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L’Étoile nord-africaine, ou le début de l’indépendance algérienne il y a 100 ans

En 1926, depuis la métropole, l’Étoile nord-africaine voit le jour. L’Algérie est alors française, le Maroc et la Tunisie sont sous protectorat. L’organisation sera la première, trente ans avant la décolonisation du Maroc et de la Tunisie et plus de trente-cinq ans avant l’indépendance de l’Algérie, à réclamer l’émancipation du Maghreb. 

En 1930, la France se prépare à fêter non pas le centenaire de la conquête de l’Algérie, mais le centenaire de l’Algérie. Pour Paris, l’indépendance est totalement inenvisageable et la tragique conquête est passée sous silence.  

C’est sans savoir que dans cette même métropole, un mouvement fera basculer le cours de l’histoire coloniale française. Des ouvriers immigrés, principalement d’Algérie, arrivés seuls de leur terre d’origine, se retrouvent en 1926 pour créer une association d’entraide et de défense des droits sociaux. Sur leur terre natale et originelle, toute revendication sociale, syndicale ou autre est alors tout bonnement interdite. 

La spécificité de la question coloniale 

L’Étoile nord-africaine voit le jour avec à sa tête Abdelkader Hadj Ali, secondé par celui qui deviendra plus tard l’homme fort du mouvement, Messali Hadj. Le mouvement est très proche des milieux communistes de l’époque, qui se soucient des travailleurs issus des colonies dans la métropole et dont certains possèdent une fibre internationaliste. L’organisation de l’Étoile nord-africaine est d’ailleurs inspirée directement du mouvement ouvrier : comité central, cellules, etc., et cela même si en son sein se trouvent aussi des ouvriers à l’idéologie plutôt socialiste ainsi que des kémalistes. 

Dès 1922, le Parti communiste français fait figure d’exception dans le paysage politique français, s’engageant dans les luttes anticoloniales en créant l’Union intercoloniale, section rassemblant des militants originaires des colonies autour de revendications d’égalité politique et sociale, dont Nguyen Ai Quoc, futur Ho Chi Minh, ainsi que Abdelkader Hadj Ali. 

« Ce petit noyau incite les militants, en quelque sorte, à faire quelque chose de spécifique, explique l’historien Alain Ruscio, spécialiste de la colonisation française. La lutte des classes au sens marxiste, au sens de la Troisième Internationale, c’est sans doute bien beau, mais il y a une spécificité de la question coloniale. L’Union intercoloniale a servi à ça, et l’Étoile nord-africaine est née justement comme une sorte de branche de l’Union intercoloniale qui regroupait certains Nord-Africains, mais surtout des Algériens. L’idée était de dire : puisque toute voie nous est interdite au pays, on va former un premier noyau en métropole. »  

À l’Union intercoloniale s’ajoute la CGTU, syndicat dirigé par le Parti communiste, qui a également cette volonté d’organiser les Nord-Africains en France. « Et là, bien sûr, l’État est un peu désarmé, parce qu’il ne peut pas interdire la syndicalisation, par exemple. Il peut pourchasser, réprimer, mais le minimum de liberté démocratique en France permet cette émergence. » 

Lutter « jusqu’à l’indépendance »  

Petit à petit, la politique pénètre ainsi l’Étoile nord-africaine (ENA) dans un contexte où la mobilisation contre la guerre du Rif prend de l’ampleur. Le programme, présenté en 1927 à Bruxelles au congrès de la Ligue contre l’impérialisme et l’oppression coloniale, affiche d’emblée son objectif : lutter « jusqu’à l’indépendance ».  

Mais rapidement, en 1928, l’ENA se détache du communisme. « J’ai l’habitude d’employer ce vieux dicton qui dit : “Ils couchaient dans le même lit, mais ils ne faisaient pas les mêmes rêves”, raconte Alain Ruscio. C’est-à-dire qu’il y a une sorte de volonté d’utilisation réciproque. Les communistes se disent que les migrants originaires des colonies sont en quelque sorte un potentiel militant, parce qu’ils sont surexploités, etc., d’où cette volonté de les associer à la lutte communiste. Mais la masse des communistes ne considèrent pas à l’époque la lutte des colonisés comme quelque chose qui est central pour eux. Quant aux fondateurs de l’Étoile nord-africaine, ils veulent utiliser la radicalité communiste, pour ainsi dire. Le journal L’Humanité de cette période, ça déménage ! : anticolonialisme, anti-impérialisme, antimilitarisme, anticléricalisme, etc. » 

Mais l’ENA conserve malgré tout des liens avec le Parti communiste et en tisse de nouveaux avec la SFIO et la gauche française. Côte à côte, ils entendent lutter contre le fascisme. Mais la question de l’indépendance fait peur à tous. Et le programme de l’ENA met en alerte les autorités françaises, qui la dissolvent une première fois en 1929 pour « menace à l’autorité de l’État », et qui entament alors une répression sans merci envers le mouvement et ses milliers de membres. Le service des affaires indigènes nord-africaines de la préfecture de police les surveille comme le lait sur le feu. Et Messali Hadj, qui incarne le rôle de leader, est régulièrement leur cible : il passera vingt-deux ans de sa vie en résidence surveillée ou en prison. 

Messali Hadj, l’homme de l’indépendance avant l’heure 

Né en 1898 à Tlemcen, Ahmed Mesli de son vrai nom, soldat dans les troupes françaises durant la Première Guerre mondiale, est membre du PCF dès l’âge de 27 ans. Si pour les communistes la religion est l’opium du peuple, cela n’empêche pas Ahmed Mesli d’être croyant et de devenir Hadj – signifiant qu’il a accompli le pèlerinage à La Mecque. « En Algérie, le fait qu’il y a une compatibilité entre la foi religieuse et l’engagement communiste est alors très intériorisé, poursuit Alain Ruscio. Les réunions de cellule s’arrêtent au moment de la prière. Pendant ce temps-là, les Européens attendent, puis la réunion reprend. » 

Messali Hadj est celui qui va mener la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, à la différence de la majeure partie de la gauche française et des deux autres courants algériens de l’époque – les Oulémas et la Fédération des élus – qui demeurent assimilationnistes et pour l’égalité républicaine. Le leader de l’ENA compte aussi avant tout sur les Algériens pour mener à bien son combat. 

Extrêmement populaire parmi les immigrés de la métropole, c’est seulement à l’été 1936 qu’il se fait connaître sur son sol natal. Au stade municipal d’Alger, lors de ce qui sera l’un de ses plus célèbres discours, il déclare : « Mes frères, il ne faut pas dormir sur vos deux oreilles […] il faut bien vous organiser pour être forts, pour être respectés et pour que votre voix puissante puisse se faire entendre de l’autre côté de la Méditerranée. » 

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La rupture avec le PCF et le Front populaire 

La même année, l’Étoile nord-africaine s’oppose au projet Blum-Viollette, qui prévoit l’attribution de la citoyenneté française seulement à une minorité d’Algériens. Par ailleurs, les velléités d’indépendance de plus en plus affichées de l’ENA ne plaisent pas à la gauche française qui décide alors de s’attaquer au mouvement.  

« Le Front populaire est à un moment d’éclatement puisque, à ce moment-là, analyse Alain Ruscio, le Parti communiste renonce à son anticolonialisme fondamental, en quelque sorte, pour se rallier un tant soit peu aux thèses du Front populaire, c’est-à-dire une sorte de réformisme colonial. Et là, évidemment, c’est une rupture violente avec Messali Hadj. »   

Le 26 janvier 1937, le gouvernement du Front populaire dissout l’ENA – qui avait pourtant paradé à ses côtés lors des mouvements sociaux en France – et arrête une nouvelle fois son leader et plusieurs de ses membres qui sont alors environ 5 000. Le Parti communiste avalise la décision du gouvernement de Léon Blum. 

Durant la Seconde Guerre mondiale, Messali Hadj et ses partisans sont approchés par l’Allemagne nazie, qui courtise les mouvements nationalistes des pays colonisés. Mais Messali Hadj est de ceux qui refusent tout accord avec l’Axe.  

Messali Hadj, assigné à résidence, donne une conférence de presse le 4 mai 1962, dans la cour du château de Toutevoie à Gouvieux, près de Chantilly, au nord de Paris. AFP

Un mouvement algérien 

Si à l’origine du mouvement, où figure le Tunisien Chedly Khaïrallah, la lutte affichée englobe les trois pays d’Afrique du Nord, l’Étoile nord-africaine est essentiellement algérienne. « Chacun des pays est intéressé par la libération des deux autres […] Ce n’est que par la coordination de leurs efforts, par une liaison intime, par des relations fraternelles effectives, par un soutien moral et matériel, réel et réciproque, que sera victorieuse la lutte pour l’indépendance », est-il écrit dans le programme publié en 1927. 

D’ailleurs, après sa dissolution en 1937, l’Étoile nord-africaine se reforme sous le nom de Parti du peuple algérien, puis Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques. Une rupture se crée entre les membres, certains affichant, contrairement à Messali Hadj, ouvertement la lutte armée. Ce dernier fonde le Mouvement national algérien en 1954, tandis que le Front de libération nationale (FLN) voit le jour. Le leadership pour la lutte nationaliste, dans un contexte où la bataille de Diên Biên Phu au Vietnam galvanise les indépendantistes qui promeuvent la lutte armée, prend alors une autre tournure. 

« Messali Hadj est une sorte de victime de l’intransigeance des membres du FLN, conclut Alain Ruscio. Il est vraiment idolâtré, en Algérie comme dans la communauté algérienne en France. Sauf que quand les jeunes loups de ce qui n’est pas encore le FLN décident de passer à la lutte armée, ils le consultent. Messali Hadj les traite d’aventuristes, il leur dit qu’ils vont au massacre, au bain de sang et que ça sera comme mai 1945 dans le Constantinois. Messali Hadj ne renonce jamais à l’indépendance, mais il condamne la forme insurrectionnelle qu’il considère comme vouée à l’échec et qui fera perdre dix ou vingt ans à la cause. Mais le FLN n’accepte absolument pas la rivalité. Rien qu’en métropole, pendant la guerre d’indépendance, il y a près de 4 000 morts durant des luttes fratricides entre MNA et FLN. Jusqu’à la veille de l’insurrection, Messali Hadj est vraiment considéré comme le père de l’indépendance. » 

Messali Hadj, en exil lors de la création de l’Étoile nord-africaine en 1926, sera loin encore de sa terre natale à l’indépendance en 1962. Et si l’Étoile nord-africaine s’est effacée des mémoires cent ans après sa naissance, le symbole du premier mouvement indépendantiste demeure. Le drapeau de l’Algérie contemporaine n’est autre que celui de l’ENA.

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Source:

www.rfi.fr

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