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Décès de Georg Baselitz, l’artiste allemand à la tronçonneuse

Georg Baselitz, figure majeure de l’art européen d’après-guerre, s’est éteint à l’âge de 88 ans, « paisiblement », a déclaré sa galerie Ropac ce jeudi 30 avril. Peintre aux toiles souvent violentes, sculpteur de géants taillés à la tronçonneuse, Baselitz incarnait, selon la formule consacrée, « le plus Allemand des peintres allemands ».

Publié le : 30/04/2026 – 18:35


5 min Temps de lecture

« Baselitz est quelqu’un de la trempe d’un Kooning ou d’un Francis Bacon », avait affirmé Fabrice Hergott, l’ancien directeur du Musée d’art moderne de la ville de Paris, lors de la grande rétrospective qu’il avait dédiée en 2000 à Baselitz, montrant une quarantaine de sculptures et peintures. Lorsqu’on avait posé la question à l’artiste s’il se considère d’abord comme peintre ou comme sculpteur, Georg Baselitz balayait la hiérarchie d’un revers de main : « Non, tous les deux ont la même valeur ».

Son œuvre s’étale sur 70 ans, des œuvres reflétant l’esprit et les ambitions de ce géant de l’art contemporain : des figures de trois mètres de haut, polychromes, taillées dans un seul bloc, où le pinceau avait été remplacé par la tronçonneuse et la hache. Dans sa peinture, celui qui était né sous le nom de Hans-Georg Kern, adorait de renverser les motifs, de faire tourner la tête aux spectateurs, pour que la qualité de la peinture prime sur le contenu. En revanche, pour ses sculptures, c’était toujours une question différente : « La sculpture est une chose, l’image est une autre. Ce n’est pas une représentation, mais une abstraction sur une surface. La peinture est peut-être plus difficile ou plus intellectuelle, parce qu’une sculpture est aussi un jouet. Une sculpture est beaucoup plus sensuelle et plus proche de nos sentiments qu’une peinture. »

« Les ingrédients de mon art, c’est la tradition et l’histoire »

Né le 23 janvier 1938, à Deutschbaselitz, en Saxe, à l’époque du national-socialisme, ce fils d’instituteur a passé son adolescence en Allemagne de l’Est avant de faire ses études et sa vie en tant que peintre en Allemagne de l’Ouest. Et la confrontation et la réflexion sur l’histoire sombre de son pays natal sont toujours restées un fil conducteur dans sa carrière d’artiste. Dans les années 1980, il figurait parmi les peintres allemands les mieux payés, aux côtés de Gerhard Richter et d’Anselm Kiefer. En 2004, Baselitz a reçu le Praemium Imperiale, considéré comme le « prix Nobel de l’art ».

Pour Modell für eine Skulptur (« Modèle pour une sculpture »), œuvre fondatrice présentée en 1980 au pavillon allemand de la Biennale de Venise, il présentait un colosse peint, le bras droit levé, qui fut immédiatement (mal) interprété comme un salut hitlérien. Baselitz y voyait pourtant moins une provocation qu’un point de départ, « le prototype » de son œuvre sculpturale, nourri par l’histoire, lui qui avait grandi d’abord sous le régime totalitaire des nazis avant de se retrouver dans le système socialiste de la RDA qu’il a réussi à quitter en 1957 pour étudier à la Hochschule der Künste (École des beaux-arts), à Charlottenburg, à Berlin-Ouest, quatre ans avant la construction du Mur.

« Les ingrédients de mon art, c’est la tradition et l’histoire », nous avait-il expliqué. Quand je fais quelque chose, j’ai naturellement une vision ou une forme devant mes yeux que je souhaite réaliser. Mais elle reste vague. Ce qui est absolument acquis, c’est le passé. Tout ce que j’ai vu, je l’ai enregistré. Je connais toutes les sculptures qui ont été réalisées. Je connais la sculpture allemande après 1900 et avant 1900, mais aussi celle du 14ᵉ siècle. Et je connais aussi la sculpture italienne, anglaise, française etc. C’est la matière avec laquelle je peux travailler. Mais on ne peut pas faire la soustraction ou l’addition. Il faut toujours recommencer à nouveau. »

« Volk Ding Zero » (2009) de Georg Baselitz à côté du « Penseur » (1904) de Rodin. Siegfried Forster / RFI

L’histoire de l’Allemagne, les arts en France

Toute sa vie, l’artiste n’a cessé de rappeler combien le contexte de son enfance avait façonné son regard. « Quand j’ai commencé, l’Allemagne était une ruine. Il n’y avait pas d’artistes, pas d’hiérarchie, pas de musées », confiait-il. Les deux régimes qui ont marqué sa formation – le nazisme puis la RDA – l’avaient, disait-il, privé de « tout ce dont un artiste a besoin » : « Ils ont vidé les bibliothèques et confisqué des livres, des peintures. Quand j’étais à l’école et à l’Académie des beaux-arts, c’était une époque très pauvre en informations. »

C’est en France qu’il trouve, jeune homme, la première respiration. Paris est alors le lieu où se croisent encore les grandes figures de l’exil. C’est ainsi que l’œuvre de Baselitz a été très influencée par des artistes comme Antonin Artaud, Jean Dubuffet, Pablo Picasso, Vassily Kandinsky… « Venir en France, c’était la première occasion de vivre une situation culturelle intacte qui était grandiose à l’époque, parce qu’il y avait encore les immigrés qui vivaient et travaillaient ici, comme Picasso », se souvenait-il. Il évoquait une scène artistique « très excitante, incroyablement importante et informative… Je n’ai plus jamais oublié tout ce que j’ai vu et qui fait partie de mon fonds : Chaissac, Michaux, Artaud, Picabia que j’ai vu la première fois ici à Paris. »

Dans l’atelier qu’il occupait près du lac d’Ammersee, en Bavière, Baselitz travaillait sans relâche, passant du chevalet au tronc de bois, du dessin à la couleur posée sur la sculpture. Ses figures de bois, souvent peintes, dialoguaient avec ses toiles et ses feuilles de papier. Avait-il besoin de la peinture pour pouvoir réaliser ses sculptures ?  « Je ne dirais pas que j’en ai besoin. Je dois toujours me prouver quelque chose. Je peux me creuser la tête et y réfléchir. Mais finalement, je dois faire des documents. Les peintures, les dessins et les sculptures sont des documents pour ma vie ! C’est un peu comme un journal intime », avait-il, très ému, confié.

L’artiste allemand Georg Baselitz, ici dans son atelier en 2014.

L’artiste allemand Georg Baselitz, ici dans son atelier en 2014. © Peter Knaup

 

Archives de RFI : Soixante ans d’Allemagne en peinture


Source:

www.rfi.fr

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