Le psychiatre Serge Tisseron invite à une réévaluation de la notion de résilience à l’heure du réchauffement climatique. Dans une tribune publiée dans Le Monde, il rappelle que ce concept, né pour décrire la capacité individuelle à surmonter des traumatismes, a progressivement été élargi pour englober des dimensions sociales liées à la solidarité et à la responsabilité.
Tisseron met en lumière une transformation sémantique et pratique : la résilience n’est plus seulement une ressource psychique personnelle, mais un horizon collectif. Cette évolution questionne les cadres habituels des politiques publiques et des systèmes de santé, en insistant sur la nécessité d’organiser des réponses partagées lorsque des phénomènes de grande ampleur, comme les vagues de chaleur, les inondations ou les déplacements de populations, affectent simultanément des communautés entières.
La portée de ce déplacement conceptuel concerne directement la prévention et la gestion des risques sanitaires. Adopter une lecture collective de la résilience implique de renforcer les capacités des services publics, d’améliorer la coordination entre acteurs et de soutenir les liens sociaux qui facilitent la reprise après une crise. Du point de vue de la santé mentale, cela signifie aussi de penser des dispositifs accessibles à des groupes vulnérables et de consolider les réseaux d’entraide qui amortissent les effets psychologiques des événements extrêmes.
Sur le plan institutionnel, repenser la résilience conduit à privilégier des stratégies intégrées mêlant protection civile, urbanisme, politiques sociales et systèmes de soins. Cette approche transversale vise à réduire les fragilités structurelles qui renforcent l’impact des aléas climatiques sur la santé des populations. Elle soulève par ailleurs la question de la responsabilité collective et des obligations des décideurs à anticiper et à limiter les risques sanitaires liés aux changements environnementaux.
En recentrant le débat sur une résilience collective, la tribune de Serge Tisseron encourage une réflexion sur les priorités publiques et les modalités d’intervention. La reconnaissance de la dimension sociale du concept ouvre la voie à des politiques qui valorisent la solidarité, renforcent les capacités institutionnelles et placent la protection de la santé au cœur des réponses au défi climatique.






