Le cinéaste Christophe Ruggia a été condamné, vendredi 17 avril, à cinq ans de prison, dont deux ferme sous bracelet électronique, par la cour d’appel de Paris, pour agressions sexuelles sur l’actrice Adèle Haenel lorsqu’elle était âgée de 12 à 14 ans.
Condamné en première instance, en février 2025, à quatre ans de prison, dont deux ferme à effectuer sous bracelet électronique, le cinéaste de 61 ans avait fait appel de la décision, continuant de démentir les faits dont il est accusé dans cette affaire révélée en 2019 dans une enquête de Mediapart. Cette peine en appel est donc légèrement plus lourde que celle prononcée en première instance.
Le réalisateur est poursuivi pour agressions sexuelles de 2001 à 2004 sur Adèle Haenel lors de rendez-vous hebdomadaires à son domicile, dans la foulée du tournage du film d’auteur Les Diables, où le réalisateur, de 24 ans son aîné, avait offert à la jeune adolescente son premier rôle au cinéma.
« Pas un #MeToo »
Trois ans de prison ferme avaient été requis le 23 janvier. « Est-ce que l’ancienneté des faits doit être un élément qui vient amoindrir la sévérité de la sanction (…) et justifie qu’il ne connaisse pas l’emprisonnement réel ? », avait plaidé l’avocat général, Alexis Bouroz, dans son réquisitoire.
Ce dossier « a pour particularité de se passer dans le monde du cinéma, mais sur le fond, les ressorts, la réalité, c’est ce que vous retrouvez dans tous les dossiers sur lesquels vous êtes amenés à statuer : le prof d’équitation, le prof de gymnastique, l’encadrant de camp scout… C’est pas un #MeToo, c’est des abus sexuels sur des enfants », avait lancé l’avocat général à l’adresse de la cour en janvier.
Le cinéaste a pour sa part martelé, comme depuis le premier jour, n’être « ni un agresseur sexuel, ni un violeur, ni un pédophile ou quoi que ce soit de ce genre ». Pour justifier les visites d’Adèle Haenel à son domicile parisien chaque samedi après-midi, il s’est présenté en passeur de culture envers une jeune comédienne avide de conseils faisant ses premiers pas dans le métier et désireuse de découvrir le monde.
« J’ai plus de 5 000 DVD à la maison, plein de livres (…). On parl[ait] de livres, de films, de voyages, de son école, de mes projets », avait-il soutenu. « Si j’avais fait ce qu’elle m’accuse d’avoir fait, avoir mis la main dans son pantalon ne serait-ce qu’une fois, je n’aurais jamais pu me regarder dans la glace et j’aurais cessé immédiatement de la voir. Ça n’est jamais arrivé », s’est indigné Christophe Ruggia devant la cour.
« Une image de soi complètement détruite »

De manière constante, de sa première prise de parole publique au premier procès électrique de décembre 2024, Adèle Haenel décrit, à l’occasion de ces rendez-vous, des caresses répétées et non consenties de Christophe Ruggia sur son corps de collégienne.
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La comédienne récompensée par deux Césars a dévoilé à la barre de la cour d’appel un traumatisme symptomatique des enfants victimes de violences sexuelles. « Ça me fout la honte, en fait. Ça me fout la honte d’être marquée à ce point. J’aimerais que ça n’ait pas eu lieu, j’aimerais juste pouvoir dire que ça n’existe pas », a-t-elle lâché.
« J’ai envie d’arrêter cette dépression, d’y mettre un terme, mais je sais pas si ça sera fini. Juste vivre avec. C’est une image de soi complètement détruite depuis l’âge de 12 ans », a-t-elle confié aux juges.
Après son rôle le plus marquant dans « Portrait de la jeune fille en feu » (2019) de la réalisatrice Céline Sciamma, devenue une œuvre féministe et lesbienne de référence, Adèle Haenel a rompu avec le 7e art à partir de 2020, pour se consacrer au théâtre et au militantisme de gauche radicale.
Source:
www.lemonde.fr





