Grammarly est un logiciel d’assistance à l’écriture bien connu du monde académique et éditorial, longtemps considéré comme une puissante alternative au correcteur de Microsoft Word. Pour se distinguer au sein d’un marché désormais dominé par les agents conversationnels, l’entreprise a lancé une nouvelle fonctionnalité, Expert Review, un agent directement intégré à l’interface de rédaction.
Cette fonctionnalité a été conçue pour proposer à l’utilisateur de recevoir des suggestions attribuées à des auteurs de renom : journalistes, écrivains ou chercheurs bien réels. Ces remarques apparaissaient dans des bulles de commentaire, accompagnées du nom et des qualifications de l’expert cité.
Il s’agissait ici d’utiliser des grands modèles de langage (LLM [pour large language model]), du même type que ceux qui alimentent ChatGPT, Mistral ou Gemini, comme des relecteurs virtuels disponibles à la demande, probablement guidés par de simples pré-prompts et demandant une relecture placée sous telle ou telle autorité intellectuelle.
Deux griefs principaux
Seulement, au début du mois de mars, plusieurs enquêtes de presse ont révélé qu’aucune de ces personnalités n’avait donné son accord. Julia Angwin, célèbre journaliste d’investigation américaine spécialisée dans l’étude des algorithmes, dont le nom figurait, non sans ironie, parmi les auteurs présélectionnés, a alors déposé un recours collectif.
La plainte, qui demande la certification d’une classe regroupant tous les « experts » dont les noms ont été utilisés, repose sur deux griefs principaux : l’usage commercial du nom d’une personne vivante sans son consentement, au regard du droit new-yorkais, et, plus largement, l’usage à des fins commerciales du nom, de la voix, de la signature, de la photographie ou de l’apparence d’autrui sans autorisation préalable, y compris sous forme de simulation numérique, au regard du droit californien.
La jurisprudence paraissant, à ce stade, plutôt favorable aux plaignants, et l’affaire s’inscrivant plus largement dans la montée des contentieux liés aux usages trompeurs de l’intelligence artificielle (IA), Grammarly a retiré la fonctionnalité et s’est excusé publiquement. Les tribunaux diront s’il faut parler d’appropriation illicite, de publicité trompeuse et/ou d’exploitation abusive d’identité.
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Source:
www.lemonde.fr





