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Interdiction du portable au collège/lycée : "Il faudrait que toute la société s’y mette", réagit Boris Marme, écrivain et professeur de lettres au lycée Jean-Monnet à Franconville, face aux annonces de suppression du portable une journée par mois.

Boris Marme, écrivain et professeur de lettres au lycée Jean-Monnet, était l’invité du 11h/13h sur franceinfo pour réagir aux annonces autour de la lecture et de la déconnexion chez les jeunes.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.

France Télévisions : Vous êtes professeur. Sur la question de la lecture et de la déconnexion, comment percevez-vous ces annonces ? Les partagez-vous ? Pensez-vous que l’on soit sur la bonne voie, notamment avec davantage de législations ?

Boris Marme : Ce sont toujours de bonnes annonces. Ensuite, ce qui reste compliqué, c’est leur mise en application. Par exemple, le téléphone est officiellement interdit au collège, mais je pense que mes collègues continuent à lutter contre son usage. Et nous, au lycée, nous sommes également très envahis par les téléphones portables.

La vraie question est donc : comment met-on en place des mesures permettant une véritable déconnexion ? Une journée par mois, pourquoi pas, mais il faudrait que toute la société s’y mette. Cela devrait être un véritable projet de société. Ce qui serait surtout souhaitable, c’est que l’école puisse devenir un lieu où l’on déconnecte réellement. Aujourd’hui, les élèves ont en permanence leur téléphone avec eux. En classe, nous luttons beaucoup pour tenter de limiter cet usage.

Concrètement, que se passe-t-il ? Ils sont en classe, prennent leur téléphone, ne vous écoutent plus, envoient des messages ?

Oui, cela peut arriver. Le téléphone est interdit en classe, mais il existe de plus en plus de liberté dans les usages. Les élèves font souvent deux choses en même temps : ils écoutent le cours tout en regardant un message. Nous travaillons beaucoup sur cette question, mais certes, nous manquons parfois de moyens pour lutter efficacement et favoriser cette déconnexion.

Donc une journée sans connexion, pourquoi pas, mais ce ne serait peut-être pas suffisant, si l’on comprend bien votre position. Et la lecture à voix haute : est-ce une bonne idée pour leur redonner envie de lire ?

Oui, c’est une bonne idée. Cela dit, dans notre métier, nous pratiquons déjà la lecture à voix haute comme la lecture silencieuse, et c’est essentiel. Dans mon expérience personnelle, je me bats beaucoup pour la lecture en classe. Lorsque l’on demande aux élèves de lire à la maison, certains le font réellement : quelques-uns aiment lire, d’autres respectent la consigne, mais beaucoup ne lisent pas. J’essaie donc de privilégier un temps de lecture directement en classe.

Certains demandent même à ChatGPT de faire un résumé ?

Oui, cela arrive aussi. D’où l’importance de consacrer ce temps en classe. Il m’arrive d’y consacrer une heure, en lecture silencieuse, ou bien de lire les textes ensemble, car je pense que la lecture doit être incarnée.

Vous parlez justement d’incarnation, et c’est fondamental. Avez-vous le sentiment que le cerveau de nos adolescents mais aussi le nôtre sont modifiés par l’usage des réseaux sociaux, par l’instantanéité imposée par les intelligences artificielles comme ChatGPT ? On a l’impression de ne plus avoir le temps d’écouter ni de débattre, et que la lecture passe au second plan.

La lecture peut justement constituer une réponse. Nous sommes tous accaparés par nos téléphones, les écrans et les réseaux sociaux. Nous lisons beaucoup sur téléphone, notamment pour nous informer, mais la lecture de livres, plus posée qu’elle soit silencieuse ou collective permet de retrouver un rythme plus lent. Je pense que c’est primordial pour le cerveau des jeunes aujourd’hui.

Pour les restructurer ?

Exactement. Cela leur apprend à prendre le temps, à se poser, à ne pas zapper en permanence. Leur capacité de concentration est aujourd’hui plus limitée, même s’ils restent capables de se concentrer. La lecture leur permet justement de réapprendre à se poser davantage.

Pourtant, ils ne lisent pas vraiment. Un sondage Ipsos, réalisé pour le Centre national du Livre à l’occasion du Festival du Livre ce week-end à Paris, montre que les adolescents passent en moyenne trois heures et une minute par jour sur les écrans, soit dix fois plus que le temps consacré à la lecture seulement 18 minutes quotidiennes et qu’un tiers des 16-19 ans ne lit plus du tout. Comment l’expliquer ? Manque d’envie ? Difficulté de concentration ?

Je pense que ce sondage reflète l’ensemble de la société. Lorsque vous posez la question aux adultes, beaucoup répondent qu’ils lisent surtout pendant les vacances, mais que le reste du temps est largement occupé par les écrans. Certains lisent aussi sur écran. Il s’agit donc, selon moi, d’un enjeu global de société.

Il serait intéressant de savoir si ce sondage considère la lecture sur écran. Aujourd’hui, on peut télécharger des livres sur téléphone ou tablette : on lit autrement, mais on lit tout de même.

À l’école, nous continuons justement à travailler la lecture, avec des textes classiques mais aussi de la littérature contemporaine. L’alliance des deux me paraît essentielle. Le principal problème est le suivant : si l’on ne met pas en place de dispositifs pour accompagner la lecture et l’adapter aux élèves par exemple en proposant des œuvres de niveaux différents selon les profils de lecteurs on se retrouve dans une situation où les élèves achètent le livre, dépensent de l’argent, mais ne l’ouvrent pas et ne le lisent pas.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Source:

www.franceinfo.fr

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