynamique se trouve Ferhat Mehenni, figure fondatrice et dirigeante du mouvement. Chanteur engagé devenu responsable politique, il a fait de l’internationalisation de la question kabyle un axe majeur de son action, notamment depuis la France. Le déplacement du centre de gravité militant vers Paris n’a pas effacé l’ancrage kabyle du mouvement, mais il a modifié ses modes d’expression : communication à destination de la diaspora, recherche de relais politiques, et volonté de présenter la revendication d’autodétermination dans un langage audible hors d’Algérie.
Cette stratégie s’est heurtée à une répression persistante. Les autorités algériennes considèrent le MAK comme une organisation menaçant l’unité nationale et l’ont classé parmi les organisations terroristes en 2021. Cette qualification a renforcé la pression sur ses membres et sympathisants, avec des poursuites, des arrestations et un climat de surveillance autour des réseaux militants. Pour le mouvement, cette répression est devenue un élément central de son discours politique ; pour Alger, elle relève de la défense de l’ordre public et de l’intégrité territoriale.
Le parcours d’Aksel Bellabbaci rappelle ainsi la tension qui traverse la question kabyle contemporaine : une mobilisation née d’un sentiment d’injustice, structurée par un mouvement politique, mais contrainte par l’exil et la confrontation avec l’État. Entre la Kabylie et Paris, le MAK continue de chercher une visibilité internationale, tandis que ses cadres portent une cause dont les conséquences demeurent sensibles pour la vie politique algérienne et pour les communautés kabyles de la diaspora.






