- Advertisement - spot_imgspot_img
AccueilCultureCinéma & Arts“J’étais transposée dans cette époque, c’était magique” : Catherine Schwartz raconte le montage...

“J’étais transposée dans cette époque, c’était magique” : Catherine Schwartz raconte le montage de “Nouvelle Vague”

Pour le film de Linklater sur les débuts du cinéaste de la Nouvelle Vague, la monteuse Catherine Schwartz a eu carte blanche. Le résultat ? Un César ! À voir ce mardi sur Canal+.

Pour Catherine Schwartz, « les meilleurs montages sont ceux qu’on ne voit pas ». Photo ARP Selection – Detour Filmprod. – Cine+OCS

Par Michel Bezbakh

Publié le 05 mai 2026 à 20h00

Favoris

Lire dans l’application

Cest très pratique d’écrire sur Jean-Luc Godard, on peut choisir parmi des kilomètres d’aphorismes pour commencer son article. Il adorait le montage, par exemple, ce moment où on a « le passé, le présent et le futur entre les mains ». Catherine Schwartz aurait pu dire la même chose lorsqu’elle s’est retrouvée face aux rushs de ce qui deviendrait Nouvelle Vague, le film de Richard Linklater sur le tournage d’À bout de souffle. « Par moments, j’avais l’impression de monter un Godard. J’étais transposée dans cette époque, c’était magique », nous raconte-t-elle au téléphone, deux mois après avoir reçu un César pour son travail. Rarement une monteuse aura autant mérité sa récompense : elle était seule face à l’ordinateur, aidée d’un assistant, parfois de la productrice Michèle Halberstadt. Richard Linklater, lui, était déjà retourné aux États-Unis, sur un autre tournage.

« La première chose qui m’a embêtée, c’est que je ne parle pas anglais, et lui ne parle pas un mot de français, se souvient-elle. Il m’a dit : ne vous inquiétez pas, le cinéma est un langage universel. » Ça devait bien l’arranger d’avoir cette conviction, Richard : le film étant une production française, les techniciens devaient être français. Impossible de rester fidèle à Sandra Adair, qui l’accompagne depuis trente ans. « J’étais un peu gênée », confesse Catherine Schwartz, confrontée aussi à la pression de monter le film d’un cinéaste qu’elle admire. D’autant que la méthode fut assez directe : « Je pensais qu’on travaillerait séquence par séquence mais non, Richard a voulu que je lui envoie directement une V1 [une première version du film monté du début à la fin]. C’était déstabilisant. C’est important d’avoir le réalisateur à côté, de sentir sa réaction lorsqu’on propose quelque chose… Je me suis détendue après l’envoi du premier montage, car Richard s’est tout de suite montré enthousiaste, et toujours très encourageant. Il faisait des remarques d’ordre général, que Michèle Halberstadt traduisait. »

Il s’agissait de faire un film populaire, qui ne soit pas seulement destiné aux spécialistes de la Nouvelle Vague.

Catherine Schwartz a quarante-cinq ans de montage au compteur. Dix ans en tant qu’assistante, notamment sur les films d’André Téchiné, puis une foule de projets hétérogènes, entre films d’auteur (ceux de Gaël Morel), séries (les quatre saisons de Dix pour cent), documentaires et unitaires. Mais elle n’avait peut-être jamais bénéficié d’une telle liberté. « Richard m’a juste dit qu’il ne voulait pas d’un montage syncopé à la Godard. Il s’agissait de trouver une fluidité narrative et faire un film populaire, qui ne soit pas seulement destiné aux spécialistes de la Nouvelle Vague. Je pense que c’est dans la culture américaine de déléguer, de faire confiance, car les réalisateurs là-bas n’ont pas toujours le final cut. J’étais très libre, y compris sur le choix des prises. Puisqu’il ne parle pas français, Richard m’a laissée déterminer les meilleures. Ce n’était pas facile car il demandait souvent aux acteurs de se reprendre. On perd alors en continuité, il faut trouver les bonnes coupes. »

Le résultat pourtant ressemble bien à « une bulle de champagne », la métaphore choisie par Catherine Schwartz pour conclure son discours aux César. À ses pieds, il y avait David Cronenberg et Jim Carrey. « Je me suis demandé ce que je faisais là », dit celle pour qui « les meilleurs montages sont ceux qu’on ne voit pas ». Peut-être que les aphorismes, qu’ils soient de Jean-Luc Godard ou de Catherine Schwartz, sont faits pour être démentis.

Lire notre critique


Source:

www.telerama.fr

Annonce publicitairespot_img

Derniers articles

Annonce publicitairespot_img