Pendant plus de deux siècles, les historiens ont attribué à John Shakespeare un document religieux retrouvé en 1757 dans les combles de la maison familiale de Stratford-upon-Avon. Signé simplement « J. Shakespeare », l’auteur de ce texte déclarait vouloir mourir en bon catholique, ce qui semblait contradictoire avec le protestantisme affiché du père.
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Beaucoup soupçonnaient un faux. L’étude du chercheur Matthew Steggle, publiée récemment dans Shakespeare Quarterly, menée par des chercheurs de l’Université de Bristol, renverse complètement cette hypothèse : c’est Joan Shakespeare Hart, la sœur cadette de William Shakespeare, qui en serait l’auteure véritable.
Joan Shakespeare, une plume oubliée de l’histoire
Joan n’apparaît que dans sept documents connus de son vivant. Virginia Woolf l’avait pourtant choisie comme figure symbolique dans son célèbre essai Shakespeare’s Sister, pour incarner toutes les femmes talentueuses condamnées au silence par leur époque. Cette nouvelle découverte donne enfin une réalité concrète à ce symbole.
Pour identifier l’auteure, Steggle, dans son communiqué, explique avoir croisé le contenu du parchemin avec les premières éditions d’un traité religieux italien du XVIIe siècle, Le Testament de l’âme. Ce texte obscur, traduit en six langues, constitue la source directe des citations du document. Or, certaines versions linguistiques utilisées n’existaient pas encore à la mort de John Shakespeare en 1601. Le document ne pouvait donc pas être de lui.

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Joan, elle, a survécu à son frère de 30 ans et a continué à vivre dans la maison familiale jusqu’à sa mort. Elle était la seule autre « J. Shakespeare » plausible. L’enquête numérique de Steggle, menée à travers les archives de plusieurs bibliothèques dans divers pays, a permis cette percée impossible à réaliser il y a encore trente ans avec des catalogues papier.

La découverte et l’étude du « Testament spirituel » de William Shakespeare, dramaturge de l’Angleterre élisabéthaine protestante, pourraient trahir l’allégeance secrète de l’auteur à l’Église catholique, ce qui était dangereux à cette époque. © duncan1890, iStock
Les secrets catholiques d’une famille sous surveillance
Adhérer secrètement au catholicisme dans l’Angleterre élisabéthaine était dangereux. La famille Shakespeare gravitait pourtant dans cette zone d’ombre. Plusieurs éléments le suggèrent :
Le document trouvé dans les combles exprime explicitement le souhait de mourir en catholique.Certains historiens pensent que William Shakespeare lui-même aurait reçu la communion catholique sur son lit de mort.Joan a vécu discrètement dans la maison familiale après la mort de son mari, entourée de ses quatre enfants.
Ce contexte de prudence religieuse éclaire aussi la personnalité de William. Personnage secret, il n’a laissé ni lettres ni manuscrits autographes, seulement six signatures, toutes orthographiées différemment. Il séparait soigneusement sa vie londonienne de son existence à Stratford. Ses années manquantes entre 1585 et 1592, les fameuses lost years, alimentent encore les spéculations : fuite après une accusation de braconnage, carrière d’acteur à Londres, ou les deux à la fois.

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Ce cloisonnement entre vie publique et vie privée n’était peut-être pas qu’une question de tempérament. Protéger une famille de sympathisants catholiques dans une Angleterre protestante demandait de la discrétion.
Ce que cette découverte change vraiment
Ce qui est fascinant n’est pas seulement l’identité de l’auteure. C’est ce que cela révèle sur les angles morts de l’histoire littéraire. Shakespeare reste l’un des auteurs les plus étudiés au monde, avec 37 000 mots répartis dans ses pièces et environ 300 mots ajoutés à la langue anglaise, et pourtant des zones entières de son entourage immédiat restaient dans l’ombre.
La révolution numérique des archives permet désormais de croiser des textes que personne n’aurait pu comparer manuellement. Cette méthode a permis de rendre la parole à Joan. Gardez cela en tête : les grandes découvertes historiques ne viennent pas toujours du terrain, mais parfois de l’opiniâtreté d’un chercheur armé d’un écran et d’une connexion aux bonnes bases de données.
Source:
www.futura-sciences.com





