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"Ce sont des comportements répétés" : Agnès Pannier-Runacher, Clémence Guetté et Jennifer Haensler brisent le silence sur le sexisme en politique


Publié le 22/04/2026 23:10



Mis à jour le 22/04/2026 23:13

Temps de lecture : 5min – vidéo : 4min

En politique, le sexisme reste d’actualité. Les trois femmes politiques se confient dans un reportage sur ce qu’elles continuent de subir, encore aujourd’hui, dans l’exercice de leur mandat.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité. 

Trois femmes engagées en politique, toutes ont été victimes de violences sexistes. Jennifer Haensler, maire sans étiquette d’une petite commune rurale, s’est entendu dire : « Écoute, tu ne sais pas de quoi tu parles. Retourne à la cuisine. » Agnès Pannier-Runacher, qui a été pendant sept ans ministre d’Emmanuel Macron, se souvient, elle, « de mains aux fesses, de plaisanteries très douteuses. » « On nous parle de notre corps, soit pour nous faire des compliments, soit pour nous dire des choses très désagréables », confirme Clémence Guetté, vice-présidente LFI de l’Assemblée nationale.

Il y a trois ans, Jennifer Haensler prend les rênes de la mairie de Kédange-sur-Canner (Moselle), 1 140 habitants. Elle ne s’attend pas à de telles attaques de la part des autres élus : « On m’a fait comprendre que je n’étais pas forcément à ma place. J’ai des collègues qui viennent me dire : ‘Écoute, je vais te montrer comment gérer ta commune. Je vais t’apprendre à gérer ta commune.’ D’autres réflexions par la suite, en me demandant si je mets une mini-jupe, par exemple, quand je veux faire accepter mon dossier pour le changement de chauffage de l’école. » Dans un premier temps, la maire n’ose pas réagir. Mais à la fin d’une réunion, elle vient demander des comptes à son collègue masculin : « Je lui ai demandé : ‘Tu aurais dit ça à ta femme ?’ Là, il s’est rétracté : ‘Non, c’est vrai, excuse-moi.' »

Ce type de commentaire n’appartient pas uniquement à la vie politique locale. Issue du monde de l’entreprise, Agnès Pannier-Runacher (Renaissance) entre en politique en 2018 comme secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie. À l’époque, l’accueil est pour le moins misogyne. Elle raconte « des commentaires sur ma coiffure, sur la manière de m’habiller, sur qui était mon papa, sur qui étaient mes compagnons, sur les pseudo-influences qui rentraient sur ma manière de faire de la politique, là, j’en ai eu plein. Comme si j’étais une petite fille et que j’étais nécessairement sous la coupe de quelqu’un. »

Clémence Guetté (LFI) acquiesce : « On sent, nous, qu’on n’a pas la présomption de respect, qu’on n’a pas la présomption de compétences et qu’on n’a pas la présomption de légitimité. Donc on arrive et on doit tout prouver. » Dans l’exercice de leur mandat, toutes disent se sentir encore attendues au tournant, devoir montrer leurs compétences deux fois plus qu’un homme. « Quand on tient une position, on est hystérique, on est folle, on n’y comprend rien. Et quand on tape sur la table, ça y est, on ne sait pas se tenir. Mais un homme qui tape sur la table, on ne va pas le juger. Il a ses opinions. Une femme qui tape sur la table, non, elle est folle », se désole Jennifer Haensler.

« Folle », « hystérique »… À l’égard des femmes élues, les insultes sexistes ne manquent pas. Clémence Guetté l’a vécue encore récemment lorsqu’elle présidait un débat à l’Assemblée nationale. « Je reprendrai quand la collègue hystérique aura terminé », a lancé Yoann Gillet, député RN. « Monsieur le député, vous ne le savez peut-être pas, mais le terme ‘hystérique’ est un terme sexiste qui n’a pas sa place dans cette Assemblée nationale », a-t-elle alors rappelé. Pour France Télévisions, elle développe : « Quand on sait d’où vient l’accusation d’hystérie qui ramène les femmes à l’utérus depuis la nuit des temps, on se dit qu’en 2025, il y a toujours des hommes politiques qui ne sont pas éduqués sur le sujet et qui se disent que ça passe de dire ça au micro, à l’Assemblée nationale. »

« J’ai vu des collègues hommes, aussi, moucher leurs collègues qui attaquaient de manière illégitime des femmes », souligne Agnès Pannier-Runacher. Une bataille qui peut, au quotidien, laisser des traces. « Je ne compte pas mes heures, je donne tout pour ma commune. Et puis on a ce genre de réflexions », s’attriste Jennifer Haensler, « Il y a des périodes où on se demande ce qu’on fait là. Pourquoi se gâcher la vie ? Est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? » Clémence Guetté, elle, mentionne un « sentiment de découragement » : « On se dit : ‘Pourquoi je me fais chier à être dans un lieu où il y a de l’hostilité sexiste ?' »

« On a besoin de se serrer les coudes entre femmes, de ne pas se dire : ‘Il n’y a que moi qui voit ça' », insiste l’ancienne ministre, « Ce sont des comportements répétés, inscrits dans notre culture, et sur lesquels il faut arriver à progresser. » Selon un sondage mené auprès de 2 000 femmes en politique, 3 élues sur 4 déclarent avoir déjà été victimes de sexisme au cours de leur carrière.


Source:

www.franceinfo.fr

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