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El Niño : le monde est entré « en terrain inconnu »

Prenant appui sur les dernières projections de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), publiées vendredi, António Guterres a tiré la sonnette d’alarme. L’épisode d’El Niño en cours devrait encore se renforcer entre août et octobre, augmentant la probabilité de températures supérieures à la normale sur la quasi-totalité des terres émergées et bouleversant les régimes de précipitations à travers le monde. 

« Le constat est sans appel », a lancé le Secrétaire général depuis le siège des Nations Unies, à New York. « La crise climatique s’emballe ».

UNFICYP / Peter Šulgan
Le Secrétaire général de ONU, António Guterres, s’exprime lors d’une conférence de presse à Chypre, le 29 juillet 2026.

El Niño, qui correspond à un réchauffement périodique des eaux du Pacifique équatorial, est un phénomène naturel bien connu des climatologues. Il revient tous les deux à sept ans et influence les températures ainsi que les précipitations à l’échelle planétaire. Ce qui rend l’épisode actuel particulièrement préoccupant n’est donc pas son existence, mais le contexte dans lequel il se développe : celui d’un climat déjà profondément réchauffé par les activités humaines.

Selon les prévisions de l’OMM, les anomalies de température à la surface de la mer dans les principales zones du Pacifique sous surveillance devraient dépasser 2,9 °C au cours des prochains mois. Dans le même temps, l’agence onusienne s’inquiète de la formation attendue d’un dipôle positif de l’océan Indien, soit une autre oscillation climatique qui pourrait renforcer  encore davantage les sécheresses et les pluies extrêmes dans plusieurs régions du globe.

Une planète où les extrêmes deviennent la norme

Les nouvelles projections dessinent une carte du monde profondément remaniée.

La mousson indienne, dont dépend directement la sécurité alimentaire de plus d’un milliard de personnes, affiche déjà un déficit important et les prévisions annoncent une aggravation de la situation. 

Des conditions plus sèches sont également attendues sur le sous-continent indien, dans le nord de l’Europe, en Australie méridionale et orientale, dans une partie de l’Amérique centrale, des Caraïbes et du nord-ouest de l’Amérique du Sud.

À l’inverse, les précipitations devraient être plus abondantes dans la Corne de l’Afrique, le sud de l’Europe, certaines régions d’Asie centrale, le sud-est de l’Amérique du Sud ainsi que dans une partie de l’ouest de l’Amérique du Nord.

Pour António Guterres, ces prévisions confirment une accélération de la crise climatique. « El Niño n’est plus simplement à notre porte : il est entré dans la maison et fait monter la température », a-t-il dit, rappelant que la planète venait déjà de connaître un été marqué par des « dômes de chaleur records », des « incendies apocalyptiques » en Espagne, en France et ailleurs, ainsi que des températures océaniques inédites. 

Selon lui, tout cela « n’était qu’un échauffement ».

Une crise humaine autant que climatique

Derrière les cartes et les modèles climatiques, le Secrétaire général décrit une crise aux conséquences très concrètes. Les vagues de chaleur mettent sous tension les hôpitaux, fragilisent les réseaux électriques, déforment les routes, perturbent les chaînes d’approvisionnement et renchérissent le prix des denrées alimentaires. Les premiers touchés sont les enfants, les personnes âgées, les travailleurs en extérieur et les populations vivant dans des quartiers précaires.

« La chaleur extrême est souvent qualifiée de tueur silencieux », a averti le haut responsable. « Mais même cette expression sous-estime peut-être la crise, car les décès liés à la chaleur sont massivement sous-estimés dans le monde ».

Dans un communiqué de presse, l’OMM insiste néanmoins sur le fait que ses analyses offrent aussi un temps d’avance. « Les prévisions, à elles seules, n’empêchent pas les catastrophes ; ce sont les êtres humains qui peuvent le faire », a ainsi rappelé la cheffe de l’agence, Celeste Saulo, estimant que cet épisode d’El Niño donne aux gouvernements « une fenêtre d’opportunité pour anticiper les risques et agir avant que leurs conséquences ne se matérialisent ».

L’agence onusienne renforce déjà la diffusion d’informations climatiques et la coordination avec les gouvernements, les agences humanitaires et les secteurs les plus exposés, notamment l’agriculture et la santé, afin d’améliorer les systèmes d’alerte précoce.

UNICEF / Mukwazhi
Au Zimbabwe, une jeune fille de 17 ans se tient près du barrage asséché où elle et sa famille vont chercher de l’eau.

« Le véritable moteur » de la crise

Pour António Guterres, cette adaptation ne suffira toutefois pas si elle ne s’accompagne pas d’une réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre. Après avoir appelé les États à renforcer les plans de protection contre les vagues de chaleur, à mieux protéger les travailleurs et à adapter les villes aux températures extrêmes, il est revenu sur ce qu’il considère comme la cause profonde du problème.

« Nous parlons beaucoup des records de chaleur, des sécheresses et des incendies. Mais pas assez du véritable moteur de ces événements : l’accélération de la crise climatique alimentée par les combustibles fossiles », a-t-il déclaré, avant de conclure : « Davantage de charbon, de pétrole et de gaz nous conduiront vers un avenir plus combustible ».


Source:

news.un.org

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