En Afrique, il est encore possible de détourner les trajectoires urbaines des métropoles du continent, affirment les géographes Pape Sakho et Momar Diongue dans une tribune publiée par Le Monde. Selon eux, la reproduction à l’identique de solutions technologiques et de modèles de mobilité conçus dans les pays du Nord favorise l’étalement plutôt que d’en limiter les effets, en renforçant une dépendance à l’automobile.
Le diagnostic met en évidence un enchaînement : l’adoption massive de services basés sur la voiture et des infrastructures pensées pour le déplacement individuel contribuent à étendre l’empreinte urbaine, allongent les temps de trajet et complexifient l’accès aux centres d’emploi et de services. Ces dynamiques accroissent la demande d’infrastructures routières et pèsent sur la qualité de vie et l’environnement des agglomérations.
Pour les auteurs, la réponse ne réside pas dans un rejet des innovations technologiques, mais dans une adaptation des projets aux formes et besoins locaux. Ils plaident pour des stratégies urbanistiques et de mobilité qui favorisent la densité, l’accès aux transports collectifs et l’intégration des modes informels existants plutôt que l’importation de modèles prêts à l’emploi. Une telle approche nécessite des décisions publiques relatives à l’aménagement du territoire, au financement des réseaux et à la régulation des nouveaux services.
Le débat soulevé par cette tribune a des implications pratiques pour les décideurs, les bailleurs et les opérateurs privés : les choix actuels d’investissement peuvent verrouiller des trajectoires urbaines pour des décennies. En mettant l’accent sur la planification, la coordination institutionnelle et l’adaptation aux contextes locaux, les signataires invitent à repenser les priorités pour que la croissance des villes africaines ne se fasse pas au prix d’un modèle automobile dominant. Le sujet rejoint des enjeux plus larges d’urbanisme et de transition des systèmes de transport.






