Un mot dans l’air. La tragique escalade des conflits ne fait pas que des malheureux. Pendant que les prix à la pompe s’affolent, les bénéfices explosent pour les tradeurs chargés d’acheter et de revendre du pétrole et du gaz. Les compagnies pétrolières ne sont pas en reste. Celles des pays de l’Union européenne auraient engrangé plus de 80 millions d’euros de « surprofits » par jour depuis le début de la guerre en Iran, a calculé l’ONG Greenpeace. Sans compter la flambée des gains sur les plateformes en ligne, où les parieurs misent sur la probabilité des combats.
L’accusation de « profiteurs de guerre », surgie des manuels d’histoire, s’invite sur les plateaux télé et les réseaux sociaux. « On a eu des profiteurs de la crise du Covid-19 et de la guerre en Ukraine, on a aujourd’hui des profiteurs de la guerre en Iran », a fustigé le député de la Somme François Ruffin (Debout !) sur Sud Radio, le 10 avril. L’expression avait déjà été utilisée par Emmanuel Macron à l’encontre des producteurs d’énergie en 2022, au début de la guerre en Ukraine.
Si la formule résonne comme une dénonciation honteuse dans un contexte de tensions, c’est qu’elle porte une forte charge symbolique. Dans la rhétorique politique, l’association des mots « guerre » et « profit » ne doit rien au hasard. Elle réveille le soupçon séculaire de fructueuses spéculations et est « à l’évidence aussi ancienne que les grandes épopées guerrières », note l’historien Philippe Verheyde dans Les Français et l’argent, XIXe-XXIe siècle (PUR, 2011). L’expression introduit aussi une dimension morale à la question du profit, opérant « une divergence fondamentale entre le bon argent et le profit injuste », perçu comme menaçant la cohésion sociale.
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Source:
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