Invitée de « La Matinale » ce lundi 3 août, Stéphanie Rossignol, psychopraticienne et infirmière sapeur-pompier au SDIS 33, apporte son éclairage sur les conséquences psychologiques qui pourraient se manifester chez les pompiers et les sinistrés qui ont été confrontés aux feux d’une ampleur exceptionnelle cette saison. En parallèle, Olivier Galichet, expert en gestion de crise au cabinet Sildaro et ancien sapeur-pompier, livre son expertise.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
On a entendu sur notre antenne à l’instant la maire de Correns, Nicole Rullan, qui est sur le pont depuis des semaines face à un incendie qu’on pensait fixé et qui est reparti de plus belle de façon complètement non maîtrisable. Le rôle des maires dans ces crises naturelles, il est fondamental ?
Olivier Galichet : Il est très important et il y a eu beaucoup de réglementation qui s’est développée par rapport à ça, depuis une vingtaine d’années, avec une accélération depuis les dix dernières années. Clairement, le maire doit prendre des décisions opérationnelles pour sa ville, son village et est en lien avec les citoyens. Donc, c’est vraiment l’échelon territorial. C’est lui qui connaît comment gérer l’événement. Et aujourd’hui, on a ce qu’on appelle les plans communaux de sauvegarde, qui sont développés. Au départ, ça a démarré un petit peu lentement. Maintenant, je crois qu’on est à peu près à 80% des communes qui sont équipées.
Ils connaissent exactement leur rôle, ils savent exactement quelles sont leurs missions ?
Il y a un travail entre justement les préfectures, l’État qui aide à former ses élus. Évidemment, nous, on les accompagne pour préparer ces plans et les former. Ce qui est très important, ce n’est pas d’avoir un plan sur étagère, c’est de s’entraîner et de se former à ça. Et on voit bien que là, typiquement, dans la Gironde, dans la prise en charge des gens, les maires sont actifs, ils savent se coordonner. On voit qu’ils ont des chasubles avec l’inscription ‘maire’, ça aussi c’est nouveau, c’est l’association des maires de Gironde. Ils prennent leur place, ils s’entraînent à ce rôle de coordination avec beaucoup de stress, beaucoup de facteurs humains, justement on en parlera peut-être plus tard. C’est important qu’ils s’entraînent par rapport à ça parce que malheureusement les situations vont se multiplier : une panne d’électricité, une tempête de neige, tout ça va faire que le maire a un rôle central et les préfets ne peuvent pas tout gérer avec le grand nombre de communes qu’ils ont dans le département. C’est donc un échelon essentiel.
Stéphanie Rossignol, vous êtes connectée avec nous depuis la Gironde. Je rappelle que vous êtes infirmière, sapeur-pompier volontaire en Gironde et psychopraticienne, vous avez pris en charge notamment des sinistrés lors des incendies en Gironde. Dites-nous aujourd’hui de quoi ils ont besoin, quelle est l’urgence la plus importante pour eux ?
Stéphanie Rossignol : Je suis psychopraticienne, infirmière sapeur-pompier à l’unité de soutien psychologique du SDIS 33. Pour les pompiers, aujourd’hui, il va falloir avancer après cet événement qui a été plutôt exceptionnel, un incendie qui a été ravageur et sur lequel ils se sont sentis plus ou moins impuissants. Ça, ça va être surtout des traumatismes de petits jeunes sapeurs-pompiers, parce qu’il faut compter aussi les jeunes qui sortaient juste de la formation et qui se retrouvent vraiment au contact de feux que les anciens n’ont pas connu. Ils se sont retrouvés face directement au feu avec peu de moyens parce qu’un véhicule qui n’était pas équipé d’extinction, et donc ils se sont retrouvés vraiment en difficulté face à ce feu qui avançait sur eux. Le risque, c’est bien sûr le stress post-traumatique. Au début, ils sont dans l’action, tout va bien, et puis à un moment donné, tout retombe, les images reviennent, les images qui ont choqué, les images qui ont fait peur… Toutes ces choses qu’ils ont vécues vont revenir à un moment donné.
Olivier Galichet, vous avez été sapeur-pompier. Est-ce qu’on a du mal, quand on est dans cette posture du sapeur-pompier qui vient pour aider les gens, à se positionner en tant que victime, à reconnaître ses propres traumatismes ?
Olivier Galichet : Ça se développe de plus en plus et on voit bien notre collègue qui est psychopraticienne au sein des sapeurs-pompiers. On a vraiment des débriefings. Et dès lors qu’on a une situation difficile, aujourd’hui, nos psychologues sont engagés et permettent vraiment de faire le travail nécessaire, à limiter les dégâts par rapport à tout ça. Et, aujourd’hui, c’est de plus en plus accepté. Évidemment, il y a 30 ans, c’était beaucoup plus le pompier solide qui ne veut pas parler, etc. Maintenant, on est conscient des blessures potentielles que cela peut causer.
Stéphanie Rossignol, il faut aussi parler du drame qui a endeuillé le Sud-Ouest et toute la France, la mort de deux jeunes pompiers. Ça compte aussi dans le traumatisme collectif ?
Stéphanie Rossignol : Oui, ça compte énormément. Une grande partie a préféré être dans l’action et être là pour eux. Donc, comme on dit, le fait qu’ils soient dans l’action leur permet aussi d’avancer et surtout de faire ce qu’il y a à faire. Après, certains n’auront pas trouvé leur place dans ce feu et il y aura après toute cette difficulté de la culpabilité, aussi. Donc, il y a deux façons de réagir, et après, c’est sûr que les obsèques vont arriver, ça va être très compliqué. Il y a aussi tout le soutien les uns avec les autres : il y a une énorme solidarité, ça va beaucoup aider, mais il faudra être là pour qu’ils puissent trouver des mots, pour qu’ils puissent trouver du sens à ce qu’ils ont vécu et pour trouver aussi, comme on dit, la force d’avancer. Parce qu’après, cette solidarité, elle ne sera pas la même. Là, tout le monde se rencontrait, les différentes colonnes qui arrivaient, les discussions qu’il y avait entre pompiers, pompiers, gendarmes, d’ailleurs, policiers municipaux, la DFCI… Tous ces gens qui se retrouvaient. Il y a tout ce mouvement-là aussi dans l’après qui n’existera plus.
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Source:
www.franceinfo.fr






