Le jour du dépassement 2026 est atteint vendredi en France : si les autres pays vivaient comme nous, nous aurions déjà épuisé l’ensemble des ressources naturelles que la Terre est capable de régénérer en un an, alerte WWF. Mais la France accuse un retard sur d’autres pays européens.
Publié le 24/04/2026 06:16
Temps de lecture : 4min
Vendredi 24 avril, la France connaît son « jour du dépassement » et vit donc « à crédit écologique » pour le reste de l’année 2026, alerte WWF France, en se basant sur une méthodologie scientifique de l’ONG américaine Global Footprint Network. Cette journée signifie que si toute l’humanité vivait comme les Français, nous aurions déjà épuisé vendredi l’ensemble des ressources naturelles que la Terre est capable de régénérer en un an. À noter qu’au niveau mondial, le « jour du dépassement » était tombé le 24 juillet en 2025.
Au classement européen, la date de la France arrive deux semaines avant celle de l’Allemagne (10 mai) et un mois avant celle du Royaume-Uni (22 mai). Le « jour du dépassement » n’est prévu que le 19 juin en Roumanie, soit quasiment deux mois après la France, et le 4 juin en Grèce et en Espagne. La date française arrive aussi avant celles de la Suisse (11 mai), du Portugal (7 mai) et de l’Italie (3 mai). A l’inverse, nous sommes de meilleurs élèves que nos voisins belges, dont le « jour du dépassement » était le 11 avril, que nos voisins suédois (4 avril) et des Danois (20 mars). Le Luxembourg affiche le pire « jour du dépassement » au niveau européen, le 17 février, avec près de deux mois d’avance sur la France.
« Pour le Luxembourg, cela tient à la faiblesse de ses ressources propres et à une population très riche qui consomme énormément », explique Jean Burkard, directeur du plaidoyer du WWF France. Dans ce calcul du « jour du dépassement », on retrouve les spécificités du territoire, comme les ressources forestières ou maritimes, mais les deux critères majeurs sont « d’un côté, le mode de consommation du pays et de l’autre, ce qu’on appelle la bio-capacité, c’est-à-dire la capacité de la Terre à renouveler, régénérer les ressources sur une année. » Il faut se pencher sur le mix énergétique de nos voisins européens pour comprendre certaines différences, poursuit Jean Burkard.
« La France accuse de plus en plus de retard dans le développement des énergies renouvelables. »
Jean Burkard, directeur du plaidoyer du WWF Franceà franceinfo
« L’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne ont une part assez importante d’énergies renouvelables pour faire de l’électricité. La France en a un peu moins, et surtout elle a aussi des centrales nucléaires qui produisent de l’électricité », indique Inès Bouacida, chercheuse, spécialiste des questions énergie-climat à l’IDDRI (l’Institut du développement durable et des relations internationales), pour justifier le constat que ces trois pays vont vivre à crédit plus tard que la France. Pour comprendre pourquoi le Danemark a connu son « jour du dépassement » un mois avant la France, Inès Bouacida rappelle que « le Danemark exploite et vend du gaz fossile et du pétrole, ce qui doit aussi entrer en jeu dans le calcul de cet indicateur ».
Mais pour autant, l’écart entre la France et ses voisins européens reste contenu, selon la chercheuse à l’IDDRI. « On est sur un ordre de grandeur similaire pour tous les pays européens et, dans tous les cas, on surpasse les ressources dont on peut bénéficier sur Terre de manière soutenable, on creuse une dette, c’est très frappant. » Il faudrait entre deux et trois Terres pour absorber la consommation française, et près de huit Terres pour la consommation luxembourgeoise.
« L’empreinte écologique, comme on la calcule, est sous-estimée car beaucoup de critères ne sont pas inclus dans les données des Nations unies », prévient Mathis Wackernagel, cofondateur de l’ONG américaine Global Footprint Network, à l’origine de la l’indicateur mondial du « jour du dépassement ». Selon lui, les calculs sont revus tous les ans car ils sont basés sur les données fournies par les Nations unies, qui changent régulièrement. C’est l’une des raisons pour lesquelles, l’an dernier, le jour de dépassement pour la France était atteint le 19 avril. « On complexifie le calcul en apportant de nouvelles données, abonde Jean Burkard, directeur du plaidoyer du WWF France. C’est aussi en fonction des données scientifiques : par exemple, on s’est rendus compte que les océans séquestraient moins de carbone que ce que l’on estimait. » Lorsqu’une nouvelle méthodologie est utilisée, les calculs des années précédentes sont mis à jour.
Un pays européen ne figure pas dans le classement : les Pays-Bas. « Le calcul est plus difficile pour les pays qui ont beaucoup de commerce international », explique Mathis Wackernagel, car cela rend plus complexe l’estimation de la consommation du pays, si bien que les Néerlandais, parmi les plus grands exportateurs agricoles, ont dû être retirés récemment du classement, car « ils ont de très grand flux de ressources », et les données fournies par les Nations unies n’étaient pas assez précises pour pouvoir être prises en compte, ajoute le co-fondateur de l’ONG américaine.
À noter que dans le reste du monde, le Qatar est le pays le plus gourmand en ressources naturelles, son « jour du dépassement » est arrivé dès le 4 février. Les États-Unis (14 mars) et la Russie (28 mars) sont proches dans le classement, et la Chine aura épuisé ses ressources le 27 mai, soit plus de deux mois et demi après les États-Unis. « La Chine est un géant des renouvelables, c’est le pays avec le plus d’électricité renouvelable dans le monde, avec énormément de véhicules et de poids-lourds électriques. Donc, sur certains indicateurs et certains aspects de la transition écologique, la Chine est plutôt avancée », conclut Inès Bouacida, chercheuse à l’IDDRI.
Source:
www.franceinfo.fr





